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Sortie de crise: les incohérences du Régime

Au sein de l’Union sacrée voire au cœur du Régime, les positions paraissent floues sur le comportement à afficher face aux ailes de l’Opposition et à leurs leaders. Le président de la République a prôné la cohésion nationale pour sortir le pays de la crise et initié des consultations politiques. Les délégués du gouvernement et de l’AFC/M23 ont publié mercredi soir à Doha un communiqué conjoint dans lesquelles les deux parties s’accordent pour la cessation immédiate des hostilités, le rejet de tout discours de haine et d’intimidation, l’ouverture d’un dialogue constructif pour rétablir une paix durable, affirmant que ce dialogue portera sur les causes profondes de la crise. La trêve gouvernement-M23 actée, le ministre belge des Affaires étrangères Maxime Prévot a annoncé qu’il va faire le déplacement de Kampala, de Kitega et de Kinshasa du 25 au 29 avril.

L’État du Qatar a également encouragé les deux parties à poursuivre ce dialogue dans un esprit constructif et à œuvrer pour parvenir à un accord conforme aux aspirations du peuple congolais à la paix et au développement.

Mais à Kinshasa, deux réactions de deux proches du Régime ont tendance à semer le trouble dans les esprits. «Le prétendu communiqué issu des discussions de Doha n’engage ni le gouvernement congolais ni aucune institution légitime de notre pays. Non signé conjointement, il viole les règles diplomatiques. La vérité est claire: l’AFC-M23 est en guerre contre la République, pas contre un régime. La RDC n’est pas à vendre. Aucun compromis ne se fera au détriment de notre souveraineté!», a écrit sur son compte X le député national UDPS de Mbujimayi Tobbie Kayumbi alors que la Présidence de la République a publié, le même jour sur le même réseau social, une version de la déclaration conjointe signée de la main de Papy Mbuyi Kavungu, chef de la délégation de la République Démocratique du Congo dans la capitale de l’État du Qatar.

«À Doha, la RDC ne négocie pas un accord de partage de pouvoir, mais participe à un processus de désescalade régionale piloté par des partenaires internationaux», a affirmé, pour sa part, le tonitruant PCA Union sacrée de Cobil SA, Thierry Monsenepwo.

Mais qui a donc mandaté Kayumbi et Monsenepwo de donner leurs versions et leurs interprétations de la déclaration conjointe de Doha? Voici que ces deux sorties sont perçues comme des hésitations, des volte-faces et des erreurs sur la gestion non seulement du dossier AFC/M23 mais aussi sur la ligne officielle face à la gestion de l’opposition dans son ensemble. Voici qu’elles rendent la ligne du Pouvoir illisible et inconséquente face à la quête de l’unité et la cohésion nationales. Voici que la publication du communiqué conjoint de Doha, son annonce par les médias publics -la RTNC et l’ACP- ainsi que sa confirmation sur le compte X de la Présidence de la République coïncident étrangement avec la levée de boucliers contre l’ancien président de la République Joseph Kabila, les perquisitions de ses résidences et la saisie de certains de ses biens, la suspension des activités de son parti, le PPRD, ainsi que la présence militaire, rapportée jeudi par plusieurs sources, autour de la ferme Futuka, une propriété de Moïse Katumbi, le leader de l’opposition institutionnelle actuellement en exil.

Les contradictions, les incohérences s’accumulent pendant que, depuis Madagascar où il était en visite d’Etat les 23 et 24 avril, le président français Emmanuel Macron a réitéré son appel à une solution concertée de la crise via un dialogue inclusif.

Sans être dans le cercle des personnalités attitrées pour porter la parole des institutions, le PCA de Cobil SA, Thierry Monsenepwo, n’a pas manqué comme à son habitude de s’exprimer peu après la publication de la déclaration conjointe de Doha

À ce stade, comprendre l’agenda de l’Union sacrée après les troublantes sorties du député Tobbie Kayumbi et du PCA Monsenepwo face à la gestion de la crise politique et sécuritaire constitue une tâche pour le moins complexe. C’est presque un flou artistique, une partie d’essai-erreur. Est-ce à un PCA et à un député national, fût-il membre du parti présidentiel, de prendre le contre-pied d’un communiqué rendu public par la Présidence de la République relatif à un dossier aussi sensible? Est-ce une manière de tenter de faire oublier la subite évolution de la position du gouvernement, hier opposé à tout dialogue direct avec l’AFC/M23? Y aurait-il deux versions du Pouvoir : celle qui estime que l’on doit prendre langue avec les rebelles après un long moment de refus et ostraciser des personnalités soupçonnées, à tort ou à raison, d’être leurs soutiens ou mentors, et celle qui compte créer de nouveaux fronts tout en appelant les Églises -favorables à un dialogue global et inclusif- et les médias à accompagner le processus de Doha?

Voilà des actes incohérents qui font interroger certains diplomates en poste à Kinshasa sur la réelle volonté de l’Union sacrée et de l’appareil sécuritaire d’en finir avec la crise dans toutes ses facettes. «Voilà des semaines que personne ne semble vraiment comprendre ce que veut le Régime de Kinshasa avec ses revirements et la multiplication de pôles de tensions susceptibles de compliquer davantage un conflit déjà très complexe», commente un diplomate d’un pays occidental, estimant que «tout le monde au sein de la coalition au pouvoir ne devrait pas prendre la parole lorsqu’il s’agit de la gestion des affaires sensibles. C’est gênant».

Natine K.

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