Santé

RDC : SpeakUp lance un front multisectoriel pour une lutte plus équitable contre le paludisme

La lutte contre le paludisme en République Démocratique du Congo se réinvente. Mardi 16 juin, autorités congolaises, parlementaires, organisations de la société civile, partenaires techniques et financiers ainsi que des représentants du secteur privé ont réaffirmé leur volonté de renforcer cette lutte, avec un accent particulier sur les femmes et les filles, dans le cadre de «Voix EssentiELLES».

Organisée par «Speak Up Africa» et l’International Youth Alliance for Family Planning -IYAFP-RDC-, avec l’appui du Programme national de lutte contre le paludisme -PNLP-, du Fonds mondial et du Fonds pour l’équité des genres, la rencontre a rassemblé, pour la première fois, des acteurs issus de plusieurs secteurs autour des réflexions visant à accélérer l’élimination du paludisme en tenant compte des inégalités qui touchent particulièrement les femmes.

Comptant parmi les pays les plus touchés par le paludisme, la RD-Congo concentre à elle seule plus de 12% de la charge mondiale de la maladie. Les derniers chiffres connus, remontant à 2024, font état de plus de 29 millions de cas enregistrés dans le pays pour environ 21.000 décès.

Les femmes et les filles en première ligne

Si le paludisme touche toutes les couches de la population, ses conséquences sont particulièrement lourdes pour les femmes et les filles. Les intervenants ont souligné que les obstacles économiques, sociaux, culturels et géographiques limitent encore leur accès aux services de prévention, de dépistage et de traitement. Certaines catégories de femmes sont davantage exposées, notamment celles vivant en milieu carcéral, dans les camps de réfugiés ou de déplacés, les femmes en déplacement, les filles-mères ainsi que les adolescentes.

A l’ouverture des travaux, le secrétaire général à la Santé publique, hygiène et prévoyance sociale a insisté sur la nécessité d’intégrer pleinement les besoins spécifiques des femmes dans les politiques publiques de santé. «La lutte contre le paludisme ne peut relever du seul secteur de la santé. Elle exige une mobilisation multisectorielle, une coordination renforcée et une véritable synergie d’action entre les secteurs concernés. L’éducation des filles, l’autonomisation économique des femmes, l’assainissement du milieu, l’accès aux ressources financières, la budgétisation sensible au genre, la justice sociale ainsi que la communication pour le changement social et comportemental sont des leviers indispensables pour faire reculer le paludisme», a exhorté Dr Boby-Robert Bompoko.

Du reste, le rapport «Malaria Matchbox», présenté par le PNLP, souligne l’impact négatif du retrait du financement de l’USAID, les restrictions budgétaires et le gel de certains financements du Fonds mondial. Au terme des travaux, les participants ont adopté une «Déclaration d’engagement des autorités politico-sanitaires en faveur de l’équité de genre et de la mobilisation des ressources nationales pour la lutte contre le paludisme en RDC». Selon ses termes, le documente responsabilise les signataires à accroître progressivement les financements domestiques consacrés à la lutte contre le paludisme, à renforcer l’intégration de l’approche genre dans les politiques publiques de santé, à promouvoir une plus grande participation des femmes dans les instances de décision et à institutionnaliser la prise en compte des besoins spécifiques des femmes les plus vulnérables.

Lancement du réseau «Voix EssentiELLES Palu RDC»

L’autre temps fort du Forum aura été le lancement officiel du réseau «Voix EssentiELLES Palu RDC», une plateforme réunissant des organisations de la société civile engagées dans la promotion du leadership des femmes dans la lutte contre le paludisme. Pour les initiateurs, cette structure permettra de renforcer la participation des femmes aux processus décisionnels et de faire entendre leur voix dans l’élaboration des politiques de santé publique. «Ce forum marque un tournant. Pour la première fois, nous avons réuni autour d’une même table les décideurs politiques, les parlementaires et les femmes de la société civile qui portent le combat contre le paludisme au quotidien dans leurs communautés. Les engagements pris aujourd’hui doivent se traduire en actes concrets », a déclaré Dr Benjamin Sabue, coordonnateur de Voix EssentiELLES Palu RDC.

Basée au Sénégal, «Speak Up Africa» poursuit, avec ses partenaires, son plaidoyer en faveur de systèmes de santé plus résilients, convaincue que le développement durable du continent passe aussi par un leadership africain fort dans la réponse aux grands défis sanitaires.

Octave Mukendi

Rédacteur en chef d'AfricaNews RDC, Octave Mukendi est un journaliste expérimenté. Il coordonne la production éditoriale du média et veille au respect des standards de qualité, de rigueur et d'éthique journalistique. Il couvre les grands enjeux politiques, économiques et sociaux en République démocratique du Congo, avec une attention particulière portée à la contextualisation et à la fiabilité de l'information. À travers son travail éditorial et ses analyses, il contribue à faire d'AfricaNews une référence en matière d'information crédible, vérifiée et sans filtre.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page