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Pourquoi l’APCSC s’est discréditée aux yeux de Sicomines, son bailleur chinois

C’est l’histoire d’un Conseil d’administration qui apprend dans les journaux qu’il est sous enquête. Le 17 septembre, à Kinshasa, le professeu Claude Mamba Kabasu, président du conseil de l’APCSC, l’agence qui pilote les grands contrats sino-congolais, écrit à son Directeur général Freddy Yodi Shembo. Une lettre polie, références administratives impeccables: 019/APCSC/CA/CMK/ADM/Septembre/2026. Mais une phrase qui claque comme un aveu et traduit la révolte: «Certains membres du Conseil ont pris connaissance, par la voie des presses, des débats entourant une demande de l’Inspection générale des finances».Traduction: messieurs les administrateurs, chargés de surveiller l’Agence, ont découvert dans la presse que leur propre Agence est visée par l’IGF. C’est grave. Très grave.

Le dossier? La route Mbuji-Mayi – Nguba. Un chantier symbole entre le Kasaï-Oriental et le Lualaba, confié à la SISC SA, le bras constructeur des Chinois. Sauf que la SISC ne paie pas. Celle qui paie, c’est Sicomines, la mine de Kolwezi qui crache du cuivre et du cobalt pour rembourser les routes. C’est ça, le deal ressources contre infrastructures de 2008. Et au milieu, l’APCSC, qui tamponne la liste des sous-traitants autorisés à importer du carburant sans payer de douane. Le 9 avril 2025, l’APCSC tamponne. Elle écrit elle-même au ministère des Finances pour demander 100 000 m3 de produits pétroliers – 100 millions de litres – pour une société: Ultimate Oil & Gaz. Elle vise un contrat SISC/Ultimate, une facture pro forma.

Le 28 mai 2025, Ultimate est intronisée: numéro 13 sur 14 sur la liste officielle. Problème: SISC dit qu’elle ne connaît pas Ultimate. Deux fois. Lettre 1109/SISC/2025 du 4 septembre 2025, puis 3905/SISC/2026 du 26 mai 2026: «Jamais sous-traitant, jamais demandé, jamais reçu de carburant». L’IGF, elle, investigue depuis février. Ordre de mission OM007/2026, puis relance du 9 septembre, la n°1860/PR/IGF/IG-CS/BBC/BRDA/JBMK/2026, avec copie à la Primature. Elle veut trois papiers: le contrat, la demande de SISC, la facture. Sept mois que l’APCSC ne les fournit pas. Le 21 mai, Ultimate répond à sa façon, pensant voler au secours de l’APCSC: ce serait la faute de trois importateurs et six commissionnaires qui auraient utilisé son nom pour 13 déclarations IM4 frauduleuses. Mais pas de plainte déposée.

Résultat: pour Sicomines, le calcul est vite fait. Si Ultimate n’a pas de contrat avec SISC, les 100 000 m3 exonérés au nom de la route n’ont jamais fait tourner un seul engin à Mbuji-Mayi. Ils sont partis sur le marché. Probablement dans la Zone Sud. Et c’est la caisse de la joint-venture sino-congolaise, donc l’argent du minerai congolais, qui a mis la main à la poche. C’est pour ça que le professeur Mamba Kabasu ne se contente pas d’écrire au DG Shembo.

Le même 17 septembre, il signe une seconde missive, la 17/APCSC/CA/CMK/Septembre/2026. Convocation extraordinaire du conseil d’administration, lundi 21 septembre à 14h précises, salle de réunions à Gombe. «Présence obligatoire». Avec copie à qui? À la Première ministre, Judith Suminwa. Dans sa première correspondance, le PCA Mamba avait déjà listé ses trois objectifs, qui ressemblent furieusement à trois constats d’échec: «harmoniser notre communication» – aujourd’hui, chacun parle dans son coin -, «consolider les éléments du dossier» – comprendre: retrouver des pièces qui n’existent pas -, et «protéger les acquis de l’Agence». L’acquis, c’était la crédibilité. Celle qui permettait à l’APCSC de dire à Sicomines, à Pékin: tel sous-traitant est clean. En validant un numéro 13 que SISC elle-même désavoue, l’Agence de Shembo s’est tirée une balle dans le pied. Aux yeux de Sicomines, elle n’est plus le filtre technique fiable. Elle est devenue le maillon faible.

Alors lundi, à 14h, ça va chauffer. Il ne s’agira pas seulement de répondre à l’IGF. Il sera question de convaincre Sicomines que son argent n’a pas financé une importation fictive. Et plus largement, de convaincre le président de la République, Félix Tshisekedi, et la Première ministre, Judith Suminwa, qui ont placé leur confiance dans ses animateurs pour mener à bon port le pilotage des projets exécutés dans le cadre des contrats et autres conventions avec les bailleurs financiers.

Quand un Conseil d’administration apprend par les médias que son DG a fait exonérer 100 millions de litres pour un sous-traitant que son propre partenaire chinois ne reconnaît pas, ce n’est plus une crise de communication. C’est une crise de confiance.

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