Santé

Paludisme en RD-Congo: les parlementaires montent au front

Réunis en session semestrielle au Palais du peuple, les parlementaires de la Coalition pour l’élimination du paludisme ont réaffirmé leur volonté de faire de la lutte contre cette maladie une priorité nationale. Entre plaidoyer pour la mobilisation des ressources et appel à la multisectorialité, ils entendent apporter une réponse plus ferme face à la résurgence des cas et des décès. «L’élimination du paludisme est l’affaire de toute la nation», a lancé le député national, Dr Jean-Simon Mfuti Kaku, vice-président de la commission socioculturelle de l’Assemblée nationale, en ouvrant les travaux. Il a appelé le Parlement à interpeller l’ensemble des 54 ministères du gouvernement, bien au-delà du seul ministère de la Santé.

«Le Parlement doit solliciter les Finances, les Infrastructures, l’Environnement et l’Éducation, car l’élimination du paludisme n’est pas uniquement l’affaire du ministère de la Santé, mais celle de toute la nation», a-t-il insisté devant les représentants du Programme national de lutte contre le paludisme, les partenaires techniques et financiers, ainsi que la Société civile.

Le député a salué l’engagement de ces acteurs, tout en alertant sur la situation épidémiologique. Les chiffres présentés sont préoccupants: en 2024, la RD-Congo a enregistré près de 29,12 millions de cas de paludisme. Entre 2021 et 2024, le nombre de cas a augmenté de 29%, et les décès liés à la maladie ont grimpé de 42,6%, passant de 21 695 à 30 938 morts. «Derrière ces chiffres se trouvent des vies: des familles endeuillées, des enfants privés d’avenir et des communautés fragilisées», a souligné Dr Mfuti. Il a rappelé que la RD-Congo concentre à elle seule 12,5% du fardeau mondial du paludisme, un poids qui exige une mobilisation accrue et durable.

Au-delà de l’impact sanitaire, le paludisme freine le développement économique et social. Il réduit la productivité, augmente l’absentéisme scolaire, affaiblit les revenus des ménages et exerce une pression constante sur le système de santé. Pourtant, la maladie reste souvent reléguée au second plan face à d’autres urgences sanitaires. Pour le député national Dieudonné Mposhi, président de la Coalition des parlementaires pour l’élimination du paludisme en Afrique, section RDC -Copema-RDC-, le Parlement a trois leviers d’action, à savoir: le contrôle parlementaire, l’institutionnalisation de la multisectorialité et l’adoption de mesures favorables, notamment budgétaires.

«Nous devons savoir ce qu’a fait chaque intervenant. Chaque service qui intervient doit rendre compte. Notre rôle est de demander des comptes et d’assurer un suivi sectoriel», a-t-il expliqué. Il a plaidé pour une ligne budgétaire spécifique afin d’atteindre l’objectif d’éradication d’ici 2030, estimé à 2 milliards de dollars américains. Une délégation de la coalition a déjà rencontré le secrétariat général à la Santé et au Budget pour défendre cette demande. Mposhi a salué l’ouverture du ministère du Budget, tout en déplorant la difficulté de prioriser les financements au sein du ministère de la Santé, où plusieurs programmes se partagent une enveloppe globale.

La session semestrielle doit permettre d’examiner le plan stratégique national 2026-2030, d’analyser les besoins de financement et d’identifier les priorités d’intervention. L’objectif: dégager des solutions réalistes pour renforcer la réponse nationale. Inscrivant la démarche dans la vision présidentielle de développement du capital humain, les parlementaires ont réaffirmé leur disponibilité à accompagner la mobilisation des ressources domestiques et l’amélioration de la gouvernance sanitaire. «Face à cette urgence sanitaire, sociale et économique, l’inaction n’est plus une option. Nous avons aujourd’hui la responsabilité d’inscrire notre action dans la durée», a conclu Dr Mfuti en clôturant les travaux.

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