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Suminwa: les grandes manœuvres diplomatiques de la Première ministre à Genève, où elle presse pour l’ouverture d’un couloir humanitaire et l’activation des sanctions dissuasives contre le Rwanda

Judith Suminwa en a fait son affaire. Après tout, c’est elle la Première ministre, cheffe de gouvernement. Dans la guerre que le Rwanda mène à la République Démocratique du Congo, elle a décidé d’agir. Elle a déployé ses ministres et a entrepris de se déployer elle-même, consciente qu’un conflit armé se gagne principalement de deux manières. Par voie militaire et par le canal diplomatique. Tout réside dans l’action, la détermination, la cadence, la capacité de manager.

Parce que tout le long du mois février, Kinshasa via son gouvernement enchaîne des succès diplomatiques majeurs -la décision du Conseil des droits de l’homme de l’ONU d’installer une Commission d’enquête pour documenter les violations des droits humains et du droit international humanitaire dans l’Est du pays, l’initiative du Parlement européen sollicitant la suspension de l’accord entre l’Union européenne et le Rwanda sur les minerais critiques, les sanctions des USA contre le Général James Kabarebe, le vote à l’unanimité au Conseil de Sécurité des Nations Unies de la résolution condamnant le Rwanda et lui enjoignant de quitter la République Démocratique du Congo et, l’annonce mardi de la promesse du gouvernement britannique de suspendre la coopération avec Kigali-, la Première ministre a juré de ne pas lâcher prise, d’appuyer sur l’accélérateur. Les médias sont unanimes: la pression internationale se fait de plus en plus manifeste et Kigali est réellement secoué.

Arrivée dimanche à Genève en Suisse pour le Segment de haut niveau organisé à la faveur de la 58e Session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, elle s’est mise dans les grandes manœuvres diplomatiques, arrachant des réunions avec des décideurs du monde pour continuer de plaider la cause RD-congolaise dans les hautes sphères internationales face à l’agression rwandaise, caractérisée par des carnages et un gros désastre humanitaire, avec près de 8000 morts et des millions de déplacés.

Lundi et mardi, la représentante du Président Félix Tshisekedi a eu des rencontres en bi et multilatérale essentiellement axées sur le soutien aux populations victimes de l’occupation rwandaise dans les deux Kivu et la réclamation des sanctions dissuasives sur le Rwanda. Selon Cheffe du gouvernement RD-congolais, des milliers de blessés et déplacés sont abandonnés à leur triste sort par les agresseurs.

Vivement l’ouverture d’un couloir humanitaire

Lundi, elle s’est entretenue, tour à tour, avec le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, le Haut-Commissaire aux réfugiés, Filippo Grandi, le Représentant spécial de l’Union européenne en matière des droits humains, Olof Skoog, puis le Conseiller fédéral suisse aux Affaires étrangères, Ignazio Cassis et le mardi avec Maxime Prévôt, vice-Premier ministre belge et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement.

Dans son plaidoyer, Suminwa a sollicité l’accompagnement de tous ces partenaires pour la mise en place rapide d’un couloir humanitaire. L’objectif visé est, d’une part, de sauver des milliers de personnes encore piégées dans les territoires occupés par l’armée rwandaise et ses supplétifs de l’AFC-M23, et d’autre part, de faciliter le travail des humanitaires dans ces zones de conflit en vue d’assister les blessés et les déplacés.

Malheureusement, face un besoin pressant d’ouvrir ce corridor humanitaire pour apporter de l’aide aux populations civiles et permettre aux travailleurs humanitaires de traverser les zones occupées en toute sécurité, la Première ministre de la RD-Congo a regretté le fait que, dans leur stratégie sanguinaire, les forces rwandaises et leurs supplétifs du M23/AFC aient choisi de bloquer l’assistance humanitaire. Une situation rendant quasi impossible l’évacuation des blessés, des malades ou encore des morts. En plus, il y a risque d’un regain d’épidémies telles que le choléra et le Mpox dans ces zones, à en croire les spécialistes en santé publique. Raison pour laquelle il y a intérêt à agir vite.

UE et HCR disposés à appuyer Kinshasa

Le Représentant spécial en matière des droits humains de l’UE, Olof Skoog, a promis à la Première ministre le soutien de son organisation pour obtenir la mise en place de ce couloir humanitaire.
«J’ai exprimé l’appui de l’Union européenne. La Première ministre nous a bien expliqué la situation actuelle, y compris une situation humanitaire très difficile. On est l’un des plus grands donateurs humanitaires à travers le monde, je crois qu’on va tout faire pour améliorer la situation de la population RD-congolaise», a-t-il déclaré.

