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Quand le dialogue pousse à la faute :les égarements de Kamerhe

Le candidat président de la République et son fils mineur impliqué dans une affaire d'accident
l’ex-speaker de l’AN, Vital Kamerhe

Alors qu’il remuait encore ciel et terre pour la convocation du dialogue conformément à l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, l’ex-speaker PPRD de l’Assemblée nationale s’était permis d’énumérer tous les engagements de la RD-Congo repris au point 5 à l’exception de celui relatif à la réforme structurelle des institutions

Alors que le Pape François, la CENCO et le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, ont clairement appelé les acteurs RD-congolais au dialogue, Vital Kamerhe, l’un des premiers cadres politiques du pays à se battre pour la convocation de ces assises avant de se rebiffer, parait dans l’embarras. Il est contraint soit de se cabrer soit de rétropédaler. Fervent défenseur d’un dialogue conforme à l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, Kamerhe semble s’être rendu à l’évidence qu’il était en train de soutenir un schéma susceptible de déboucher sur la révision de la Constitution auquel il se dit -officiellement- opposé.
Au point que sa réticence, réelle ou supposée, vis-à-vis de la révision l’a déjà poussé à commettre un péché d’omission volontaire. Notamment à la faveur d’une interview accordée à Roger Muntu de la Voix de l’Amérique en marge du dernier Sommet USA-Afrique au mois d’août 2014. L’opposant a démontré le caractère incontournable du dialogue en rappelant qu’il s’agit d’un engagement de la RD-Congo vis-à-vis des pays de la Sous-région des Grands lacs et de la Communauté internationale.
Kamerhe a énuméré un certain nombre d’engagements repris au point 5 de l’accord-cadre. «Parmi ces engagements, il y a la reforme des services de sécurité, de l’administration publique, du portefeuille de l’Etat, de la gouvernance financière du pays, ainsi que toutes les questions liées aux élections», a-t-il dit, omettant d’évoquer l’engagement relatif à la réforme structurelle des institutions de la République. Si ce n’est pas un péché volontaire, il faut réinventer le français. La résolution de tricher ou de désorienter l’opinion est manifeste.
Elle apparait là où Kamerhe accuse Kabila de ne pas avoir la maitrise de l’accord-cadre. L’opposant peut-il expliquer comment il a pu égarer un sous-point aussi important en dépit de sa prétendue maitrise du dossier? Voici que le dialogue pousse à la faute: on le réclame ou le repousse selon ses propres intérêts, ses propres humeurs.
Il y a peu, Kamerhe est demeuré constant dans sa logique d’égarement quand il a récusé le dialogue et la candidature du représentant du Secrétaire général des Nations unies à la facilitation de ce forum. Une fois de plus, Kamerhe a omis de dire au public et à ses amis de l’Opposition qu’au cours de son entretien avec la Voix de l’Amérique, il s’est appuyé sur le point 14b de la Résolution 2098, affirmant qu’il a été demandé «à M Kobler, représentant du SG de l’ONU en RD-Congo, de prêter ses bons offices aux acteurs politiques pour la tenue d’un dialogue qui n’exclue aucune partie prenante au processus électoral en RD-Congo». Si Kamerhe prétend avoir oublié cette interview, la Rédaction se propose de la lui rappeler à son meilleur souvenir.

 

Laurent OMBA

Retour sur l’interview de Kamerhe à la Voix de l’Amérique

RM/VOA: Qu’est-ce qui vous amène à Washington?
VK: J’étais invité par le AID en perspective du Sommet USA-Afrique convoqué et présidé par Barack Obama. Ce sommet a réuni différentes personnalités du monde politique africain, des hommes d’affaires et des membres de la Société civile. Pour nous, c’est une bonne façon d’écouter toutes les tendances dans un pays et dans un continent. Je pense que le Président Obama voudrait, à l’issue de cela, se faire une idée exacte du message à lancer aux uns et aux autres pour que l’Afrique ne reste plus à la traine. Cette décennie devrait être africaine, car l’Afrique a tout: elle a des ressources humaines, un espace vaste, des terres vierges, des eaux, des énergies propres et non polluantes, des minerais… Pour que cela puisse profiter à l’Afrique et pour que nous ne rations pas une fois de plus le train de l’histoire, nous devons nous réveiller et instaurer un leadership responsable à la tête de nos pays respectifs. Je ne dis pas que tous les pays ont fauté. Il y en a qui se comportent bien. Mais, dans l’Afrique subsaharienne, beaucoup de pays sont en retard suite à ce manque de leadership et de vision politique.
 
