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Recencement en RDC: cap sur juillet 2027, le rendez-vous avec la vérité démographique

La République démocratique du Congo s’apprête à dénombrer ses habitants. Quarante-deux ans après le dernier Recensement général de la population et de l’habitat -RGPH- réalisé en 1984, le gouvernement a officiellement lancé le processus devant conduire au deuxième recensement national, une opération présentée comme essentielle pour l’avenir du pays. La première étape a été franchie le 1er juin avec le lancement du recrutement des agents chargés des travaux de cartographie censitaire, préalable indispensable au dénombrement de la population prévu à partir de juillet 2027. Pour les autorités, il s’agit de bien plus qu’une simple opération administrative. C’est un enjeu de souveraineté nationale. «Le recensement est un outil de souveraineté, de gouvernance et de développement», a déclaré le ministre d’État en charge du Plan et de la Coordination de l’aide au développement, Guylain Nyembo, lors de la cérémonie de lancement du recrutement.

Depuis le recensement de 1984, la RD-Congo n’a jamais procédé à un dénombrement exhaustif de sa population. Toutes les estimations démographiques utilisées depuis lors reposent sur des projections statistiques réalisées à partir des données vieilles de plus de quatre décennies pondérées au fil des ans. Pour un pays-continent de 2,3 millions de kilomètres carrés, confronté à une forte croissance démographique, à des déplacements de populations liés aux conflits et à une urbanisation accélérée, cette situation constitue un handicap majeur dans la planification des politiques publiques. A ce jour, le gouvernement ne sait dire clairement et précisément combien de RD-Congolais vivent aujourd’hui dans le pays, ni comment ils sont repartis sur le territoire national, encore moins leurs besoins en matière d’éducation, de santé, de logement ou d’infrastructures. Le RGPH doit normalement répondre à ces questions. «Le gouvernement a fait du recensement une priorité nationale afin de connaître avec précision l’effectif de notre population, ses conditions de vie et sa répartition géographique», a rassuré Guylain Nyembo. Selon lui, les données issues du recensement permettront de disposer d’informations «fiables, actualisées et indispensables à la planification du développement, à l’élaboration des politiques publiques, à la construction des infrastructures de base et à une meilleure répartition des ressources de l’État».

Cartographie, première étape du chantier

Avant de compter les habitants, il faut d’abord localiser chaque ménage sur l’ensemble du territoire national. C’est précisément l’objectif de la cartographie censitaire dont les opérations débutent par Kinshasa avant leur extension progressive aux autres provinces. Cette phase consiste à identifier et délimiter les futures zones de dénombrement afin d’éviter les omissions et les doubles comptages lors du recensement proprement dit. Pour mener à bien cette mission, le gouvernement a ouvert le recrutement de plusieurs catégories d’agents: formateurs de formateurs, opérateurs cartographes, spécialistes en systèmes d’information géographique -SIG- ainsi qu’assistants en technologies de l’information et de la communication. Pour ce recrutement, les autorités misent particulièrement sur les compétences locales. «Ce recrutement se fera localement, car nous tenons à valoriser les talents locaux à travers l’ensemble du pays», a insisté le ministre du Plan.

Des milliers de jeunes devraient ainsi être mobilisés au cours des prochains mois pour participer à cette vaste opération nationale. Conscient des inquiétudes souvent associées aux recrutements publics de grande ampleur, le gouvernement a tenu à rassurer l’opinion. «Aucune fraude, aucun abus, aucune discrimination, aucun passe-droit ou traitement de faveur ne sera toléré», a juré Guylain Nyembo. Selon lui, la sélection des candidats sera exclusivement fondée sur les compétences, les qualifications et les critères définis dans l’appel à candidatures. Les autorités présentent également cette opération comme une opportunité d’emploi temporaire et de formation pour de nombreux jeunes diplômés à travers le pays.

Un recensement sans agenda politique

Alors que certains observateurs ont exprimé des interrogations sur l’opportunité de l’opération dans un contexte politique parfois sensible, le gouvernement s’efforce de dissiper toute ambiguïté. Les autorités rappellent que le recensement est une démarche purement statistique destinée à fournir au pays les données nécessaires à son développement. Le ministre du Plan a ainsi appelé les médias, la société civile et les partenaires du gouvernement à accompagner le processus en combattant «la désinformation et les manipulations», susceptibles de compromettre son bon déroulement.

L’ampleur de la tâche reste considérable. Recenser une population estimée à plus de cent millions d’habitants répartis sur un territoire immense représente un défi logistique, financier et sécuritaire majeur. Guylain Nyembo a cependant rassuré d’avoir bouclé, avec le concours des partenaires, le volet mobilisation des ressources. Le défi suivant sera de réussir le déploiement alors que certaines zones du pays demeurent difficiles d’accès en raison de leur enclavement ou de l’insécurité persistante, notamment dans l’Est du pays. Sur ce terrain, le gouvernement compte sur l’appui des mêmes partenaires techniques et financiers, notamment le Fonds des Nations unies pour la population -UNFPA-, pour mener à bien cette opération historique.

Pour Guylain Nyembo, le lancement du recrutement marque le point de non-retour d’un processus longtemps attendu. «Nous réaffirmons la détermination du Gouvernement à aller jusqu’au bout de ce processus», a-t-il assuré. Si le calendrier est respecté, la RD-Congo disposera enfin, à partir de 2027, d’une photographie démographique actualisée de sa population. Une avancée majeure pour un pays qui aspire à mieux planifier son développement et à adapter ses politiques publiques aux réalités de ses citoyens.

WIDAL

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