Même son de cloche du côté du Haut commissariat aux réfugiés. «On reste disposé, vous pouvez compter sur le HCR », a fait savoir le Haut Commissaire Filippo Grandi. Il a dit espérer que les forces se trouvant sur le terrain vont finalement laisser les humanitaires travailler, regrettant que son organisation ait été forcée à réduire ses effectifs à cause de ce conflit armé.

‎De son côté, le patron de la diplomatie suisse, Ignazio Cassis, en a appelé à la désescalade, promettant, lui aussi, à la Première ministre tout le soutien de son gouvernement.

Bien avant, c’est le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui avait exprimé sa crainte sur une régionalisation de la crise si rien n’est fait.

Soutien réitéré du gouvernement à la MONUSCO

Pour sa part, la Première ministre Suminwa a réaffirmé le soutien du gouvernement à la MONUSCO, dénonçant au passage la manipulation de la population par l’ennemi contre les forces onusiennes.
Comme cela a été le cas récemment à Dar-es-Salaam et à Addis-Abeba, le déplacement à Genève de la Cheffe du Gouvernement permet de porter plus haut encore la voix de la RD-Congo. Ce qui augure une amélioration de la situation sécuritaire et humanitaire sur le terrain.

L’implication belge

Mardi, la Cheffe du gouvernement a un entretien de haut niveau avec Maxime Prévot, vice-Premier ministre belge et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement. Cette rencontre intervient au lendemain de la décision du Conseil des Affaires étrangères de l’Union européenne de suspendre les consultations avec le Rwanda sur les questions de défense. Le Conseil a également décidé de réexaminer le protocole d’accord conclu, le 19 février 2024, avec le Rwanda pour favoriser le développement de chaînes de valeur durables et résilientes pour les matières premières critiques.

Le Parlement européen avait pris une résolution le 13 février dernier demandant à la Commission de l’UE, aux États membres et aux institutions financières internationales de geler l’aide budgétaire directe au Rwanda et de cesser leur assistance militaire et sécuritaire aux forces armées rwandaises pour éviter de contribuer directement ou indirectement à des opérations militaires abusives dans l’Est de la RD-Congo.

‎Au cours de cette séance de travail, le patron de la diplomatie belge s’est voulu plutôt rassurant. «Le signal a été acquis. Tout le monde a pu converger là-dessus… Ce dont je peux me réjouir c’est que la Communauté internationale qui a, à mes yeux, tardé à réagir – mais la Belgique n’a pas ménagé sa peine pour porter le débat dans toutes les instances où elle pouvait le faire – s’est enfin réveillée et est disposée maintenant à lancer un signal clair à l’attention du Rwanda”, a dit Maxime Prévôt.

Ce n’est pas tout. La Cheffe du gouvernement RD-congolais a également rencontré les ONGs internationales de défense des droits de l’homme avec qui elle a échangé sur la situation sur le terrain. Elle a réitéré le fait que pour elle, l’heure n’est plus aux simples condamnations, mais plutôt aux sanctions.

Devant la tribune du Conseil du CDH

Dans sa prise de parole à la tribune de la 58ème session du Conseil des droits de l’homme -CDH- à Genève, Suminwa a sollicité des sanctions dissuasives contre le Rwanda pour son agression contre la RD-Congo et pour tous les crimes commis sur le sol RD-congolais.

Le bilan présenté par la Première ministre au Conseil de l’ONU aux droits de l’homme à Genève en Suisse, le lundi 24 février 2024, est effrayant. «La mort de plus de 7.000 compatriotes dont plus de 2.500 corps enterrés sans être identifiés et plus de 1.500 corps trainent dans les morgues. Plus de 215 cas de choléra identifiés et plusieurs cas de Mpox non pris en charge avec risque d’expansion. La destruction de plus de 90 sites d’accueil des déplacés internes, les attaques contre des hôpitaux et entrepôts humanitaires. Plus de 450.000 personnes, selon l’ONU, sont sans abri, nourriture et eau. Plus de 27 millions en besoin d’assistance humanitaire et plus de 2,8 millions de déplacés internes», a-t-elle détaillé.‎

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