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RDC: Pas de dialogue sans inclusivité, les forces d’opposition boudent la formule «télécommandée» de Tshisekedi

Dans une scène politique déjà tendue, le président de la République, Félix Tshisekedi, a annoncé samedi son intention d’organiser un dialogue inclusif, assorti de préalables jugés rédhibitoires par une frange importante de l’opposition. Depuis, les écuries des partis adverses montent au front, dénonçant un processus sous tutelle et appelant à une véritable porosité des opinions, pas à un simulacre de concertation.

Ensemble pour la République -EpR-, la formation de Moïse Katumbi, second classé à la présidentielle de 2023, a ouvert le bal lundi avec une déclaration ferme: le dialogue national doit être réellement inclusif et s’éloigner des leurres apparents. Selon EpR, le pays ne peut se contenter d’un simple «dialogue de façade» qui exclurait des acteurs clés et perpétuerait un équilibre précaire entre paix et impunité. La position d’EpR est sans concession. Le parti affirme soutenir un cadre de discussion proposé par les institutions religieuses et civiles -la CENCO et l’ECC- afin que les échanges soient guidés par les principes de transparence et de justice. Sa critique porte sur ce qu’il appelle une «formule télécommandée» de Tshisekedi, laissant les décisions majeures hors du cadre de l’inclusivité réelle.

Pour Katumbi et ses alliés, un vrai dialogue nécessite des conditions préalables claires: la levée des condamnations politiques, la libération des prisonniers d’opinion, l’arrêt des poursuites instrumentalisées et la levée des restrictions visant les défenseurs des droits et de la société civile. Sans ces gestes, l’accord risque, selon eux, de rester un papier des plus fragile.

Le raisonnement d’EpR pointe aussi une incohérence que certains observateurs qualifient d’“écart opérationnel”: pourquoi chercher à imposer un dialogue sous conditions tout en négociant avec des groupes armés à Doha, comme AFC/M23, selon l’opposition? Pour EpR, l’équilibre du processus se rompt lorsque la posture du chef de l’État apparaît à double vitesse: dialogue interne conditionnel et négociations armées à l’extérieur. Autre chapitre du front: la question du mandat. Ensemble pour la République rappelle que Tshisekedi est dans son second mandat, devant se conclure en 2028. Le message est limpide: tout effort visant à prolonger le mandat sans cadre légal clair catalyserait une crise institutionnelle majeure. Le calendrier démocratique, affirment les cadres d’EpR, doit être respecté, et les ajustements de mandat doivent s’opérer via les voies prévues par la loi.Sur le plan régional, EpR se dit également favorable à l’ouverture diplomatique engagée par des voisins, notamment l’Angolais João Lourenço, comme levier de stabilité dans les Grands Lacs.

Mardi, la réalité des alliances oligopolisées s’est aussi manifestée à travers un message musclé du Cadre de concertation des forces politiques et sociales, rejetant les conditions posées par Tshisekedi. Dans une déclaration du 3 février, ce regroupement a dénoncé le droit du président à décider seul du lieu, des modalités et du périmètre du dialogue national, le qualifiant de tentative de vider le processus de sa substance et d’en faire un instrument de consolidation d’un pouvoir déjà en exercice. Le Cadre de concertation appelle à un Pacte républicain fondé sur la vérité, la justice et la souveraineté du peuple congolais. Parallèlement, le parti Envol, mené par le député honoraire Delly Sesanga, a exprimé mardi ses réserves: l’initiative du président, avec ses conditions préalables, risque d’amoindrir l’inclusivité et la sincérité du processus.  Envol plaide pour un dialogue fondé sur la liberté de participation, l’égalité des participants et la reconnaissance mutuelle, sans conditions unilatérales qui réduisent l’espace démocratique à une simple opération de communication.

Le fil conducteur de ces réactions est clair: la coalition d’opposition insiste sur une condition sine qua non pour tout dialogue crédible -l’intégrité du cadre, l’inclusivité véritable et la garantie d’indépendance des facilitateurs et des mécanismes de suivi. Sans cela, le processus ne serait ni plus ni moins qu’un leurre destiné à prolonger des calculs politiques au détriment du pays.

En somme, face à la tentation d’un «dialogue sous tutelle», les forces d’opposition convergent vers un seul appel: que le dialogue soit un vrai tournant, pas une étape décorative. Dans ce bras de fer, l’enjeu est majeur: préserver l’espace démocratique, respecter le cadre constitutionnel et éviter que les contenus du dialogue ne deviennent les icônes d’un pouvoir qui se croit éternel. Le pays attend -et attendra- que les engagements soient vérifiables, que les garanties soient réelles et que la voix du peuple soit, enfin, réellement audible.

KISUNGU KAS

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