Croyez-vous que c’est pour les faits évoqués que les leaders politiques africains sont convoqués à ce sommet?
Je ne crois pas, mais je confirme. La démarche du Président Obama est logique. Il avait dit dans son discours à Accra que l’Afrique a besoin des institutions fortes et non des hommes forts. Il a reçu dans la capitale du Ghana, les étudiants et les jeunes leaders politiques. Il voit en cela l’alternance, la succession des gens pour faire les choses autrement. Il y a eu une réunion avec toutes les tendances de mon pays au cours de laquelle nous avons abordé des questions liées à l’organisation des élections, à la non-révision de la Constitution. Ce, pour faire prévaloir que les hommes passeront mais les institutions et le peuple resteront. Nous, hommes politiques, devons donc être au service du peuple, respecter la séparation des pouvoirs, et considérer que la Constitution et le peuple sont au-dessus de nous. Fini donc le régime des hommes forts. L’alternance au pouvoir n’est pas une prison. C’est, au contraire, un signe d’élévation.
 
C’est pour une première fois qu’un Président reçoive des dirigeants africains dans le cadre d’un sommet USA-Afrique. Qu’attendent les Africains de ce sommet?
Ils attendent le changement. Ils attendent un message du Président Obama en direction de nos Chefs d’Etats respectifs pour qu’ils comprennent que les Etats ne sont pas leurs propriétés privées et ne confondent pas les affaires de l’Etat à leurs affaires familiales. Personnellement, je suis attristé à ce que les Présidents africains attendent une convocation comme des petits enfants des USA pour qu’on leur dise ce qu’ils sont censés faire. Demain ce sera Chine-Afrique, Canada-Afrique, etc. Nous sommes devenus comme des petits enfants qui ne grandissent pas et auxquels l’on doit indiquer chaque jour le chemin, la direction. Les intelligences ne manquent pas à nos Etats. Ce qui manque, c’est l’Etat de droit. Ce qui manque c’est aussi ce leadership visionnaire et rassembleur. Pour le faire, il faut comprendre que l’Armée est au service du peuple, tout comme la police, la justice, l’administration publique.
 
Pendant que vous vous trouvez ici aux USA, il y a une frange de l’Opposition qui demande le dialogue avec le Président Kabila. Avez-vous appris cela?
Nous ne savons finalement pas qui demande ce dialogue. La question à se poser est si le Président de la République maîtrise le contenu de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, signé le 24 février 2013 à l’initiative du SG de l’ONU. Cet accord assigne à la RD-Congo un certain nombre d’engagements vis-à-vis des pays de la Région et de la Communauté internationale. Parmi ces engagements, il y a la reforme des  services de sécurité, de l’administration publique, du portefeuille de l’Etat, de la gouvernance financière du pays, ainsi que toutes les questions liées aux élections. Le 28 mars de la même année, la résolution 2098 a été adoptée. Cette résolution, dans son point 14b, demande à M Kobler, représentant du SG de l’ONU en RD-Congo, de prêter ses bons offices aux acteurs politiques pour la tenue d’un dialogue qui n’exclue aucune partie prenante au processus électoral en RD-Congo. Quand nous évoquons cela, ce n’est pas une demande. C’est tout simplement pour rappeler au meilleur souvenir du Président de la République qu’il avait violé sciemment cette disposition pour convoquer les concertations nationales, qui n’étaient qu’une sorte de congrès de la MP, réunissant des applaudisseurs, où il se présente comme un monarque attendant les recommandations alors qu’il a lui-même fixé l’ordre du jour. Le Président Kabila fait partie des problèmes, car il a triché les élections. Le dialogue dont il est question c’est pour tirer les conséquences des mauvaises élections du 28 novembre 2011. Ce, pour qu’ensemble avec le Président Kabila et les autres forces vives, forces politiques et civiles nous puissions jeter les jalons pour que les élections provinciales, législatives et présidentielle ne ressemblent ni de loin ni de près au chaos électoral de 2011. L’histoire est faite pour nous rappeler nos erreurs et ainsi nous permettre de les éviter dans l’avenir. Est-ce un pêché à dire cela à un Président?
 
Pensez-vous que la révision ou le changement de Constitution aura de l’impact?
C’est plutôt les gens qui parlent de révision ou de changement de Constitution qui ont peur. Au départ, ils disaient qu’ils allaient respecter la Constitution à la lettre et ne toucher qu’à une disposition de la loi électorale. Et nous leur avons démontré que si vous changez le mode de scrutin de la loi électorale vous avez touché à l’article 197 de la Constitution. Toucher à cet article, c’est modifier l’alinéa 2 de l’article 220 de la Constitution. Or, cet article est verrouillé. Pour Joseph Kabila, à chaque élection, nous devons lui faire un cadeau taillé à sa mesure.
 
Que répondez-vous à tous ceux qui vous accusent de jouer un double-jeu?
Il y a de fois où le silence est d’or. En tant que leader, je ne dois pas répondre à toute provocation. Plutôt, il faut accepter, encourager les gens à nous critiquer pour nous améliorer.

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