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Un mort et 38 blessés: l’embarrassant bilan de l’ONU

À Kinshasa, l’anticipation était totale. Et elle a commencé tôt. Quelques heures seulement après la manifestation des opposants, Eugénie Tshiela Kamba, vice-ministre UDPS de l’Intérieur, montait au front. Sa version? Les chemises blanches maculées de rouge brandies par l’opposition ne seraient que «du sang de chèvre aspergé» pour simuler les violences, susciter l’émoi et pousser la communauté internationale à indexer le Pouvoir. Vraiment? À ce point? Le 12 juin au soir, le gouvernement provincial dirigé par l’UDPS Daniel Bumba a entrepris de verrouiller la version officielle: «aucun mort».

Le bilan servi à la presse: 20 blessés, dont 15 policiers et 5 manifestants. La ligne est claire: l’ordre républicain a été défendu, les fauteurs de troubles maîtrisés.  Le 14 juin, Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, est venu parachever la démonstration. Pour lui, tout le récit de l’opposition relève de la «mise en scène orchestrée». Les blessures de Fayulu, Kabund, Sesanga et Ndombasi? Du théâtre. «Ils s’étaient préalablement concertés pour porter des chemises blanches, avant de se jeter eux-mêmes des tomates afin de simuler des violences», martèle-t-il. Et Kabeya «Ngadiadia», militant de l’ECIDE retrouvé dans un état critique devant le siège du parti? «Il n’a fait que jouer son rôle de Ngadiadia», lâche Kabuya. Le ton est à l’ironie et au mépris. 

Le pavé de Genève 

Sauf que jeudi, Genève a douché la mécanique. Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme publie son bilan: un manifestant tué, 38 blessés, dont quatre figures de l’opposition. Volker Türk, le Haut-Commissaire, condamne et exige «une enquête indépendante, impartiale et transparente». Il vise 2028, la présidentielle, et l’impératif de garantir les libertés. Le texte corrobore ce que disaient déjà l’Union européenne, la Belgique et la Commission justice et paix de l’Église catholique: oui, il y a eu répression meurtrière le 12 juin.

Deux récits, zéro preuve  

Dès lors, le face-à-face est total. D’un côté, l’ONU et les chancelleries qui documentent une répression meurtrière. De l’autre, un pouvoir qui oppose la chèvre, la tomate et le soupçon de manipulation internationale.

L’ONU s’est-elle trompée? A-t-elle «décidé de jouer à la manipulation en donnant un bilan truqué», comme l’insinue l’Union sacrée? Le hic: Türk ne fournit aucune source, aucun nom, aucun rapport médico-légal. Il le garde peut-être pour faire mouche plus tard? Le pouvoir, lui, répond par la dérision mais sans produire d’enquête crédible jusque-là.

Résultat: un mort sans identité, 38 blessés sans dossier, 15 policiers blessés sans images d’hôpital. La vérité du 12 juin est prise en étau entre deux versions contradictoires.

L’ombre de 2028

Car le vrai calcul est là. Le sit-in dénonçait un projet présumé de révision constitutionnelle. À deux ans de la présidentielle, le régime ne peut pas laisser prospérer l’image d’une opposition martyrisée. L’opposition, elle, joue l’internationalisation.  L’«embarrassant bilan de l’ONU» devient une arme. Accepter l’enquête, c’est désavouer Bumba, Tshiela et Kabuya. La refuser, c’est alimenter l’idée d’un pouvoir qui cache ses morts.  Pour l’instant, c’est le déni. Tomate un jour, chèvre le lendemain. En attendant 2028, le doute a déjà gagné.

Natine K.

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