
En République Démocratique du Congo, les lignes semblent bouger. À peine 72 heures après avoir exprimé publiquement son souhait de rencontrer le chef de l’État, Martin Fayulu a été reçu, jeudi 5 juin, par le président Félix Tshisekedi au Palais de la Nation. Une entrevue inédite, marquée par une accolade fraternelle et des échanges à huis clos, sur fond de crise nationale et d’urgence patriotique.
Le décor est planté en fin d’après-midi. À 16h40, le leader de l’Engagement pour la Citoyenneté et le Développement -ECIDE- arrive au siège officiel de la Présidence, situé au bord du fleuve Congo. Détendu et souriant, Martin Fayulu gravit les marches du Palais, accompagné de quatre personnages clés de son dispositif: Devos Kitoko, Prince Epenge, Alex Dende alias Lexxus Legal, et Mme Chantal Moboni. Dans le salon des ambassadeurs, le président Félix Tshisekedi fait son entrée. Accueilli par une délégation debout, il salue chaque membre avec chaleur, avant d’échanger une poignée de main suivie d’une accolade symbolique avec Martin Fayulu. L’atmosphère est détendue, presque fraternelle, malgré des années de rivalité politique depuis la rupture de leur alliance en 2018.
Un dialogue pour l’unité nationale
Au sortir de près de deux heures d’échanges à huis clos, Martin Fayulu a livré à la presse les grandes lignes de leur entretien. «Le pays traverse une période extrêmement difficile. Nous sommes attaqués de toutes parts. Il n’y a pas trente-six solutions : nous avons besoin de cohésion nationale», a déclaré l’ancien candidat à la présidentielle. L’opposant a lancé un appel à l’unité et au dialogue, plaidant pour la création d’un «camp de la patrie», rassemblant toutes les forces vives du pays pour faire face à l’agression extérieure et prévenir toute tentative de balkanisation.
«Je suis venu dire au président que nous devons unir nos efforts pour préserver l’intégrité territoriale du Congo. Lui et moi, nous nous sommes accordés : sous notre ère, jamais le Congo ne sera balkanisé», a-t-il martelé.
Fayulu a également encouragé le chef de l’État à répondre favorablement à l’appel des responsables religieux, en particulier les évêques de la CENCO et les pasteurs de l’ECC, porteurs d’un projet de pacte social. «Je lui ai demandé de les rencontrer pour explorer ensemble cette initiative. Le président Tshisekedi a promis de donner sa réponse dans les meilleurs délais», a-t-il précisé.
Une page tournée et un nouveau chapitre?
Interrogé sur une éventuelle entrée dans les institutions, Martin Fayulu a coupé court: «Ce sujet n’a pas été abordé». L’objectif de la rencontre, selon lui, n’était pas la politique politicienne, mais la défense de l’intérêt supérieur de la nation. Cette rencontre marque un tournant symbolique. Depuis la conférence de Genève en novembre 2018, qui avait entériné leur rupture politique, Fayulu s’était érigé en opposant farouche au président Tshisekedi.
Ce jeudi 5 juin, pour la première fois en sept ans, les deux hommes se sont parlé, écoutés, et semble-t-il – entendus. La poignée de main, l’accolade et les sourires échangés pourraient bien être les premiers jalons d’un nouveau chapitre. Un chapitre dans lequel le duel politique pourrait se muer en duo patriotique face aux périls qui menacent la République Démocratique du Congo.
