Dossier à la UneInterviewNation

Sur Top Congo FM, Maman Bobi parle après 25 ans de silence

Elle était aphone. Voilà la veuve Mobutu rompre avec le silence. Dans une interview à Top Congo, Maman Bobi parle de son mari, sa famille et la gestion de son pays. Elle parle aussi de quoi il est mort. «Il était aussi un homme qui avait besoin de l’affection et du soutien de sa femme. C’est pourquoi je tenais à l’accompagner dans ses voyages de chef de l’état», explique-t-elle. Sur la mort de feu Mobutu, elle révèle tout. «Je ne peux pas vous cacher ce pour quoi il est vite mort. L’opération de son cancer de prostate s’était bien passée en Suisse. Un de ses médecins personnels Dr Byamungu y a assisté et l’espérance de guérison était envisageable. Ce qui a précipité sa mort, c’est sa pensée fixe sur son pays», répond-elle à Christian Lusakweno de top Congo. Entretien.

Top Congo: Maman Bobi Ladawa, bonjour!

Maman Bobi Ladawa: Bonjour

C’est une grande joie de vous revoir. On vous voyait peu. Papa est parti. On vous remercie de nous accueillir chez vous aujourd’hui. Ma première question: vous êtes née où? Où avez-vous passé votre jeunesse?

Mon père est originaire du village Mbuyi à côté de Gbadolite. Il a étudié à Molegbe et les prêtres l’ont envoyé au village Diula. Avant ce voyage, papa avait déjà trois fils. Mais nous les cadets, nous sommes nés dans ce village Diula situé dans le territoire de Bosobolo, dans la province de Nord Ubangui. Je suis donc la fille d’un père catéchiste catholique chargé de proclamer la Parole de Dieu. Il va faire ce travail pendant 32 ans.

On sait que vous êtes née un certain 2 septembre et que vous veniez de fêter votre anniversaire. Mais où avez-vous grandi? Toujours à l’Equateur?

Oui, oui! C’est là où j’ai grandi. C’est là aussi que j’ai fait l’école de monitrice. J’y ai travaillé pendant deux ans comme monitrice.

Monitrice à Molegbe?

Non pas à Molegbe mais toujours à Diula. J’ai appris l’école de monitrice à Molegbe mais j’ai travaillé à Diula. J’ai fait l’école primaire d’abord à Diula, puis à Mobayi. Les conditions d’étude étaient très difficiles. C’est ainsi que de Mobayi, je suis allée à Molegbe pour faire l’école de monitrice.

Où avez-vous rencontré papa Mobutu? À Diula ou à Gbadolite?

-Rires de maman Bobi-. Je l’ai connu quand il était encore commandant des Forces armées congolaises. Je l’ai connu comment? Lui était l’oncle du mari de ma grande sœur. C’est quand il venait voir mon beau-frère -son neveu- que je l’ai rencontré pour la première fois. Mais n’oubliez pas que j’ai aussi étudié au Lycée du Sacré-Cœur à Kinshasa. J’avais quatorze ans que je l’ai connu mais il n’y avait aucune arrière-pensée de mariage. Les choses sont arrivées beaucoup plus tard et ce n’était pas facile d’aimer quelqu’un qu’on connaissait comme membre de famille par alliance et le mari de maman Mobutu. C’était difficile pour moi d’accepter cette offre. Il a tellement insisté que j’ai fini par l’accepter dans ma vie.

Et finalement vous avez rendue publique votre relation?

Publique comment?

Au mariage de 1980?

Oui mais là on avait déjà quatre enfants! Le mariage religieux est venu beaucoup plus tard.

Qu’est-ce qui a changé dans votre vie après ce mariage quand vous êtes devenue la Première Dame connue dans le monde entier?

Au début ce n’était pas facile. Être femme du Chef de l’Etat était difficile pour moi. Je ne sais pas mais Dieu était au milieu de tout ça. J’ai fini par accepter tout, les joies comme les épreuves de cette vie. Le bonheur était là mais pas à cent pour cent mais j’ai supporté et assumé tout ça.

Le président Mobutu ne t’avait pas forcée? Vous vous aimiez vraiment?

Ah oui nous nous aimions vraiment. Tout en soulignant qu’il n’est pas facile d’être la femme d’un Chef de l’Etat.

