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Un ancien agent de la Miba dézingue Diomi Ndongala 

Une semaine après la sortie médiatique d’Eugène Diomi Ndongala, ancien ministre des Mines de la République Démocratique du Congo, sur les causes du déclin de la Minière de Bakwanga -MIBA-, le débat fait rage. Alors que l’ancien ministre a indexé Dan Gertler dans la dégringolade de ce ex-poumon de l’économie du Kasaï Oriental, un ancien agent de la MIBA a contesté cette version. «Lorsque j’ai pris mes fonctions des mois après la signature du contrat Emaxon le 13 avril 2003, entre la Société Minière de Bakwanga et Emaxon Finance International Inc, une entité pilotée par les négociants israéliens Chaim Leibovitz et Dan Gertler, j’ai découvert un accord dissimulé avec une ingéniosité qui frôlait le complot d’état et non recensé dans la remise et reprise avec mon prédécesseur!», avait déclaré Diomi Ndongala, cité par un tabloïd kinois.

«Faux», a rétorqué cet ancien agent qui a travaillé à la MIBA durant la décennie 2000-2010. Intervenant sur les ondes de la Radio Top Congo, cet ex-agent à la Direction générale de la MIBA a rappelé l’état de faillite de l’entreprise durant cette période. «Ce juif [Dan Gertler, NDLR] nous a beaucoup aidés. Il a injecté 15 millions de dollars pour relancer l’entreprise, dont 10 pour l’achat des équipements afin de reprendre la production et 5 pour payer les arriérés des salaires et les autres dettes contractées auprès des partenaires», a-t-il expliqué.

Alors que Diomi Ndongala a évoqué un prétendu «monopole écrasant sur 88% de la production diamantifère de la MIBA, avec des livraisons mensuelles obligatoires de 425 000 carats dès le départ, grimpant à 480 000 à partir de 2005», l’ex-agent a fait mentir l’ancien ministre, parlant plutôt de priorité et non de monopole. Même là, les clauses n’ont pas été respectées, selon son témoignage. «Je peux même vous révéler un secret: nous avons floué Gertler. Il était prévu qu’il ait priorité pour l’achat de nos produits à hauteur de 88% mais on ne l’a jamais fait. Nous l’avons floué en mettant de côté nos meilleures productions pour lui vendre les résidus», a révélé l’ancien de la MIBA.

En plus des aveux de l’agent, des données historiques factuelles mettent en doute la version de Ndongala. Selon des sources recoupées, la MIBA a entamé sa descente aux enfers vers la fin des années 1990 avec la chute de la production de plus de la moitié en cinq ans. La situation s’est empirée pendant les deux guerres du Congo, entre 1998 et 2003.

En 2000 déjà, MIBA a connu des irrégularités, notamment le vol de pierres de grande valeur par des responsables de l’entreprise avant la suspension définitive de la production entre novembre 2008 et mars 2011 en raison de problèmes financiers et de grèves du personnel. L’ex-agent a, dans la foulée de son recadrage, proposé une thérapie pour relever ce géant endormi sur secteur diamantaire: un management de qualité.

«L’État doit désigner de bons mandataires qui pourront bien travailler. Nous avons eu une bonne opportunité avec Gertler que nous avons gâchée», a-t-il conclu.

Cette version de l’histoire est corroborée par plusieurs correspondances de la MIBA qu’AfricaNews a pu consulter. Dès 2007, le géant RD-congolais de l’exploitation du diamant a signifié à Dan Gertler son incapacité de respecter les clauses du contrat, suite à la chute de la production due à «un enchainement de circonstances». Pourtant, deux ans avant, en 2005, la société a sollicité et obtenu un acompte sur la livraison des pierres précieuses. La somme devrait servir, selon la correspondance, à apurer les engagements sociaux de la MIBA vis-à-vis du personnel. La cargaison, censée partir de la RD-Congo en janvier 2006, semble n’avoir jamais quitté le site de la MIBA.

Dans un autre courrier daté du 07 mars 2006 et co-signé par Gustave Luabeya, alors PAD, et le directeur Placide Ndumbi, la MIBA s’est adressé à Emaxon de Dan Gertler dans ces termes: «Nous avons noté avec plaisir que vous avez accepté, lors de votre dernière visite chez nous, notre demande de report des quatre prochaines tranches de remboursement du prêt, ce qui va contribuer à soulager la pression sur notre trésorerie. Nous vous remercions pour ce geste et vous prions de noter que nous vous ferons incessamment une proposition relative aux modalités de remboursement des tranches ainsi reportées». Ça se passe de tout commentaire.

Natine K.

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