
Une conférence a réuni mardi à Paris des délégués du gouvernement, des investisseurs, des partenaires et autres cadres de la diaspora RD-congolaise dans l’espace Schengen pour vendre l’immense potentiel de la République Démocratique du Congo.
Dans le hall de la Renaissance Arc de Triomphe Hôtel, en plein centre des affaires de la capitale française, les 300 personnes réunies à l’initiative de la star planétaire de basketball Tony Parker, ambassadeur de la République Démocratique du Congo, sont tout sourire et très attentifs. L’organisateur de cet événement inédit a trouvé le filon d’or pour rassembler du beau monde autour d’une noble cause: la révolution économique de l’ex-Zaïre.
«Ce soir, on est réunis pour essayer de motiver les gens à investir en RDC. Ça fait longtemps que je voulais aider le continent africain. J’avais fait plusieurs pays et j’ai trouvé qu’en RDC, il y a un potentiel incroyable. Et donc, l’année dernière, j’ai commencé mon aventure avec un joueur. Je l’ai fait venir à l’académie et ça s’est très bien passé. Et donc, du coup, j’avais envie d’en faire plus. Donc, j’ai fait un premier voyage. En RDC, j’ai vu la passion du gouvernement, un Président avec une vision incroyable, des ministres avec le même enthousiasme. Et donc, ça m’a motivé pour devenir leur ambassadeur et essayer de continuer à faire développer la RDC, construire une académie là-bas et continuer à développer le sport, tout simplement. Alors concrètement, j’ai un mandat exclusif pour promouvoir les RDC. Je serai leur ambassadeur pendant 5 ans. Et donc, c’est de trouver des jeunes, les aider à les faire venir en France. Là, je prends un exemple concret avec l’Académie. Après, il y aura plein d’autres choses, mais c’est pour vous donner un exemple concret. C’est de prendre des jeunes, les développer avec l’Académie. S’ils arrivent dans le niveau professionnel, ça serait la première étape. S’ils n’arrivent pas à devenir professionnels, c’est de susciter chez eux une autre passion pour qu’ils aient des connaissances, qu’ils redonnent à leur pays. J’ai envie de partager mon expérience et j’avais fait ça aux Etats-Unis, en Europe, en Chine et je trouvais que le continent africain, j’avais envie de faire quelque chose. Et donc j’avais, à ma façon, amené ma petite pierre à l’édifice», dit l’ex-vedette de la NBA.
Puis: «Moi, je suis dans le sport et je dis toujours que le sport, c’est fait pour rassembler. Moi, mon rôle, c’est de fédérer les gens, de les faire adhérer à une vision. Et donc, j’adore les valeurs du président, des ministres».
Pays à plusieurs solutions
Star planétaire, Parker prend le devant pour faire la promotion de la République Démocratique du Congo, un pays à multiples enjeux planétaires. Venu de Kinshasa la veille pour représenter le gouvernement à cette manif, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya a l’ingénieuse idée d’expliquer ces enjeux, évoquant les richesses naturelles stratégiques du pays et leur usage pendant des moments clés de l’histoire du monde. L’ex-Congo Belge a commencé à faire parler de lui depuis le 19e siècle. Le caoutchouc était connu depuis longtemps en Amérique du Sud, et les Européens ont signalé pour la première fois son existence dans les années 1490 que les indigènes fabriquaient “une sorte de cire” à partir d’arbres qui “donnent du lait à la coupe”. Ce “lait” était du latex – il se trouve entre l’écorce intérieure et extérieure.
Une partie du caoutchouc a fait son chemin vers l’Europe, mais surtout par curiosité. Dans les années 1700, un explorateur français a apporté le nom “caoutchouc” d’une langue locale – il signifiait “bois pleureur”. Le scientifique Joseph Priestley a donné son nom commun quand il a remarqué qu’il effaçait les marques de crayon sur le papier.
Dans les années 1820, une quantité croissante de caoutchouc était expédiée du Brésil vers le monde entier et transformée en manteaux, chapeaux, chaussures et gilets de sauvetage gonflables. Puis est arrivé un été très chaud, et les entrepreneurs ont regardé avec consternation leurs stocks fondre en une boue nauséabonde. Goodyear a vu sa chance. Une fortune attendait celui qui pourrait inventer un moyen de faire en sorte que le caoutchouc résiste à la chaleur et au froid, qui le rendait cassant. C’est vrai, Goodyear n’avait aucune formation en chimie, et pas d’argent, mais pourquoi cela l’arrêterait-il?