Mais qu’est-ce qu’il y a de difficile d’être à ce poste? Bonheur, prestige, voyage dans le monde entier?

Dans chaque famille, il y a des joies et des peines. Les joies de vivre ensemble en famille on les avait. Les épreuves aussi. Mais en tout ça j’ai retenu une chose: le Président Mobutu était un époux spécial.

Il était comment alors?

Il avait un grand respect pour sa femme. Il avait beaucoup de respect envers moi. Malgré la différence d’âge entre lui et moi mais il me respectait. Une chose que je ne veux pas, il respectera mon avis. Et quand lui n’était pas d’accord sur un point, moi aussi je me soumettais. Bref, on se respectait mutuellement. Quand je lui faisais un reproche sur un point, il présentait directement des excuses comme je le lui faisais moi aussi à un de ses reproches. C’est pourquoi je ne peux jamais oublier mon mari. Des fois, je lui dis encore aujourd’hui: «pourquoi on n’est pas mort le même jour avec toi?».

Donc, c’était un bon mari?

Oui exactement. C’était un très bon mari.

Est-ce que son travail de président ne vous dérangeait pas?

Non ça ne me dérangeait point. J’étais derrière lui pour le soutenir. Je le suivais partout pour soutenir son morale. Il avait besoin d’avoir à quelqu’un à ses côtés. Il était aussi un homme qui avait besoin de l’affection et du soutien de sa femme. C’est pourquoi je tenais à l’accompagner dans ses voyages de Chef de l’Etat.

Comme époux, qu’est-ce qu’il aimait?

Il avait ses préférences. Quand il faisait le déplacement dans un autre pays, il exigeait de manger ce que je lui faisais.

Quelles étaient ses habitudes? Il faisait le sport? Il passait son temps à la lecture? À quoi il occupait sa journée?

Entièrement dévoué au travail pour son pays et son peuple.

Est-ce qu’il avait des amis?

Bien sûr qu’il avait des amis. Il en avait beaucoup même parmi les politiciens.

Des amis, par exemple, qui l’ont accompagné même quand il n’était plus au pouvoir?

Il avait des amis fidèles comme papa Lomata avec qui il avait étudié dans l’enfance. Il était tout le temps avec lui que ce soit dans ses voyages en bateau ou autres.

Et les autres qu’il a rencontrés en politique, est-ce qu’ils lui sont restés proches?

Oui, oui! Il y en avait. Tel par exemple l’ambassadeur Mukamba et beaucoup d’autres. Je vieillis et ma mémoire n’est plus aussi bonne. Mais ils étaient nombreux autour de lui.

Est-ce que ses amis vous sont restés proches à l’absence de papa?

-Long sourire-. Pas beaucoup peut-être parce qu’on est au Maroc où l’avion n’arrive pas facilement. Puis beaucoup parmi ses amis sont déjà morts. D’autres sont encore vivants. Et quand je voyage à Bruxelles, je ne manque pas de visiter son ancien directeur de cabinet Me Nyimi et sa femme avec qui nous passions de longues soirées de conversation.

Après son discours du 24 avril 1990 et tous les changements politiques survenus, est-ce que le moral de papa avait changé?

C’était un président mais aussi un être humain. Il souffrait beaucoup de certaines choses. Il recevait aussi des chocs. J’en avais pour preuve lors de notre séjour à Goma quand on clôturait la Conférence nationale souveraine. Ses proches collaborateurs sont venus le voir dans notre résidence et je l’ai entendu leur demander: «On dit que moi je n’ai rien fait pour ce pays?». Ensuite, j’ai vu des larmes couler de ses yeux. Je l’ai pris à part et je lui ai dit : «Arrête de parler de ça. Ta souffrance ne dépasse pas celle du Christ. Tu es un chrétien et ne l’oublie jamais». C’est ce que je lui avais dit.

Est-ce son statut de président il l’exerçait en même temps au bureau et en famille?

Non! Quand il faisait la politique, il allait dans son bureau où il rencontrait ses collaborateurs et ses visiteurs. Quand il venait en famille il était un simple mari et un père de famille. Il se comportait comme n’importe quel époux se comporte en famille.

Donc, là-bas en famille, il ne disait plus «Nye Nye!»

