
Le ton est monté d’un cran. L’enjeu aussi. Ce n’est plus seulement le spectre d’un troisième mandat que l’Opposition combat. C’est la légitimité même de Félix Tshisekedi qu’elle conteste, ouvertement. Mardi, dans une salle surchauffée de Kinshasa, les leaders de la Coalition Article 64 -C64- ont scellé le mot d’ordre: le 8 juillet, la rue parlera. Et elle parlera dans tout le pays. De Goma à Moanda, de Kisangani à Lubumbashi, une seule cible : le Palais de la Nation, bureau officiel du chef de l’État.
Le point de bascule
La réunion devait évaluer le sit-in du 12 juin devant le Palais du Peuple. Elle a accouché d’une rupture. «Nos militants ont été réprimés. Notre droit de manifester a été piétiné», martèle un cadre du C-64, encore marqué par les gaz lacrymogènes de la semaine dernière. Pour la coalition, la coupe est pleine.Alors l’Opposition change de stratégie.
Finies les opérations ponctuelles. Place à la démonstration de force nationale. «C’est pour dire à Félix Tshisekedi de démissionner», lâche Martin Fayulu, visage fermé, à la sortie de la réunion. Ça s’apparente à une gifle. Jean-Marc Kabund enfonce le clou, sans gants: «Tshisekedi est indigne de porter la veste du président de la République. Et notre peuple, désormais, ne devra plus reconnaître Tshisekedi comme président».
L’ombre du référendum
En ligne de mire, la loi référendaire dite Loi Ngondankoy adoptée lundi au Parlement. Pour le C-64, c’est l’arme du crime. Un texte taillé sur mesure, selon eux, pour faire sauter le verrou constitutionnel et ouvrir un boulevard à un troisième mandat. «Trahison», «violation de la Constitution»: les mots des opposants sont lourds, choisis. La coalition accuse Tshisekedi d’avoir renié son serment. Rodrigue Ramazani, secrétaire général d’Envol, le parti de Delly Sessanga, résume l’état d’esprit: «L’objectif de la grande marche est d’exiger la démission de Félix Tshisekedi qui a trahi son serment».
3e carte: la rue à l’échelle nationale
Après la ville morte du 3 juin et le sit-in dispersé du 12, le C-64 joue sa troisième carte. La plus risquée. Les organisateurs promettent une marche «citoyenne et pacifique». Ils l’habillent des mots nobles : défense de la démocratie, État de droit, respect de la Constitution.Mais à Kinshasa, chacun sait ce que signifie marcher sur le Palais de la Nation. C’est défier le pouvoir dans son sanctuaire. C’est tester la solidité du régime, et celle de la rue. Le 8 juillet, le pays vit des moments d’angoisse. Entre un président qui avance ses pions au Parlement et une opposition qui appelle le peuple à trancher dans la rue, le bras de fer prend une nouvelle dimension.
YA KAKESA