
Joël, le cadet, reprend la plume après 30 jours de silence et à 4 jours de l’anniversaire du défunt. Il affirme que des actions en justice ont été engagées en Belgique, en France et en Afrique du Sud. C’est une sortie du silence longuement mûrie. Jeudi 29 octobre, à quatre jours seulement de l’anniversaire de son frère aîné tué à Kinshasa , Joël M. Amisi a repris la plume. Sur le réseau social X, le cadet de la fratrie Amisi annonce la couleur: cinq mois d’enquêtes discrètes, des poursuites judiciaires lancées à l’étranger et une conférence de presse imminente.
«Nous remercions sincèrement la Belgique, la France et l’Afrique du Sud pour la réception des différentes plaintes déposées ainsi que des résultats de l’enquête menée par les enquêteurs mandatés par notre famille concernant certains citoyens de leurs pays respectifs, mis en cause dans l’assassinat de notre frère», écrit-il. Il y ajoute le Liban, dont «la coopération reste, à ce stade, peu satisfaisante». Vally Amisi, jeune entrepreneur congolais, vice-président du club Nouvelle Vie Bomoko FC et PDG de Parilis Africa, a été assassiné par balle dans la nuit du 8 au 9 avril 2026 à Kinshasa. Son corps avait été retrouvé deux jours plus tard, le 10 avril, dans la commune de la Gombe.
L’enquête officielle s’était rapidement orientée vers un proche de la victime. Les images de vidéosurveillance d’un hôtel de la capitale montraient Vally Amisi entrant dans une chambre avec Beni Mukena Mwepu, lequel en serait ressorti seul quelques heures plus tard. Après quatre mois de cavale, le suspect a été interpellé début août à Brazzaville, en République du Congo.
Un transfert annulé à la dernière minute?
C’est justement ce transfert qui cristallise désormais toutes les tensions. Dès le 2 octobre, Joël Amisi s’interrogeait publiquement sur X. Dans un premier message, il écrivait: «Si les papiers d’extradition n’étaient pas prêts, pourquoi les policiers sont-ils allés jusqu’au Beach avant l’annulation du transfert à la dernière minute? Et où sont les deux dames qui ont aidé à l’arrestation de Mukena? Leurs téléphones, Facebook et TikTok ne passent plus».
Dans une seconde publication, le même jour, il allait plus loin: «Qui est assez puissant et influent pour faire taire trois pays? Où se trouve réellement Beni Mukena aujourd’hui? Quel puissant Vally Amisi avait-il dérangé au point de pousser certains TikTokeurs et journalistes de renom à vouloir étouffer l’affaire? À qui profite le crime?». Des interrogations qui, à ce stade, relèvent du questionnement public de la famille et n’ont fait l’objet d’aucune confirmation officielle des autorités judiciaires des deux pays.
Depuis, le dossier est suspendu à cette question procédurale: l’extradition du mis en cause vers Kinshasa. Un délai qui alimente l’impatience de la famille et d’une partie de l’opinion publique nationale.
Pendant que certains attendaient que nous parlions, nous, nous travaillions
C’est précisément pour répondre à ces questionnements que Joël Amisi justifie son silence d’un mois. «On me demandera pourquoi mon silence dans les médias pendant près d’un mois. Pendant que certains attendaient que nous parlions, nous, nous travaillions», lance-t-il ce 29 octobre. Selon lui, ce travail de l’ombre a duré cinq mois. Des enquêteurs privés auraient suivi des pistes à Kinshasa, Johannesburg, Brazzaville, Dar es Salaam, Lyon et Bruxelles. «Témoignages, recoupements et éléments de preuve: tout a été rassemblé pour constituer un dossier solide», assure-t-il. «J’ai gardé le silence pour des raisons de sécurité et pour ne compromettre ni les enquêteurs ni leurs investigations».
Et d’annoncer la suite: «Dieu voulant, la famille rendra publics certains éléments la semaine prochaine, lors d’une conférence de presse, afin de prendre le peuple congolais à témoin et de partager les avancées de cette démarche pour la vérité et la justice». Lieu? À Kinshasa, assure-t-il en lingala. Parmi les éléments que la famille dit avoir réunis et qu’elle entend présenter figurent, selon ses propres déclarations, des allégations non vérifiées à ce stade de manière indépendante. La famille évoque ainsi, selon elle, des éléments faisant état de paiements présumés qui auraient atteint 4000 dollars par mois au profit de créateurs de contenu sur TikTok, dans le but allégué d’étouffer l’affaire. Ces prétentions n’ont fait l’objet d’aucune confirmation judiciaire indépendante.
Le gouvernement invoque la coopération judiciaire
Du côté du gouvernement, on plaide le respect des procédures internationales. Interrogé le 22 octobre lors d’un briefing de presse, le ministre d’État à la Justice, Guillaume Ngefa, a appelé à la patience. «Je compatis énormément à la souffrance de cette famille. […] Mais nous sommes dans un processus judiciaire dont, aujourd’hui, la base, le soubassement, est la coopération judiciaire», a-t-il expliqué.
Le Garde des Sceaux rappelle que l’arrestation ayant eu lieu sur le territoire d’un État souverain, le transfert ne peut se faire que dans ce cadre. Il dit s’être lui-même rendu à Brazzaville après l’assassinat pour «ressusciter l’accord de coopération judiciaire qui était là, mais qui n’avait jamais été appliqué depuis 1978». Reste une incompréhension politique. Joël Amisi déplore que la question orale déposée le 2 octobre par la députée Pepitho Kilala à l’attention du ministre de la Justice n’ait «à ce jour, toujours pas été alignée». Il conclut par un message de détermination: «Ils ont peut-être cru que, parce que Vally était le seul de ses six frères et sœurs à résider encore partiellement au Congo, son meurtre serait vite oublié. […] Ils se sont lourdement trompés. Nous ne tournerons pas la page tant que la vérité n’aura pas été établie».
YA KAKESA