-Rire-. Non, non! Il se comporte comme mon mari et le père des enfants. Même envers ses ouvriers, il se comportait avec beaucoup d’humanité et de courtoisie. Je me rappelle quand on s’est marié religieusement en 1980 et que je suis venue habiter à Mont Ngaliema, il m’a dit un jour: «regarde tous ces ouvriers, chérie, regarde ces cuisiniers, je les prends comme mes papa parce que mon père était un cuisinier». Il avait beaucoup de respect envers ses ouvriers.

Avec tous ses ouvriers…

Oui, oui! Dans sa tête, ses ouvriers faisaient partie de sa propre famille. Je ne l’avais jamais entendu crier sur moi ou sur ses ouvriers. À Mont Ngaliema, il était le Maréchal Mobutu, à la maison, il était Monsieur Mobutu. La différence était très grande.

Après les choses ont changé. Papa est tombé malade. On a attaqué le Zaïre. Il est sorti de l’hôpital et revenu triomphalement au pays et bien accueilli par son peuple…

-Coupant la question du journaliste-. Je ne peux pas vous cacher ce pour quoi il est vite mort. L’opération de son cancer de prostate s’était bien passée en Suisse. Un de ses médecins personnels Dr Byamungu y a assisté et l’espérance de guérison était envisageable. Ce qui a précipité sa mort, c’est sa pensée fixe sur son pays. Même sur le lit de malade, il ne pensait qu’à son pays. Quand la guerre a éclaté, il a dû négliger le protocole ordinaire de la chimiothérapie. Il tenait à rentrer dans son pays qui était attaqué dans sa partie Est.

Donc, c’est la situation du pays qui avait perturbé sa santé?

Exactement! Lui jugeait que c’était plus important de rentrer au pays que de s’occuper de sa santé. Les médecins lui imposaient une séance de chimiothérapie par mois et lui trouvait que c’est trop long au regard de ce qui se passait dans son pays.

Le 16 mai, le cortège de papa quitte Kinshasa. L’AFDL entre le jour suivant. Quel était le moral de papa?

Il avait pris personnellement la décision de se replier à Gbadolite. Arrivé là-bas, sa santé s’est beaucoup détériorée et c’est moi personnellement qui ai appelé les présidents du Gabon et du Togo pour envoyer l’avion pour l’évacuer dans un hôpital. Mais lui ne voulait pas. Il était prêt à mourir dans son pays.

Mais il y a des gens qui racontent que vous avez fui Gbadolite parce qu’on voulait vous faire du mal?

Non! C’est faux. Les gens nous conseillaient de nous cacher dans une autre maison à Gbado mais lui a refusé. Et il s’est fâché contre moi quand je lui ai dit que j’avais appelé ses collègues du Gabon et du Togo. Il m’a dit: «Tu n’es pas le président pourquoi oses-tu les appeler?». Et moi de lui répondre: «Mon mari que j’aime de tout mon cœur est malade. Il va mal. Tu veux quoi? Que je te regarde souffrir comme ça sans rien faire? Et moi ta femme si j’étais dans cet état tu me laisserais mourir comme ça?».

Malgré les menaces, le Maréchal ne voulait pas partir?

Exactement. Il ne voulait pas partir. À la fin, il avait accepté pour raison de sa maladie qui s’aggravait de jour en jour. Mais même là on avait dû le forcer d’accepter. Beaucoup de nos soldats avaient basculé dans le camp ennemi. Ce sont eux qui avaient tiré sur notre avion. On avait remarqué les impacts de balle seulement à notre arrivée à Lomé. C’était un avion cargo militaire fort heureusement, car si c’était un avion civil ordinaire, toute la famille allait périr ce jour-là. Et moi qui vous parle je ne serai plus là.

Et comment a réagi le Maréchal à Lomé quand il a vu ça?

Ça lui avait fait très mal au cœur. C’était un homme qui savait encaisser dans son cœur sans trop se plaindre ni exprimer ce qu’il endure.

Quel était le premier pays de votre accueil?

Lomé au Togo. On y avait passé une semaine.

Mais pourquoi vous avez quitté? Est-ce que vous étiez toujours accueillis avec dignité comme auparavant?

