
C’est le retour sur le devant de la scène que ses partisans attendaient. Alors que Joseph Kabila assume désormais la tête du Front pour la Refondation de la Nation -FRN-, né de la dissolution de l’AFC/M23, et que le débat sur l’adoption d’une Loi référendaire en vue d’une révision constitutionnelle agite l’Union Sacrée, Lamuka est sorti de son silence. Face à la presse jeudi à Kinshasa, Prince Epenge, porte-parole de la plateforme, a livré la position de Martin Fayulu. Une position qui renvoie dos à dos les deux camps.
«Il a déjà tout dit»
Première question, et la plus insistante: pourquoi Fayulu ne parle-t-il pas face à la prise d’armes de son ancien rival? La réponse d’Epenge est cinglante: «Il a déjà tout dit». «Pourquoi Fayulu ne parle pas? Pourquoi Lamuka ne parle pas? Le président élu Martin Fayulu ne s’est jamais dérobé face à ses responsabilités. Fayulu est né pour le Congo», a-t-il lancé. Pour Lamuka, il ne faut pas chercher dans l’instant présent ce que l’opposant n’a cessé de proposer depuis 2018: la vérité des urnes, la cohésion nationale et un dialogue inclusif pour éviter le précipice. «Allez voir ses archives. Pourquoi vous voulez seulement l’instant présent? Si nous sommes dans cette guerre aujourd’hui, c’est parce qu’on n’a pas écouté», a insisté Epenge.
Le porte-parole annonce toutefois une prise de parole imminente du leader: «Prenez rendez-vous. Dans les jours à venir, il va s’exprimer de la manière la plus claire».
Ni kalachnikov, ni tripatouillage
En attendant, la ligne est déjà fixée. Et elle se veut une troisième voie. Prince Epenge l’a résumée en une formule qui fera date: «La voie des armes est une voie sans issue, autant que celle du changement de la Constitution est une voie suicidaire». D’un côté, la kalachnikov exhibée par le FRN de Joseph Kabila pour justifier une rébellion contre Kinshasa. De l’autre, le tripatouillage de la Loi fondamentale prêté à l’Union Sacrée pour conserver le pouvoir. Pour Lamuka, les deux mènent à l’impasse. «S’il y a quelqu’un qui devait dans ce pays prendre les armes, c’est Fayulu. Il ne l’a pas fait. Ce n’est pas parce qu’il manque de courage, mais parce qu’il aime foncièrement son peuple et sa terre. Fayulu n’acceptera plus qu’un seul Congolais perde la vie pour la gloire d’un individu», a martelé son porte-parole.
Le dialogue ou le chaos
Face à ce double écueil, Lamuka ne voit qu’une porte de sortie: le dialogue. «Que vous alliez à gauche, à droite, que vous montiez, que vous descendiez… Nous devons nous dépasser pour voir la voie d’un vrai dialogue national inclusif. C’est la seule façon de sauver l’unité du Congo», a martelé Epenge, se revendiquant de l’héritage lumumbiste d’un «Congo unitaire et indivisible».
Entre un ex-président devenu chef rebelle et une majorité tentée par la révision constitutionnelle, Martin Fayulu tente de se poser en garant de la République. Reste à savoir si, dans le vacarme des armes et des querelles constitutionnelles, cette voix du milieu portera.
YA KAKESA






