
Face à la progression accrue de la consommation des pilules, les professionnels de santé, accompagnés des pharmacopoles, ont lancé un coup de semonce le dimanche 12 avril 2026 concernant l’usage abusif des pilules contraceptives, des stimulants qui freinent les grossesses non désirées. Ces médecins orientent la population vers les pratiques à adopter afin d’éviter à la fois les grossesses indésirables et les infections sexuellement transmissibles: une utilisation éthique des pilules, le recours aux préservatifs, voire la méthode dite naturelle. Ils insistent également sur la nécessité d’une prescription médicale délivrée par un médecin traitant, à présenter en pharmacie ou dans des centres de planification.
Partant d’un simple constat à des actions concrètes observées in situ, ce médicament domine les pharmacies: il est le plus vendu et majoritairement sollicité par de jeunes filles. Ce qui suscite la réaction de Ruth Matondo, figure connue des pharmaciens du quartier 1 à N’Djili. Sans détour, elle s’est exprimée avec aplomb, témoignant d’une forte demande de la part des jeunes, parfois jusqu’à consommer 4 à 5 pilules, sous prétexte que la quantité de médicaments éliminerait rapidement les spermatozoïdes.
«Ce qu’elles consomment en grande quantité aujourd’hui peut coûter cher à leur santé dans les jours à venir et les rendre incapables de supporter ces conséquences», déplore-t-elle. Elle poursuit son plaidoyer en demandant à ses pairs de ne pas céder à la vente de pilules contraceptives sans contrôle, notamment aux jeunes filles, et appelle les autorités de la ville à exiger une ordonnance médicale pour tout achat.
«Grâce à une note écrite, nous aurons la possibilité d’assurer un meilleur suivi et une meilleure gestion des risques médicamenteux», confie-t-elle. Pour expliquer cette tendance préoccupante, Daniel Mafini, consultant à l’hôpital Sion Mundadi’s, pointe un facteur souvent méconnu: les effets secondaires des pilules, notamment les hémorragies génitales, parfois appelées spotting.
«Les pilules, dérivées du cholestérol, contiennent des œstrogènes et de la progestérone. Ainsi, elles exposent à des problèmes gynécologiques tels que les troubles des règles -menstrues précoces ou tardives, dysménorrhées- ainsi qu’à des troubles digestifs comme les nausées, vomissements et douleurs abdominales. Plus grave encore, les utilisatrices ne sont pas protégées contre les infections sexuellement transmissibles», explique-t-il.
Puisque les conséquences n’épargnent personne, le médecin insiste sur les méthodes de prévention des grossesses non désirées. «La meilleure méthode, jusqu’à preuve du contraire, reste l’abstinence sexuelle. Au regard des statistiques qui montrent que davantage de célibataires ont des rapports sexuels que les personnes mariées, il est recommandé de privilégier l’usage du préservatif, deuxième méthode après l’abstinence», ajoute-t-il.
Ce constat rejoint l’analyse de Kessy Ndungi, qui propose des solutions adaptées aux femmes en post-partum. «Après l’accouchement, les femmes peuvent utiliser la méthode Méthode de l’allaitement maternel et de l’aménorrhée -MAMA. C’est une méthode naturelle efficace si l’allaitement est exclusif pendant 6 mois, avec au moins 10 tétées courtes de 10 à 15 minutes, sans intervalle de plus de 6 heures, et si les règles ne sont pas revenues. Si cette méthode n’est pas applicable, je recommande le Dispositif intra-utérin -DIU-, notamment la boucle d’ELLIPS. C’est une solution de longue durée, discrète et très fiable, qui n’interfère pas avec l’allaitement», précise-t-elle. Signalons par ailleurs qu’en RD-Congo, la Loi n°18/035 du 13 décembre 2018 autorise et garantit le droit à la contraception pour toute personne en âge de procréer.
Deborah MATEYI
