
Le parcours de Judith Suminwa franchit une nouvelle étape sur la scène internationale. La Première ministre de la RD-Congo figure parmi les six femmes africaines mises en avant dans le classement 2026 des femmes les plus influentes publié par «Forbes» et relayé par la «BBC». Cette distinction intervient deux ans après son arrivée à la tête du gouvernement. Nommée le 1er avril 2024, puis investie le 12 juin 2024 après approbation du Parlement, Judith Suminwa est devenue la première femme de l’histoire de la RD-Congo à diriger l’exécutif national.
Économiste de formation, Judith Suminwa a débuté sa carrière dans le secteur financier avant de rejoindre le système des Nations unies. Elle a travaillé pour le Programme des Nations unies pour le développement -PNUD-, où elle a développé une expertise en gestion des finances publiques, en évaluation de programmes, en contrôle budgétaire et en coordination gouvernementale. De retour dans l’administration RD-congolaise, elle est nommée ministre du Plan en mars 2023. Un an plus tard, elle accède à la Primature. Son profil technique et son passage par les institutions internationales ont, selon des observateurs, pesé dans le choix porté sur elle, dans un contexte marqué par les défis de la reconstruction et de la gouvernance.
Le classement 2026 de «Forbes» met en lumière six personnalités du continent aux trajectoires distinctes. Outre Judith Suminwa, l’Afrique du Sud est représentée par Mary Vilakazi, figure du secteur financier, et Mpumi Madisa, qui a occupé plusieurs postes de direction au sein du groupe Bidvest après un parcours dans les assurances. La Namibie voit Netumbo Nandi-Ndaitwah distinguée, elle qui est devenue, en mars 2025, la première femme présidente de son pays. Le Nigeria, quant à lui, place Mo Abudu, entrepreneure dans les médias et productrice engagée dans la promotion des récits africains à l’international. Pour la RD-Congo, la présence de la cheffe du gouvernement dans cette liste a une portée symbolique forte. Elle intervient alors que le débat sur la place des femmes dans les sphères de décision reste d’actualité.
Un contexte mondial moins favorable
La publication de «Forbes» intervient dans un environnement que le magazine décrit comme plus difficile pour la progression des femmes dans le monde professionnel. Citant des données de McKinsey et Lean In, «Forbes» note que seulement 54% des entreprises considèrent aujourd’hui l’accès des femmes aux postes de direction comme une priorité, contre 90% il y a quatre ans. À cela s’ajoute la montée des discours misogynes en ligne.
ONU Femmes a récemment alerté sur la diffusion de contenus liés à la manosphère, dont certaines attitudes commencent à se retrouver dans les milieux de travail. Malgré ces reculs, le classement souligne la capacité de certaines femmes à occuper des positions d’influence dans la politique, l’économie et la culture. Pour Kinshasa, la reconnaissance accordée à Judith Suminwa Tuluka dépasse le cadre personnel. Elle consacre le parcours d’une responsable publique passée par la planification, le développement et désormais la direction du gouvernement. Dans un pays où l’accès des femmes aux plus hautes fonctions de l’État demeure une première, cette présence dans une sélection internationale vient rappeler à la fois le chemin parcouru et les obstacles qui persistent, en RD-Congo comme ailleurs, pour une représentation plus équilibrée aux postes de décision.