Pendant des années, il traîna de ville en ville sa femme Clarissa et leur couvée grandissante, louant des maisons de plus en plus insalubres, mettant en gage leurs biens de moins en moins nombreux et accumulant les dettes. Quand Clarissa n’était pas en train de nourrir les enfants, Charles réquisitionnait ses casseroles pour mélanger le caoutchouc avec tout ce qui lui venait à l’esprit : magnésium, chaux, noir de carbone. Il finit par trouver la réponse : chauffer le caoutchouc avec du soufre. C’est un processus que nous appelons maintenant vulcanisation.
Malheureusement pour le long martyr de Clarissa, cela a conduit son mari à emprunter encore plus d’argent pour des procès afin d’essayer de protéger ses brevets. Il est décédé en devant 200 000 $ -environ 118 millions de FCFA. Mais la ténacité de Charles avait placé le caoutchouc au cœur même de l’économie industrielle. Il était dans les courroies, les tuyaux et les joints, utilisés pour sceller, isoler et absorber les chocs. À la fin des années 1880, l’inventeur écossais John Dunlop réinvente le pneu, qui avait été développé quelques décennies auparavant, mais qui n’avait pas réussi à décoller. Dunlop était vétérinaire. Il avait bricolé le tricycle de son fils, essayant de trouver un moyen d’amortir les chocs, à en croire un article de BBC News. Les fabricants de vélos ont rapidement compris les avantages, tout comme l’industrie automobile naissante. La demande de caoutchouc a explosé. Les puissances coloniales d’Europe ont entrepris de défricher de vastes étendues d’Asie pour y planter l’hévéa brasiliensis, plus connu sous le nom d’«arbre à caoutchouc». Mais ces nouvelles plantations d’hévéa prenaient du temps à pousser, et des centaines d’autres plantes produisent aussi du latex, en quantités variables – même d’humbles pissenlits.
Dans la forêt tropicale du Congo, il y avait des vignes qui pouvaient être exploitées pour répondre immédiatement à la demande. Le roi Léopold II en a fait son affaire… L’histoire renseigne que la montée rapide de la demande de caoutchouc naturel, qui était abondant sur le territoire, a créé un changement radical dans les années 1890. Pour faciliter l’extraction et l’exportation du caoutchouc, toutes les terres «inhabitées» du Congo ont été nationalisées, la majorité étant distribuée à des entreprises privées sous forme de concessions. Une partie du terrain a été gardée par l’État. Entre 1891 et 1906, les entreprises ont été autorisées à faire ce qu’elles voulaient, pratiquement sans ingérence judiciaire, le résultat étant que le travail forcé et la coercition violente étaient utilisés pour collecter le caoutchouc à moindre coût et maximiser les profits. Une armée indigène, la Force publique, a également été créée pour appliquer les politiques du travail. Des travailleurs qui refusaient de participer à la collecte du caoutchouc pouvaient être tués et des villages entiers rayés de la carte.
Muyaya parle ensuite de l’uranium extrait à Shinkolobwe au Katanga, à l’origine de la fin de la 2e Guerre mondiale. Il parle aussi de la forêt de la République Démocratique du Congo et de ses tourbières, ses eaux, ses 80 millions de terres arables et ses 120 millions d’habitants. Il énumère ensuite et surtout les minerais stratégiques de l’avenir dont regorge le pays, ceux de la transition écologique: le cobalt, le lithium, sans oublier le coltan, présent dans les téléphones sans fil.
Le porte-parole du gouvernement déroule: «La République Démocratique du Congo est un pays qui doit se présenter dans sa vraie valeur au monde parce que le plus souvent, lorsqu’on parle de la RDC, on en parle sous le prisme de la guerre. Mais depuis l’arrivée du Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi, à la tête de la RDC, nous avons commencé ce qu’on appelle un véritable changement de narratif, un changement de narratif qui suppose une appropriation de la narration de notre propre histoire, suivant évidemment nos difficultés, parce que nous en avons, mais aussi suivant nos réussites, pour que ceux qui décideront, comme ce soir on a parlé spécifiquement d’investir en RDC avec Tony Parker, pour que ceux qui voudront s’engager, sachent où ils veulent mettre les pieds. Mais déjà, la République Démocratique du Congo, on ne va pas refaire le culte potentiel, mais nous avons la solution aujourd’hui au problème du monde, au problème climatique, avec notre forêt, nous avons la solution au problème de la transition énergétique, avec notre cobalt et notre lithium».
