
Cette fois, le message est sans équivoque: il ne s’agit plus de promesses, mais de résultats. À la clôture de la 3ème édition du Forum économique RD-Congo-Angola, jeudi 2 avril 2026, le vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a haussé le ton, appelant à une mise en œuvre rapide et mesurable des engagements pris.
«Le succès de ce forum ne se mesurera pas à la qualité de nos discours, mais à la concrétisation des accords qui en découleront», a-t-il insisté, devant un parterre de décideurs publics et privés. Organisé sous les auspices des Présidents Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et João Manuel Gonçalves Lourenço, ce forum a réuni, pendant deux jours, les autorités politiques, les institutions financières et les opérateurs économiques de la RD-Congo et de l’Angola autour d’un objectif stratégique: accélérer l’intégration économique et commerciale.
«Passer de l’intention à l’exécution…»
Dans un discours offensif, Daniel Mukoko a clairement situé l’enjeu de cette édition. «Nous sommes passés de la simple intention de coopérer à la définition de stratégies sectorielles claires», a-t-il déclaré, qualifiant cette étape de «tournant décisif». Énergie, infrastructures, pêche, commerce transfrontalier, autant de secteurs désormais identifiés comme «piliers de l’industrialisation RD-congolaise» et de la souveraineté économique.
Mais au-delà de la vision, le patron de l’économie RD-congolaise a insisté sur l’urgence d’agir. «Nous ne pouvons plus nous contenter d’énoncer des ambitions. L’heure est à leur traduction en projets concrets et en investissements réels», a insisté Daniel Mukoko.
Lever les obstacles pour libérer le potentiel
Côté angolais, le ministre d’État chargé de la Coordination économique, José de Lima Massano, a abondé dans le même sens, mettant l’accent sur la nécessité de réformes structurelles. «Nos deux pays disposent d’un potentiel immense, mais celui-ci reste entravé par des obstacles que nous devons lever avec détermination», a-t-il déclaré en substance, appelant à «une action coordonnée et pragmatique pour fluidifier les échanges».
Pour José de Lima Massano, l’intégration économique ne peut réussir sans simplification des procédures. «La réduction des barrières administratives, la modernisation des systèmes de paiement et l’amélioration des infrastructures sont des préalables indispensables à l’intensification de nos échanges», a souligné le ministre d’Etat angolais.
Un marché stratégique de 130 millions d’habitants
Les deux responsables ont convergé sur un point clé: le poids économique combiné de leurs pays. «La RD-Congo et l’Angola représentent ensemble un marché de près de 130 millions de consommateurs», a rappelé Daniel Mukoko, voyant dans cette masse critique «une opportunité unique de transformation économique».
«En harmonisant nos politiques économiques et en facilitant la libre circulation des biens et services, nous pouvons devenir un véritable moteur de croissance pour toute la sous-région», a-t-il ajouté. Le communiqué final de la 3ème édition du Forum économique RD-Congo-Angola dresse un état des lieux précis des blocages persistants, à savoir: la prédominance du commerce informel; les tracasseries aux frontières; la multiplicité des taxes; le manque d’harmonisation réglementaire; ou encore le faible niveau de digitalisation. Un diagnostic partagé par les deux parties.
«Nous devons transformer ces contraintes en opportunités de réforme», a souligné José de Lima Massano, plaidant pour «une approche progressive mais résolue».
Pour y remédier, une série de mesures concrètes a été adoptée: accélérer la digitalisation et l’interconnexion des systèmes douaniers; mettre en place des guichets uniques aux frontières; moderniser les corridors de transport, notamment celui de Lobito, appelé à devenir «un axe structurant d’intégration régionale»; développer des plateformes logistiques multimodales. Dans le secteur énergétique, les deux pays entendent «investir dans la production d’électricité pour répondre à la demande croissante», tandis que dans les hydrocarbures, il est prévu de «structurer une chaîne de valeur pétrolière régionale».
Finance et inclusion: les leviers de l’intégration
L’intégration financière figure également parmi les priorités. Les participants recommandent de promouvoir les systèmes panafricains de paiement et faciliter les transactions en monnaies nationales. Un protocole d’accord entre les banques centrales des deux pays est attendu en juillet 2026, signe d’une volonté d’aller vers une coopération monétaire plus étroite.
Parallèlement, les autorités entendent «renforcer l’accès des populations aux services financiers» et développer des solutions numériques inclusives. Par ailleurs, les deux ministres ont insisté sur le rôle déterminant des opérateurs économiques. «Vous êtes les véritables artisans de cette intégration économique», a lancé Daniel Mukoko, appelant à «l’émergence de joint-ventures pérennes». José de Lima Massano a renchéri en invitant le secteur privé à «saisir les opportunités créées par ce cadre de coopération renouvelé».
Une feuille de route sous surveillance
Pour éviter que les engagements ne restent lettre morte, les deux parties ont convenu d’élaborer une feuille de route conjointe assortie d’indicateurs de performance; d’assurer un suivi régulier; et de renforcer la coordination institutionnelle. Un mécanisme appelé à garantir «une mise en œuvre effective et durable» des recommandations.
En clôturant les travaux, Daniel Mukoko a voulu inscrire cette dynamique dans une perspective plus large. «La géographie qui nous lie n’est pas seulement une frontière partagée, mais un destin commun de prospérité et de croissance», a-t-il déclaré. À Kinshasa, le message conjoint de Daniel Mukoko et José de Lima Massano est limpide: l’intégration économique RD-Congo-Angola est désormais engagée dans une phase d’accélération. Reste à transformer l’ambition politique en résultats tangibles sur le terrain.