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RDC: L’Église catholique de Kinshasa secouée, les abbés accablent le Cardinal Ambongo pour mégestion (Lettre)

Coup de tonnerre à l’Archidiocèse de Kinshasa où les prêtres ont sonné le tocsin pendant que l’Eglise de la capitale RD-congolaise «sombre», secouée par la qualité de gestion de son pasteur, le Cardinal Fridolin Ambongo, qui «laisse à désirer». A l’encontre de Fridolin Ambongo, le clergé de Kinshasa lance une série d’accusations dans un message incendiaire, signé le 4 juillet dernier par son président, l’abbé Placide Okalema…

La gestion du Cardinal Fridolin Ambongo, aux commandes de l’archidiocèse de Kinshasa depuis début novembre 2018, est à l’origine des «malaises persistants et exacerbés» au sein du clergé de la capitale RD-congolaise, qui décrit cette gestion en «sept points», résonant tels les sept péchés capitaux de Fridolin Ambongo. Ce dernier est pourtant réputé pour ses homélies choc dénonçant notamment la mauvaise gouvernance des autorités publiques.

La gestion de l’archevêque de Kinshasa est telle que sa relation avec les prêtres est «de plus en plus toxique». Ceux-ci l’accusent de faire preuve d’«indifférence dans le cas de deuil -notamment des parents des abbés- ou de maladie, -de- manque de confiance et de considération envers les abbés kinois dans la provision des offices, -du- non-respect des structures établies, etc.»

Dans un autre chapitre, le clergé de Kinshasa épingle «la politique économique et de gestion de l’Archidiocèse -qui- est opaque. Elle n’est pas transparente». Et de noter: «Jusqu’à ce jour, nous n’avons fait aucune évaluation de la redevance». En effet, depuis deux ou trois ans, les paroisses de Kinshasa, chacune selon sa catégorie, sont tenues de payer, au titre de redevance, des sommes pouvant aller jusqu’à environ USD 20.000 l’an sans bénéficier d’un service en contrepartie. Pire, la rétrocession n’existe pas, martèlent les prêtres. Où va l’argent ainsi collecté?

En outre, à en croire les interrogations soulevées par les prêtres de la capitale, les recettes générées par certains patrimoines de l’Archidiocèse, notamment la résidence Sainte Anne, le Centre Béthanie, ou encore par certaines activités y développées à l’instar des antennes des sociétés de télécommunication érigées dans des paroisses, ont développé l’habitude de prendre des destinations inconnues.

«Le moment n’est-il pas venu de procéder à l’évaluation de la politique financière et économique de notre Archidiocèse?», sollicite le clergé de Kinshasa sur un ton interrogatif, tout en appelant, de tous vœux, l’institutionnalisation d’un budget prévisionnel annuel et d’un rapport financier pour ainsi canaliser les dépenses et retracer les fonds.

La gestion «opaque» du Cardinal Fridolin Ambongo a causé «beaucoup d’inégalités et de discriminations qui ne favorisent pas la fraternité et la cohésion» parmi les prêtres qui sont au four et au moulin pour maintenir l’Eglise de Kinshasa, confrontée à la montée en puissance des églises évangéliques. «Aujourd’hui, on ne connait pas la rémunération assurée aux abbés», déplorent-ils, tout en mettant en exergue, dans la foulée, «l’urgence» de procéder à «la définition et l’application d’un statut financier des prêtres de Kinshasa qui les met à l’abri de besoins».

Selon l’abbé Okalema et ses confrères, la vie spirituelle, au sein de cette province ecclésiastique, pâtit sévèrement de la gestion de son pasteur, tant les «conditions matérielles d’organisation des retraites et des récollections sont de plus en plus déplorables et laissent à désirer». «Deux à trois personnes dans une chambre lors de la dernière retraite», fustigent les prêtres, non sans relever que le financement a été «problématique» et déplorer l’«inexistence d’animation spirituelle du clergé par l’Archevêque lui-même».

La gestion du Cardinal Fridolin Ambongo a aussi fait des ravages sur le plan alimentaire et sanitaire, à les en croire. Certains prêtres, très malades, ne sont pas pris en charge de manière «optimale» alors que leur «état de santé -est- dégradant et aggravant». C’est le cas par exemple des abbés Makolo, Nsenga et Koko. «On ne peut pas lésiner sur les moyens en ce qui concerne la santé. La santé n’a pas de prix, dit-on. Notre clergé vieillissant appelle d’urgence à l’aménagement d’un home médicalisé pour les prêtres âgés, fatigués et malades. Nous demandons la relance et la matérialisation du projet de construction de ce home au site de l’actuelle Maison Jean-Jacques Olier», demandent l’abbé Okalema et ses compères.
Ils partagent ailleurs leur «inquiétude majeure» au sujet de certains de leurs confrères désignés pour exercer leur ministère dans les milieux périphériques de la capitale RD-congolaise. «Nous demandons une réévaluation de la politique des affectations dans les extensions, tenant compte de l’état de santé de personnes missionnées, des objectifs poursuivis et des moyens rendus disponibles», plaident-ils.

Le clergé de Kinshasa remet, en outre, en cause les plans de masse qui, de son avis, mettent en difficulté quasiment toutes les paroisses. Ces plans de masse poussent des paroisses à contracter des dettes auprès des banques commerciales afin de financer différents travaux de renouvellement ou de construction des bâtiments, principalement des presbytères -cures- et des écoles paroissiales. Certaines paroisses, a confié un prêtre, sont essoufflées, peinent à rembourser leurs créances et les travaux se retrouvent au point mort.

«Dans un contexte de crise économique avérée, les plans de masse ne semblent pas réalistes par rapport au pouvoir d’achats de nos fidèles», ont soutenu les prêtres. De quoi les pousser à considérer que «les paroisses se voient dépouiller de leurs écoles -hypothéquées alors qu’elles ont été- construites grâce au dur labeur des pauvres fidèles». Ce qui, font-ils remarquer, «entrave la promotion de l’autonomie relative des paroisses».

Le sévère réquisitoire du clergé de Kinshasa au Cardinal Ambongo anime les discussions dans les réseaux sociaux, dans la ville haute et même dans les milieux publics de la capitale. Ni le ton plutôt respectueux du message ni les assurances d’un «attachement» et d’une «franche collaboration» du clergé ne pourra empêcher les détracteurs du Cardinal de trouver des motifs pour railler celui qu’ils font passer pour «donneur des leçons».

YA KAKESA

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