RDC: les gros salaires des politiques créent un grand malaise

Aujourd’hui, en République démocratique du Congo, le revenu salarial mensuel d’un député national, déjà supérieur à 6.600% à celui du dernier fonctionnaire de l’Etat, est inférieur de 50% à celui d’un Conseiller principal du Président de la République et de 200% à celui d’un ministre de la République…

Un débat défraie la chronique par ce temps de récession et de crise sanitaire due au Coronavirus: les députés nationaux réclament 2.000 dollars de plus dans leur enveloppe mensuelle. L’information succède à une autre, le recrutement de 294 agents supplémentaires à la Présidence de la République avec un personnel déjà pléthorique et où certains salaires ont été récemment alignés sur ceux des membres du gouvernement, lui-même éléphantesque. La réclamation des élus du peuple suscite un tollé général.

Certaines écuries politiques veulent en profiter pour faire un procès à la speakerine Jeanine Mabunda et ses troupes. En réponse, d’autres états-majors politiques font circuler de larges extraits de la dernière adresse à la Nation du Président de la République Félix Tshisekedi, notamment là où il dit: «Je suis conscient de vos difficultés en ce que la population dont vous êtes l’émanation attend de vous des routes, des écoles, des frais funéraires, des frais de mariage, des frais de subsistance.

Il est nécessaire que nous puissions, sans entraver les prérogatives des uns et des autres, trouver des mécanismes pour créer une synergie gouvernement-parlement de sorte que vous puissiez être associés à la concrétisation de nos projets dans vos circonscriptions respectives. Je pense à la pratique à l’époque où les parlementaires bénéficiaient d’une dotation raisonnable pour répondre, un tant soit peu, aux besoins de leurs bases respectives pendant les vacances parlementaires. La fonction de parlementaire est noble et prestigieuse. Je ne veux pas des députés et sénateurs privés de leurs droits, notamment par l’accumulation des arriérés de salaires ou encore par manque de titre de voyage pendant les vacances parlementaires…».

Ecarts diaboliques et inexpliqués

Pas besoin de polémiquer sur une évidence: la requête de l’Assemblée nationale sur l’augmentation des émoluments des élus nationaux date d’avant la Covid-19. Cependant, les pro et les anti-députés se lancent là dans un débat hypocrite après la publication de la lettre du Premier ministre y relative. Aujourd’hui, en République démocratique du Congo, le revenu salarial mensuel d’un député national est inférieur de 50% à celui d’un Conseiller principal du Président de la République et de 200% à celui d’un ministre de la République.

Selon les informations obtenues de l’administration du Budget, le député gagne autour de 4.200 dollars -4.800 selon Léon Nembalemba- contre 8.000 dollars pour le Conseiller principal, 17.500 dollars pour le ministre et 115.000 CDF, soit environ 60 dollars pour une nouvelle unité -N.U.- de la Fonction publique. Dire que les avantages liés aux fonctions du Conseiller principal du Chef de l’Etat, notamment les indemnités kilométriques font augmenter son enveloppe salariale à environ 12.000 dollars le mois régulièrement payés. Les écarts entre ces salaires restent inexpliqués! Surtout que le revenu mensuel du député national est à 6.600% supérieur à celui du dernier fonctionnaire de l’Etat! Celui du Conseiller principal du Président de la République l’est à 13.200% et du ministre à plus de 27.000%! «C’est comme si chaque institution prêche pour sa propre chapelle. Ces écarts sont vraiment difficiles à expliquer tant il est vrai que le Parlement est l’autorité budgétaire.

Rien n’explique que les membres de la 2ème Institution du pays, l’Assemblée nationale, soient logés à la mauvaise enseigne et que ceux de la Présidence et le gouvernement soient gâtés. La Présidence doit avoir acquis ces avantages pendant le temps où elle a géré seule les finances du pays tandis que le gouvernement, qui gère le pays au quotidien, n’a pas d’autre choix que de mieux se servir», analyse un député honoraire convaincu que les inégalités sont frappantes alors que 780 députés provinciaux disent accuser 8 mois d’arriérés de salaires et menacent d’assigner le gouvernement en justice. 

«Il est injuste de constater ces inégalités salariales, donc sociales. Il est surtout injuste de parler de ces salaires inéquitables quand nos électeurs, parmi lesquels les fonctionnaires de l’Etat, surtout les tout derniers, doivent se contenter de moins de 100 dollars contre 800 ou 1000 dollars pour les professeurs d’université et environ 500 dollars de prime de risque pour les médecins. Pendant ce temps, un chef de travaux chercheur à l’université touche 110 dollars de prime mensuelle sans salaire», se lamente un député, faisant comprendre qu’un élu, censé contrôler un ministre, ne peut pas être mal loti en termes de traitement mensuel. Ce député Lamuka s’inquiète surtout que «tous ces problèmes sensibles créent un gros malaise et se traitent aujourd’hui dans la rue».

Pas du tout de cet avis, l’élu du peuple Gratien de St-Nicolas Iracan, élu MS-G7 de Bunia en Ituri, affirme sur Twitter qu’il n’y a pas de tabou autour du salaire du député national. «Cotisations du parti 500 dollars et Sesopa 250 dollars, l’élu a 3.484,7 dollars. La Présidence a dépensé près de 20 millions de dollars au premier trimestre 2020 alors que l’Assemblée nationale a utilisé 9 millions», explique l’honorable Iracan, ajoutant que chaque un élu consacre au moins 100 dollars à l’assistance de la population, proposant comme solutions la production, la lutte contre la corruption et la hausse des salaires à la Fonction publique.

Sentiment de révolte

Via le même réseau social, son collègue UNC élu de Walikale au Nord-Kivu Juvénal Munubo dit avoir informé, le 25 mars 2019, du salaire des députés nationaux avec pièce à l’appui -4.030,55 dollars. «Rassurez-vous que je reste transparent à toute modification. Notre peuple souffre. C’est dans la confiance mutuelle, qu’au-delà de nos divergences, nous relèverons les défis», exhorte-t-il.

Si les écarts élevés entre, d’une part, les députés nationaux et les Conseillers du Président de la République et, d’autre part, entre les élus du peuple et les ministres de la République viennent empoisonner les relations entre les institutions politiques au moment où le gouvernement envisage de réduire le train de vie des politiques dans l’espoir de contenir les effets de la crise économique et de la crise sanitaire due à la Covid-19, les inégalités salariales persistantes entre le personnel politique et le citoyen lambda sont davantage criantes et suscitent le sentiment de révolte parmi la population.

«Je ne voterai pour personne en 2023. Je suis ahuri de découvrir que tant le Président de la République, les députés nationaux que le gouvernement ne se soucient pas du sort des petits peuples malgré les slogans flatteurs du genre ‘Le peuple d’abord’. Les révélations sur les salaires des animateurs des institutions du pays et de leurs collaborateurs me laissent perplexe», s’indigne Charlène Ndota, épouse d’un policier. Sur Twitter, quand certains sont tentés de dire que le pays n’est pas géré par «un bon père de famille», le député national MLC Fidèle Babala est formel: «Quand l’absence de vision agrémentée d’un épicurisme tropicalisé trône au pouvoir, c’est le résultat pourtant prévisible».

AKM