On était installé dans une villa confortable. Le Président togolais était absent de la capitale le jour de notre arrivée. Quand il y est retourné, il est venu nous voir et ils ont une longue conversation tous deux. Mon mari ne m’avait pas donné le contenu de leur entretien mais tout montrait qu’ils ne s’étaient pas mis d’accord sur certains points. Entre-temps, sa santé se détériorait et le Président togolais nous avait donné l’avion qui nous avait portés au Maroc. Car j’avais semblé comprendre que la France avait refusé de l’accueillir pour ses soins médicaux. C’est plutôt le Roi Hassan II, le Chef de ce pays où je vis maintenant, qui avait dit à mon mari: «Viens ici au Maroc. C’est l’Afrique, c’est ton pays et personne ni les français ni les belges ni les américains ne t’empêcheront de rester ici sur cette terre africaine».

C’est comme ça alors vous êtes arrivés au Maroc?

Voilà! À notre arrivée on nous avait placés dans un hôtel non loin de Rabat. Puis dans un nouvel hôtel récemment construit à Tanger où on a passé un mois avant de venir suivre des soins à l’Hôpital général à Rabat. Il souffrait beaucoup de chimiothérapies qu’il avait déjà administrées. On a fait appel à des grands spécialistes du monde pour le guérir mais après des examens approfondis, ils nous ont dit la vérité que la situation était fatale.

Pour revenir en arrière, quand vous avez quitté le pays, quel était le sort de vos proches membres de famille restés au pays, ont-ils été menacés?

Moi, personnellement, mon mari était gravement malade et j’étais toute concentrée sur lui. Je ne pensais même plus à la famille ou à quiconque. Mon mari était couché au lit, se tordant de douleur, où aurais-je trouvé la force d’appeler les gens? À quoi me servait de raconter aux gens la douleur de ma famille? Pour qu’on alimenter encore le mépris contre nous nous? Jamais.

Beaucoup de gens t’appelaient pour prendre des nouvelles?

Personne ne me cherchait ni voulait avoir de mes nouvelles?

Quand les médecins vous ont annoncé le diagnostic final et le jour du décès, comment vous avez réagi?

J’étais sous le choc et je leur ai dit: «vous n’êtes pas le Maître de la vie, seul Dieu connaît le jour!». Effectivement, le jour annoncé par ce médecin était passé et mon mari est mort plus tard. Je leur avais dit: «comment vous osez le dire une chose pareille devant le malade? Vous le blessez profondément et vous enlevez la force de se battre», car effectivement ils le disaient à nous devant le malade qui écoutait tout.

Et que disait le Maréchal devant ce médecin?

Il est restait silencieux. Le Dr Diomi son médecin personnel a cru que mon mari n’avait pas bien entendu. Il lui a répété le verdict médical mais lui est resté sans rien dire. Il est resté silencieux.

Quelle étaient ses dernières paroles?

-Long silence très émue puis se reprend-. Ce jour-là, j’étais assise à côté de son lit puis je suis allée aux toilettes qui étaient juste à côté de son lit. Il m’appelle, me fixe longtemps et me dit: «Pardon». Je lui demande: «Pardon de quoi papa?». Il est resté silencieux et moi par amour que je portais à lui je lui dis: «moi aussi je te demande pardon». Puis j’ajoute: Demande aussi pardon à tous tes enfants du Zaïre, car eux aussi te demandent pardon. Je te le demande au nom de toutes les filles et fils du Zaïre. Beaucoup parmi eux t’ont fait du mal mais tu ne peux pas partir avec ces blessures intérieures dans ton cœur. Pardonne-leur et là où tu crois avoir agi mal demande-leur pardon. Le mot ‘’Pardon’’ était bref mais était riche de significations pour un grand homme de sa trempe. Cette parole du pardon était la dernière qui etsit sortie de sa bouche. Il ne voulait dire rien de plus et résumait le sentiment de son cœur aux derniers instants de sa vie. Pardon à tout son peuple qu’il a tant aimé et à qui il a consacré toute sa vie, avec ses limites humaines.

Et après il a dit quoi?

-Long silence et émue-. Il n’a plus rien dit. On était là toute la famille autour de son lit. Nous nous sommes mis à prier, conscients de ce que cette vie vient de Dieu et que c’est Lui qui a la dernière décision. Un moment, on m’a demandé d’embrasser mon mari pour la dernière fois. -Silence-. C’est après qu’on m’a raconté que j’étais tombée évanouie. On me l’a raconté après mais moi-même je ne m’en souviens pas.

