
Dans la discrétion d’une séance à huis clos au Conseil de sécurité, le conseiller principal pour l’Afrique des États‑Unis, Massad Boulos, a livré un message aussi net que sans ambiguïté: Kigali doit retirer ses troupes de la République Démocratique du Congo, et rapidement. Prononcée d’un ton ferme, la déclaration américaine marque une escalade diplomatique après des semaines de tensions dans les Kivu.
«Mesures défensives» levées ou sanctions renforcées: le choix qui se présente à Kigali
Boulos n’a pas masqué son «profond désappointement» face à ce qu’il qualifie d’escalade rwandaise, une violation directe des Accords de Washington signés en décembre 2025. Washington, qui a déjà imposé des sanctions ciblées contre les Forces de défense rwandaises et quatre de leurs généraux, a averti qu’il continuerait «d’explorer tous les outils disponibles» pour tenter de «promouvoir la responsabilité» de ceux qui «sapent la paix». Le message à destination du président Kagame est explicitement: lever les mesures défensives et retirer les troupes ou s’exposer à de nouvelles mesures coercitives.
Un dispositif multilatéral pour sortir de la spirale de violence
Le discours de Boulos a insisté sur la combinaison d’outils diplomatiques désormais engagés: les Accords de Washington, qui lient sécurité et coopération économique; le Cadre de Doha, favorisant le dialogue direct entre Kinshasa et le M23; et la médiation de l’Union africaine, conduite par les présidents Lourenço et Faure Gnassingbé. Selon Washington, ces mécanismes -complémentaires et interdépendants- offrent «une voie crédible et exécutoire» vers une paix durable. Mais seulement si tous respectent leurs engagements.
Kinshasa en première ligne, MONUSCO attendue sur le terrain
Les États‑Unis réaffirment aussi la nécessité pour Kinshasa de restaurer «l’autorité pleine et entière de l’État» dans les Kivus et de neutraliser les FDLR dans les zones qu’il contrôle. Pendant ce temps, la MONUSCO, qualifiée d’«indispensable», se dit prête à étendre son rôle de surveillance et de vérification du cessez‑le‑feu, comme le prévoit la lettre du Secrétaire général du 27 février.
Au cœur du conflit: les ressources pillées et la souffrance des civils
Boulos a pointé l’un des moteurs oubliés du conflit: le pillage systématique des ressources naturelles de l’est de la République Démocratique du Congo, exploitées par des réseaux illicites qui enrichissent groupes armés et acteurs extérieurs.
Démanteler ces filières, renforcer la transparence et faire en sorte que la richesse du pays profite à sa population sont, selon lui, des conditions non négociables d’une paix durable. Le conseiller américain a exprimé ses condoléances après l’attaque du 11 mars à Goma qui a coûté la vie à une humanitaire française, et a appelé à l’arrêt immédiat des frappes de drones en zones urbaines ou contre des forces en retraite, y compris lorsqu’elles sont conduites par des contractants privés.
Ultimatum et incertitudes
Boulos a salué enfin le leadership affiché de Washington, dans une touche politique assumée, celui du président Trump, tout en mettant clairement la pression sur Kigali. Dans la salle du Conseil, le ton était donné: la patience internationale s’épuise. Le gouvernement rwandais cédera‑t‑il à l’ultimatum et favorisera la désescalade, ou la région basculera‑t‑elle vers une nouvelle phase de confrontation où les sanctions et la pression multilatérale pourraient s’accentuer? C’est la question cruciale.