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OIF, Kinshasa dicte son narratif au Sommet de Paris

«Nous avons été extrêmement attristés que le conflit en RDC soit passé sous silence dans le discours d’Emmanuel Macron», a affirmé dimanche sur le plateau de Tv 5 Bestine Kazadi, ministre déléguée de la Francophonie…

La crise dans l’Est de la République Démocratique du Congo a provoqué un mini-incident diplomatique au Sommet de la Francophonie tenu respectivement à Villers- Cotterêts et à Paris les 4 et 5 octobre. Après la colère de Félix Tshisekedi, fâché samedi contre le discours d’Emmanuel Macron omettant dans son discours d’ouverture de parler du conflit armé en République Démocratique du Congo du fait du Rwanda, Kinshasa a su tout changer. Contrairement aux analyses et commentaires précipités, la République Démocratique du Congo a pu dicter son narratif à la clôture des travaux. Malgré les réserves de Kigali, la résolution finale condamne «fermement les violations du droit international, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la République Démocratique du Congo, les violences commises à l’endroit des populations civiles, des institutions nationales, de la Mission de l’organisation des Nations Unies pour la stabilisation de la RDC -MONUSCO-, de la Mission de la Communauté de développement d’Afrique australe en RDC -SAMIRDC- par les groupes armés bafouant tous les efforts de paix entrepris dans la sous-région».

Les pays membres demeurent également «extrêmement préoccupés par la dégradation continue de la situation humanitaire et sécuritaire dans l’Est de la République Démocratique du Congo». Ils condamnent en même temps «tous les massacres des populations et les bombardements des camps de déplacés, commis sur le territoire de la RDC, amplifiant les déplacements massifs des populations comptées en millions», appelant toutes les parties prenantes à respecter le droit international humanitaire.

«Condamnons tous les groupes armés opérant en RDC et tout soutien extérieur apporté à ces groupes, notamment, tout appui militaire extérieur; Condamnons également toute intervention militaire étrangère non autorisée et demandons le retrait immédiat des forces militaires non autorisées par le gouvernement de la RDC sur son territoire; non validé par le Rwanda», a-t-on encore lu dans la résolution.

Puis, en plus, «encourageons les efforts engagés en faveur d’une paix durable dans la sous-région à travers les négociations conduites dans le cadre des processus de Luanda et de Nairobi, médiation choisie par l’Union africaine; réaffirmons notre attachement au respect de la souveraineté de l’intégrité territoriale, et de l’intangibilité des frontières de la République Démocratique du Congo».

Puis, enfin, «exprimons notre solidarité au peuple congolais durement éprouvé et condamnons le recours systématique par des réseaux criminels et des groupes armés au viol, comme arme de guerre, dont les femmes et les enfants sont les premières victimes, le recrutement et l’emploi des enfants-soldats, la destruction des aires protégées dans le Bassin du Congo, patrimoine mondial de l’UNESCO, ainsi que l’exploitation et l’exportation illégales des ressources naturelles vers les pays voisins et autres destinations; réserve du Rwanda. Soutenons les efforts de l’OIF dans le cadre de son mandat et de sa programmation, s’inscrivant dans l’appui exprimé aux initiatives régionales de médiation en cours pour résoudre la crise à l’Est de la RDC ; saluons à cet égard l’annonce, par la Secrétaire générale d’une mission d’information répondant à l’appel de la RDC à la solidarité de la Francophonie».

Jamais ces dernières années, une rencontre internationale n’a autant fustigé l’agression dont la République Démocratique du Congo est victime de la part du Rwanda.
«Nous avons été extrêmement attristés que le conflit en RDC soit passé sous silence dans le discours d’Emmanuel Macron», a affirmé dimanche sur le plateau de Tv 5 monde Bestine Kazadi, ministre déléguée de la Francophonie. Ça a donc été un retournement de situation après l’incident constaté vendredi. Pour en arriver là, Félix Tshisekedi a boycotté le huis clos des dirigeants samedi.
Le président de la République démocratique du Congo n’a pas apprécié qu’Emmanuel Macron ne mentionne pas le conflit dans l’est de la République Démocratique du Congo la veille lors de son discours à Villers-Cotterêts, au moment où il évoquait les crises que traverse le monde. Tshisekedi n’a pas non plus participé au déjeuner offert par Louise Mushikiwabo, la secrétaire générale de l’OIF, samedi midi, préférant aller visiter les locaux de l’Ambassade de Kinshasa à Paris et échanger avec une partie de la communauté de la République Démocratique du Congo.

L’OIF invitée à un rôle en soutien des efforts régionaux

Le coup de colère de Kinshasa a fait réagir le président français, vite poussé à revoir sa copie. «Qu’il n’y ait pas malentendu. Hier, je l’ai dit moi-même, je n’ai été que parcellaire dans les citations. Il y a beaucoup de crises, de tensions, de guerres que je n’ai pas citées», a réagi Macron samedi soir en conférence de presse. Et d’ajouter: «Il n’y a pas de double standard dans la diplomatie de la France».

«Nous encourageons très clairement la RDC et le Rwanda à parvenir à un accord dans le cadre de la médiation angolaise, et l’OIF doit jouer un rôle en soutien des efforts régionaux à ce titre, et je l’ai dit successivement au président Tshisekedi et au président Kagame. Pour ce qui est de la France, nous avons toujours été clairs et je l’ai redit à l’un à l’autre, nous appelons au retrait du M23 et des troupes rwandaises. Nous appelons aussi à procéder au démantèlement des FDLR et de tous les groupes armés en RDC, et à l’arrêt des discours de haine», a martelé le dirigeant français.

Et de conclure: «Nous appelons aussi à un processus politique avec le M23 et toutes les composantes politiques pour permettre justement un chemin de paix et le retour plein et entier de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC».

En marge du sommet dans la matinée, la discussion en tête-à-tête entre Macron et Kagame, président du Rwanda, a duré une heure samedi matin. La veille, le président français s’était entretenu sur le même format avec Tshisekedi. Deux rencontres séparées consacrées à la situation dans l’est de la RDC. Estimant entretenir de bons rapports avec les deux présidents, Macron a tenté, à l’occasion de ce sommet, d’utiliser cette carte pour favoriser la poursuite des discussions engagées dans le processus de Luanda, discussions qui ont récemment subi un coup d’arrêt.

Natine K.

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