Du vivant du maréchal la presse et ses adversaires disaient qu’il avait beaucoup d’argent et de richesses, après sa mort c’est quoi la vérité?

C’est depuis 25 ans que nous cherchons ce trésor sans le trouver.

Donc on a dit des mensonges sur vous?

Je n’en sais rien. Nous n’en avons rien vu. Le président avait de proches conseillers ce n’est pas lui qui va ouvrir des comptes bancaires. La vérité est que moi et mes enfants nous n’avons eu aucune information sur l’argent qui appartenait à mon mari.

Aujourd’hui, ça fait 25 ans depuis qu’il nous a laissés. C’était à quelle heure?

À la fin de l’après-midi

25 ans après la mort de votre mari, vous ne sentez pas le désir de rentrer à votre terre natale?

-Long silence-. Certes que le désir de rentrer dans mon pays est là mais… celui avec qui j’étais entré dans l’avion est ici au Maroc. Que je rentre chercher quoi là-bas? Dans ma tête je me disais que les enfants du Zaïre viendront prendre son corps pour l’enterrer dans sa terre natale. Les années passent et moi-même je m’approche de ma fin. La seule chose qui me reste à faire c’est de creuser un trou où je peux l’enterrer dans sa terre natale.

Á Kinshasa ou à Gbadolite?

On va atterrir à Kinshasa non! On ne va pas priver les zaïrois de le saluer.

Mais il y a des langues qui racontent que vous la famille vous ne voulez pas que le Maréchal rentre?

Comment faire rentrer mon mari dans le désordre?

C’était du temps des Kabila? Maintenant qu’il y a le président Félix Tshisekedi au pouvoir, il peut rentrer au pays?

Pourquoi pas?

Y a-t-il des conditions spécifiques pour ce retour?

Mais c’est lui le Chef de l’Etat. Cette question nous est posée plusieurs fois. J’ai même reçu la visite de la Ministre des Affaires Étrangères qui nous a posé la même question. Notre réponse est assez claire: «Papa a été tellement sali par son peuple quand il quittait le territoire zaïrois. Voleur, assassin, etc.». Autant d’injures mises sur les lèvres de la population. On ne leur demande qu’une seule chose: celle de reconnaître au moins que papa a aussi porté quelque chose à l’édification de ce pays. Il a besoin qu’on lui fasse des reproches posthumes sur son mandat mais il a aussi besoin que le Congo reconnaisse devant l’histoire la part de bien qu’il a fait à ce pays. Il a besoin d’être réhabilité avant son retour à la terre de ses ancêtres. C’est une question de vérité et d’honnêteté historique qui permet de faire le deuil d’un chef comme lui.

Donc vous acceptez le retour de papa dès sa réhabilitation?

Oui.

Quand feu Manda ou encore votre fils Nzanga Mobutu était entré au gouvernement, tu n’étais pas tentée d’aller à Kinshasa?

Jamais! L’unique fois que je me suis approchée de Kinshasa c’est quand j’étais invitée aux obsèques de la fille du président Sassou à Oyo. Je regardais Kinshasa en face.

Est-ce que votre pays ne vous manque pas?

C’est comme si tu me demandais si je peux oublier ma propre mère! Je ne peux jamais oublier un seul instant la terre natale. Je ne peux jamais oublier ma maman qui m’a porté neuf mois dans son sein. Je ne peux jamais oublier mon pays qui m’a engendrée, m’a nourrie, m’a protégée jusqu’à ce que je le quittais à l’âge de 52 ans. Comment puis-je oublier mon pays? Mon pays m’a nourrie, m’a élevée et fait de moi ce que je suis. Ça me manque beaucoup. Mon pays me manque cruellement. Vivre dans son propre pays c’est une chose, vivre sur une terre étrangère, c’est une autre chose.

Mais ici on vous a bien accueillie non?

Vous avez raison ! Mais ta mère reste ta mère. Tu ne peux pas la remplacer.

Maman Bobi Ladawa merci pour l’accueil et surtout tout ce que nous apprenons sur une page importante de l’histoire de notre pays. Quel message voudriez-vous donner aux congolais qui nous suivent dans cette émission?

Ne croyez pas à ceux qui racontent que la famille Mobutu ne veut pas que le corps de l’ancien président rentre au pays, c’est faux. Quand il était malade lui-même m’avait dit un jour: «si quelque chose m’arrivait ces jours-ci, enterrez-moi ici. Le reste de mon corps ne pourra rentrer au Zaïre que si tout revient au calme et à l’ordre». Il m’avait déjà indiqué l’endroit où il doit être enterré.

