
C’est une sortie tonitruante. Deux mois après sa sortie de prison, Jean-Marc Kabund a effectué sa première sortie publique, à l’occasion d’une matinée politique animée jeudi 24 avril au siège de son parti politique à Kinshasa. C’est un Kabund de saison qui a renfilé ses costumes d’opposant, trois ans après avoir retourné sa veste contre Félix Tshisekedi. Une décision qu’il a dit avoir prise pour faire «face à un pays en déliquescence, marqué par une politique arrogante, inconséquente, séparatiste et dépourvue de vision, menée par un régime impopulaire et dictatorial, animé par des acteurs opportunistes et incompétents».
Sans langue de bois, l’ancien bras droit de Félix Tshisekedi passé à l’opposition s’est montré sans gants, commentant l’actualité de l’heure, avec une emphase sur la situation sécuritaire dans l’Est du pays. Pour une paix durable, Kabund a son propre schéma. L’ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale a notamment proposé «deux nouveaux processus» de paix. Le premier, il l’a baptisé «processus de Lome», en référence au président Faure Gnassigbé, récemment désigné médiateur de l’Union africaine pour le conflit rwando-congolais. Ce processus devrait aboutir, selon Kabund, à «la signature d’un accord de paix et au retrait des troupes rwandaises sur le sol RD-congolais».
En même temps, l’ancien chef de l’UDPS a plaidé pour une «processus interne» afin de mettre autour d’une table toutes les forces vives de la nation, allant de la coalition au pouvoir à l’AFC/M23, en passant par l’Opposition politique non armée dans sa diversité et la société civile. Pour mener à bon port ce projet, Kabund a suggéré une médiation internationale ou régionale. «Un dialogue franc doit être engagé entre acteurs RD-congolais pour trouver un consensus national au sujet de plusieurs questions qui fâchent entre autres, la guerre de l’Est, la crise de légitimité provoquée par la tricherie des élections présidentielles et législatives passées, le rétablissement de la cohésion nationale affectée par le tribalisme, la sécurité des personnes et des biens, etc.», a-t-il déclaré sans gants.
L’opposant a également exhorté le pouvoir à prendre des mesures de décrispation de l’espace politique en libérant «tous les prisonniers politiques tant militaire que civil» mais aussi en «cessant les intimidations contre les opposants et les journalistes indépendants». Sans citer le Parti du peuple pour la reconstruction et démocratie -PPRD- dont les activités sont suspendues depuis quelques jours, Kabund a appelé à la cessation de tout entrave au fonctionnement des partis politiques de l’opposition, dénonçant ouvertement «des motifs fallacieux» brandis par le régime. Le retour des exilés politiques comme Joseph Kabila Kabange, Franck Diongo, Moïse Katumbi, Richar Muyej, Perrot Luwara, Francine Muyumba a également été préconisé par le président de l’Alliance pour le changement -Ach.
Une classe politique défaillante
Pour Kabund, Kinshasa doit payer ce prix pour gagner la paix et infléchir la courbe de «la dégradation progressive et dangereuse de la situation sécuritaire» constatée ces dix dernières années. Kabund a surtout noté «l’incapacité du pouvoir à apporter des solutions souveraines dans les domaines stratégiques comme la défense du territoire national et la protection des personnes et de leurs biens». «L’insécurité grandit au jour le jour tant dans la partie orientale du pays qu’à l’ouest avec le phénomène Mobondo et au niveau de toutes les entités urbaines, laissant nos populations dans la plus grande détresse», a-t-il déploré.
Toutefois, a-t-il nuancé, l’actuel régime n’est pas responsable de tous les maux mais bien la suite logique de «l’échec de la classe politique» en RD-Congo depuis 1960, marquée par un «système politique à la fois prédateur et oppresseur». Kabund est convaincu que le renouvellement de cette classe pourrait être la clé, en mettant en avant «des femmes et hommes nouveaux capables de sortir le pays de l’ornière dans laquelle l’a plongé le régime actuel». Kabund a particulièrement gardé une dent contre Tshisekedi pour le manque de «transparence» et de «responsabilité» qui caractérise le régime actuel, érigeant ainsi «l’opacité et l’impunité» comme des modes de gestion. «On assiste donc à des statistiques mensongères contredisant un échec cuisant dans la fourniture des besoins sociaux de base en faveur de la population à l’instar de l’eau, l’électricité, l’éducation, l’emploi, la santé, d’alimentation», a-t-il fustigé.
Opposé à tout bradage des ressources au nom de la paix
Autre point pour lequel Kabund est remonté contre Tshisekedi, c’est les négociations en cours avec l’administration Trump pour un deal minerais contre sécurité. Si Kinshasa et Washington assurent avancer dans les discussions, cet accord est vu d’un mauvais œil pour celui qui se considère comme fils idéologique de Tshisekedi père. Sans tergiverser, Kabund a mis en garde le président Félix Tshisekedi et son gouvernement en garde «contre toute tentative de brader [les] richesses minières auprès des Américains sous prétexte de ramener la paix à l’est du pays».
Aux Américains, il a rappelé «l’incapacité du régime de Kinshasa à sécuriser les RD-Congolais». Une réalité qui, selon lui, n’est pas due «au manque des moyens, mais plutôt à la mauvaise gouvernance, la corruption, la concussion, le détournement de deniers public». Kabund attend de Washington le réexamen du projet pour se rassurer de la bonne utilisations des fonds à disponibiliser.
YA KAKESA

