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RDC: La pique subtile de Kamerhe contre Bemba

Alors que le président de la République, Félix Tshisekedi, a initié les consultations pour déboucher sur la formation d’un gouvernement de cohésion nationale appelé à faire face à l’agression, Vital Kamerhe, le président de l’Assemblée nationale, a fait part, lundi, de son inquiétude face à la montée des extrêmes au sein de la majorité au pouvoir susceptibles de tout compromettre.

Reçu par le Conseiller spécial Eberande Kolongele, Kamerhe s’est montré vent debout contre les sorties médiatiques et publiques intempestives de certains sociétaires de l’Union sacrée en contradiction avec la démarche visant la cohésion nationale. «Il ne faut pas qu’il y ait contradiction entre l’objectif, la pensée du Chef de l’Etat et les actes qui sont posés par les individus ou par les institutions. Il ne faut pas frustrer les gens davantage», a-t-il déclaré.

Pour avoir été tour à tour proche collaborateur des Présidents Laurent Désiré Kabila, Joseph Kabila et Félix Tshisekedi pendant que le pays traverse des moments troubles, les avis et les conseils de l’actuel speaker de la chambre basse du Parlement méritent une attention particulière des décideurs.

Kamerhe n’a certes pas cité un seul nom. Mais dans les réseaux sociaux, le vice-premier ministre en charge des Transports, président du Mouvement de libération du Congo -MLC- et ancien chef rebelle, Jean-Pierre Bemba Gombo, a été désigné comme la principale cible de la pique subtile du président de l’Union pour la nation congolaise -UNC.

Les réseaux sociaux ont trouvé un lien expliquant la sortie satirique de Kamerhe: ces dernières semaines, Jean-Pierre Bemba s’est illustré par des attaques personnelles contre le président de la République honoraire Joseph Kabila. Il a d’abord accusé d’être le parrain de la milice «Mobondo», qui déstabilise la partie Ouest de la République Démocratique du Congo, en semant la terreur simultanément dans la ville de Kinshasa ainsi que dans les provinces du Kwango, Maindombe et Kongo Central.

Pourtant, officiellement, les Mobondo tirent leur origine d’un conflit intercommunautaire constaté en juin 2022 entre les Teke, qui se considèrent comme originaires et propriétaires des villages situés le long du fleuve Congo sur une distance d’environ 200 kilomètres, et les Yaka, venus s’installer après eux. Le conflit qui couvait a dégénéré en violence généralisée, après que de nombreux fermiers, principalement Yaka, ont rejeté une augmentation de la redevance coutumière par les chefs Teke. Des groupes se faisant appeler Mobondo ont recruté principalement parmi les communautés Yaka, Suku, Mbala, Ndinga et Songo, et ont pris pour cible les villageois Teke avec des machettes, des lances, des fusils de chasse et des fusils d’assaut militaires, précise Human Right Watch. Depuis, ces terroristes se signalent par des attaques meurtrières dans la partie Est de la ville de Kinshasa ainsi que dans les provinces du Kwango, Maindombe, Kwilu et Kongo Central.

Bemba a aussi affirmé, à la faveur de sa tournée de mobilisation contre la guerre d’agression rwandaise, que Kabila est le mentor des rebelles AFC-M23, affirmant détenir des preuves qu’il n’a cependant jamais brandies.

Last but not least, Bemba a remis en cause la congolité de Kabila, allant jusqu’à prétendre que les parents de l’ancien Chef de l’État sont rwandais et son père rwandais a été tué pendant la guerre de l’AFDL.

L’opposant en exil Claudel André Lubaya s’est également invité à ce débat, en raillant les propos incendiaires de Bemba contre Kabila et condamnant le silence du président de la République Félix Tshisekedi.

«Tous les syndromes d’un grand malaise national se retrouvent dans les propos incendiaires du ministre Jean Pierre Bemba, dont l’échec indéniable au ministère de la Défense et à celui des Transports ne fait l’ombre de doute. Utilisé comme second couteau du président de la République au nom et sous l’autorité de qui il agit, le ministre Bemba instrumentalise de façon obscène et grossière le vide sécuritaire pour désigner le président Joseph Kabila comme étant le bouc émissaire de tout ce que lui-même n’a pas été capable de faire comme ministre de la défense. Venant de lui, c’est immoral», a tapé Lubaya.

Ancien porte-parole parole du MLC, Yves Kisombe n’a pas non plus manqué de condamner son ancien mentor Jean-Pierre Bemba pour avoir osé de remettre en cause la nationalité congolaise de Joseph Kabila.

Consulté à son tour mardi par le conseiller spécial Eberande Kolongele, Bemba a lâché quelques mots en faveur de l’unité nationale, donnant l’impression d’avoir bien capté le quolibet de la veille de Kamerhe ainsi que les remarques sévères de Lubaya et Kisombe.

Tino MABADA

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