À Kinshasa?

Non pas à Kinshasa mais à Gbadolite. Je connais bien la place. Je n’avais jamais entendu de sa bouche la volonté d’être enterré à Kinshasa.

L’actuel gouverneur du Nord-Ubangui est le petit-fils du maréchal. Cela pourra arranger l’affaire?

Ça peut beaucoup arranger les choses. J’étais tellement heureuse d’apprendre que mon petit-fils a pris en main la gestion de la province de son grand-père. Il est tout jeune mais il faut qu’il ait le sens d’écoute de la population et des personnes sages qui peuvent l’aider à bien diriger la province. On a détruit Gbadolite et lui n’a pas le moyen qu’avait son papy qui était chef de l’Etat. Mais il s’en sortira. Il a le sang de Mobutu dans ses veines.

Vous avez exprimé votre désir de voir être réhabilitée la mémoire du maréchal, que dire à ses détracteurs?

Je rencontre souvent des congolais qui me disent: ah ça ne va pas au pays! Mais je leur réponds, arrêtez avec vos habitudes de critiques négatives. Le maréchal est parti et à ceux qui lui ont succédé vous continuez à être acerbes. Au lieu de vous réjouir que le Maréchal soit parti, vous continuez à pleurnicher c’est que vous ne savez pas ce que vous voulez. C’est la réponse que je leur donne. Eux disent que le Maréchal a détruit son pays. C’est de leur droit. Mais moi qui fus un témoin direct des événements, je voyais que le Maréchal avait le souci de son pays 24h/24. Avant de dormir, s’il n’a pas reçu la réponse sur la situation sécuritaire de ses neuf frontières, il ne va pas au lit. C’est uniquement quand il a la réponse que tout est calme aux 9 frontières qu’il pouvait trouver le sommeil. Vous le voyez dormir juste deux ou trois heures du temps par nuit et le voilà debout, il reprend à parler avec ses services pour la marche du pays. Dans sa tête, du matin jusqu’au soir c’était le bien et la stabilité de son pays. À un homme comme ça l’histoire objective ne peut nier le mérite d’avoir aimé son pays et oser dire qu’il n’a rien fait. Et si on répète la même chose à ses successeurs c’est que nous congolais on ne sait pas ce qu’on veut. Il faut quand même une certaine communauté d’intérêts entre le peuple et le chef mais si la démocratie c’est passer à la TV pour injurier ou calomnier, comment le pays peut-il évoluer? Il faut qu’on se mette autour d’une table pour la bonne marche du pays. Lorsqu’en 1965 mon mari était devenu président, les provinces étaient divisées et minées par le poison du tribalisme. Ses premiers efforts politiques furent de réunir le peuple et d’en faire une nation. On avait vécu cette unité et personne ne peut contester l’apport de cet homme pour que le Zaïre en soit arrivé là au statut d’unité et d’une nation connue et respectée partout dans le monde. Mon message au peuple congolais est le suivant: «du temps du Zaïre, on se sentait citoyen zaïrois dans n’importe quelle partie du territoire de ce vaste pays. On se sentait congolais partout où on se trouvait. C’est à cause de ce sentiment d’appartenance commune à une seule nation que le pays avait commencé à décoller. Mais avec le nouveau discours». Moi je suis du Kivu, moi je suis de Katanga, moi je suis de Bandundu, moi je suis de l’Equateur, c’est clair que nous contribuons nous-mêmes à diviser notre pays. Comment voulez-vous que le pays se développe dans la division? Nous avons un vaste pays et si nous ne parlons plus le même langage alors ça devient la tour de Babel. Si nous voulons que les choses marchent, nous devons nous entendre et parler le même langage pour redresser notre pays car nous tous nous sommes «bana Congo». Dès lors que chacun se définit plutôt comme ressortissant de l’Est, de l’Ouest ou du Nord, le pays aura du mal à se redresser.

Merci beaucoup maman

Merci. Peut-être la dernière fois que je vous parle. Je suis avancée en âge.

On se parlera de nouveau à Kinshasa.

Interview en lingala au micro de Christian LUSAKWENO transcrite en français par Germain NZINGA

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