
Le sénateur Modeste Bahati Lukwebo a regagné la capitale par l’aéroport international de N’djili, jeudi 04 septembre, après deux semaines d’absence. Autorité morale de l’Alliance des forces démocratiques du Congo et alliés, AFDC-A, il a été accueilli par plusieurs centaines de militants et cadres de son parti. Ce retour intervient dans un contexte de fortes tensions internes. Pendant les vacances parlementaires, l’absence de l’élu de Kabare avait alimenté les spéculations. Au Sénat, une pétition avait été initiée pour obtenir sa destitution du poste de deuxième vice-président, poste dont il a depuis démissionné en invoquant la nécessité de «préserver la sérénité de l’institution». Au sein même de l’AFDC-A, deux lignes s’opposent depuis plusieurs mois. D’un côté, Modeste Bahati Lukwebo, qui revendique la paternité historique du parti. De l’autre, des cadres contestataires, dont Clovis Otto Bahizi et Munyomo, que l’aile Bahati présente comme exclus mais qui revendiquent toujours leur appartenance. Les deux camps s’accusent mutuellement de tentative de prise de contrôle.
Devant ses partisans à N’djili, Bahati s’est voulu ferme: «Tous ceux qui prétendent me ravir mon AFDC doivent d’abord marcher sur mon cadavre», a-t-il déclaré. «Je me battrai jusqu’à à mon dernier souffle». Il a également rappelé que l’AFDC-A était, à ses yeux, le fruit d’un investissement personnel, au même titre que l’UNC, le MLC ou l’UDPS pour leurs fondateurs. Le sénateur a par ailleurs dû démentir, par la voix de son parti et de l’Agence congolaise de presse -ACP-, des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux faisant état d’une arrestation.
Son retour est scruté au sein de l’Union sacrée de la Nation. L’homme, qui fut président du Sénat, reste un poids lourd de la majorité.
Certains analystes interprètent son positionnement récent, marqué par des réserves attribuées – et contestées par son entourage – sur une éventuelle révision constitutionnelle, comme le signe d’une prise de distance avec la présidence. Son entourage dément toute rupture stratégique avec le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi. Aussitôt rentré à Kinshasa, Modeste Bahati s’est envolé pour Séoul, en Corée du Sud, pour participer à la Conférence internationale des partis politiques d’Asie et d’Afrique.
Pius Romain Rolland
Correspondance particulière