Le risque payant des Chinois dans la production du cobalt
Et d’ajouter: «Nous avons aussi d’autres solutions. Solutions sur tous les plans et sur toutes les questions qui concernent l’humanité. C’est pour ça que c’était important pour nous de nous associer à cette action qui permette à ceux qui sont intéressés de découvrir ce pays autrement. À court terme, d’abord, on a parlé de la RDC. Je pense qu’au-delà de la simple couverture qui s’est focalisée pour l’essentiel sur l’actualité, qui est marquée par l’agression rwandaise, mais ici, on a eu l’occasion de parler d’autres aspects, parce que Tony Parker, c’est non seulement l’ambassadeur de la RDC, mais c’est aussi lui-même un investisseur dans le secteur sportif. Aujourd’hui, il y a des jeunes Congolais qui, grâce à ce que Tony va faire, auront des opportunités demain. Et donc, c’est tout cet ensemble d’opportunités, de sujets que nous avons eu l’occasion d’aborder. Et évidemment, le public intéressé, j’ai vu dans les échanges après, les cartes de visite échangées, évidemment, au-delà de la couverture médiatique qui est faite autour de l’événement. Je suis sûr qu’il y aura un après, parce que le programme avec Tony, c’est un programme que nous voulons inscrire dans le temps. Du secteur minier, parce que tout le monde sait qu’en République démocratique du Congo, nous avons les mines. Mais aujourd’hui, il y a les secteurs de l’électricité qui ont été libéralisés. Donc il y a des opérateurs, aujourd’hui on parle beaucoup de solaires. Il y a des opportunités extraordinaires. On pourrait même aller plus loin si on peut parler du secteur de l’eau. Vous savez, en République Démocratique du Congo, on a par exemple besoin de construire des logements pour 100 millions d’habitants. On a besoin de construire 50 000 kilomètres de route. Ça veut dire qu’il y a tout peut être en chantier. Et donc tous les secteurs, tous ceux qui sont désireux de venir voir et investir dans ces secteurs, ils sont les bienvenus. En plus, nous avons une population jeune qui représente pour nous les véritables outils, ou permettez l’expression, le véritable point d’ancrage que nous pouvons utiliser pour justement permettre à ceux qui viendront investir, d’être formés, mais aussi d’avoir une main d’oeuvre qualifiée qui leur permettra de récupérer tout ce qu’ils auront investi».
Muyaya va jusqu’à tirer l’exemple de la production du cobalt, où les États-Unis sont actuellement à la course après la Chine, invitant tout le monde à prendre aussi les risques en République Démocratique du Congo, «parce qu’il y a des risques partout», citant les risques pris par les Chinois ou les Turcs, aujourd’hui des succès.
«Je ne pense pas qu’il existe un seul pays où il y a des risques zéros. Mais venir en RDC dans le contexte actuel, il y a évidemment une marque de risques. Encore qu’il faut quitter les perceptions de ce qui se raconte de l’extérieur et venir l’expérimenter. Parce que nous, comme gouvernement, avec à la tête une femme, Madame Suminwa, on s’assure que tous ceux qui viennent, on leur accorde des facilités, on les accompagne pour s’assurer que leur investissement arrive à maturité et qu’ils puissent générer les bénéfices qu’ils souhaitent. Donc ceux qui viendront investir 10 dollars en République démocratique du Congo aujourd’hui, pourront gagner 100 dans 5 ans», plaide le spokesperson du gouvernement, invitant les hommes d’affaires à prendre langue avec l’Agence nationale pour la promotion des investissements -ANAPI- et la Cellule présidentielle du climat des affaires.
Pour l’ambassadeur de la République Démocratique du Congo en France, Emile Ngoy Kasongo, Kinshasa s’en remet à la France pour se relancer comptant sur les relations exemplaires entre les deux pays. Cette France qui a volé au secours de l’ex-Zaïre en 1978 pour déloger les ex-gendarmes katangais. Emile Ngoy insiste sur le rôle de cette France qui a donné ses militaires pour intervenir à plusieurs reprises en vue de ramener la paix en République Démocratique du Congo chaque fois qu’elle était menacée.
