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Union africaine: les notes qui consacrent Kaseya et relancent le débat sur sa succession

Un document confidentiel de l’Union africaine jette une lumière crue sur le bilan du directeur général de l’Africa CDC, le médecin RD‑Congolais Jean Kaseya. Daté du 1er avril 2026 et signé par le président de la Commission de l’UA le 30 mars 2026, le mémorandum lui attribue une note globale «Outstanding» et un avancement au Step 4. Un jugement rare, explicite et signé au plus haut niveau. Le texte couvre la période d’avril 2023 à décembre 2025 et a été formellement transmis par Mahmoud Ali Youssouf, superviseur direct de Kaseya.

Il dresse un tableau où l’efficacité opérationnelle et la mobilisation des ressources tiennent le devant de la scène. Sous sa direction, l’Africa CDC est sortie renforcée sur le front des urgences sanitaires: mpox, Marburg et choléra figurent parmi les premières ripostes multi‑pays coordonnées par l’institution, selon le document.

Plusieurs indicateurs traduisent cette montée en puissance. Grâce au Fonds africain contre les épidémies -AfEF-, le délai de mobilisation des financements d’urgence est ramené de 21 à 7 jours, et l’année 2025 seule a vu 38,69 millions de dollars mobilisés. Surtout lors de la riposte mpox, qualifiée dans le mémorandum de «l’une des plus grandes mobilisations d’urgence de l’histoire de l’Africa CDC», l’institution a obtenu plus de 3 milliards de dollars d’engagements, environ 6 millions de doses de vaccins et 10 milliards de dollars d’investissements promis dans la fabrication.

Du point de vue de l’évaluation formelle, le document est sans ambiguïté: sur six objectifs mesurés, Kaseya décroche quatre fois la note maximale -5/5, «Exceptionnel»- pour la gouvernance institutionnelle, les partenariats, la lutte contre les épidémies et le financement d’urgence et deux fois 4/5 «Excède les attentes». Aucun objectif n’apparaît en‑dessous des attentes, un fait que le mémorandum souligne comme exceptionnel. La situation financière de l’Africa CDC illustre aussi une transformation.

Le taux d’exécution budgétaire passe de 35 % en 2022 à 95 % en 2025, et l’institution atteint l’autonomie financière complète en novembre 2025. Dès lors, l’Africa CDC peut gérer directement les fonds de bailleurs -Banque mondiale, Union européenne, Gavi, AfDB, entre autres- sans recourir à des intermédiaires, précise le document.

Sur la préparation opérationnelle, les chiffres sont tout aussi parlants: au 31 décembre 2025, 213 événements de santé publique étaient surveillés dans 52 États membres, 32 centres opérationnels d’urgence  -PHEOCs- fonctionnaient, 46 pays disposaient de capacités de séquençage génomique et 25 instituts nationaux de santé publique étaient opérationnels. Par ailleurs, le Corps africain de volontaires pour la santé -AVoHC- a été déployé plus de 150 fois en 2025. La transformation numérique ne manque pas non plus dans le bilan: le déploiement de la surveillance basée sur les événements -EBS- touche 38 États membres, un Dépôt central de données -CDR- a été lancé, et un cadre de gouvernance numérique de la santé a été co‑développé avec plus de 40 États membres, d’après le mémorandum. Sur le plan de la reconnaissance politique, Kaseya a été décoré par le président mauritanien Ghazouani -Grand Officier de l’Ordre mauritanien- et par le président zambien Hichilema, Champion de l’UA pour le choléra -Ordre de l’Aigle de Zambie, 3e division. Deux décorations présidentielles en un mandat.

Le docteur Kaseya, dont la candidature a été portée par le gouvernement de la République démocratique du Congo, fait sans nul doute honneur à son pays. Pourtant, l’évaluation n’élude pas les limites. Le document liste des non‑réalisations et des chantiers toujours ouverts: la certification ISO 9001 n’a pas été finalisée dans les délais, la digitalisation de l’ERP reste en cours, le Dépôt central de données conserve une couverture partielle, et le continent continue de porter le fardeau d’épidémies récurrentes liées à des facteurs structurels: assainissement -WASH-, changement climatique et capacités fragiles des systèmes de santé.

Le bilan de Kaseya fait tache d’huile. Et en conclusion, le superviseur ne mâche pas ses mots à son égard: ses résultats «vont bien au‑delà des attentes normales de performance» et «ont laissé l’Africa CDC plus forte, plus autonome, financièrement crédible et opérationnellement efficace». Sur cette base, la Commission de l’UA accorde l’avancement au Step 4.

La publication de cette évaluation et surtout sa signature par le président de la Commission est un événement en soi. Rare, ce type de document formel confère une légitimité politique qui tombe au moment où le mandat de Kaseya arrive à son terme et que s’ouvrent les discussions sur sa succession. Qu’il s’agisse d’un testament institutionnel ou d’un point de départ pour de nouvelles ambitions continentales, le bilan consigné dans ce mémorandum alimente déjà le débat sur l’avenir de la surveillance et de la réponse aux urgences sanitaires en Afrique.

Kaseya a reçu les félicitations des dirigeants africains pour ses prouesses. Présentement à Washington, où il a pu encore mobiliser plus de 200 millions de dollars pour les activités de son institution et pour d’autres réunions de haut niveau, il aura droit à d’autres honneurs de la part des ambassadeurs africains à son retour au siège.

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