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Nord-Ubangi: 3000 Mbororo accusés d’exactions, les Fardc déployées

Une traque aux allures d’urgence. Plus de 3 000 éleveurs Mbororo, arrivés avec près de 30 000 têtes de bétail, sont accusés de multiplier exactions et dégât dans plusieurs localités du Nord‑Ubangi, déclenchant une mobilisation rapide des autorités militaires et politiques de la République Démocratique du Congo.Mercredi 5 mars, le gouverneur du Nord‑Ubangi a porté la situation à la connaissance du vice‑Premier ministre chargé de la Défense nationale, Guy Kabombo Muadiamvita.

Face à l’ampleur des plaintes -destructions répétées de champs, accaparement de terres agricoles et une série d’incidents violents- le ministre a annoncé des mesures sécuritaires immédiates, dont le redéploiement des Forces armées de la République Démocratique du Congo -FARDC- pour «rétablir l’ordre» dans la province. Il a en outre estimé que le dossier devait être «porté au plus haut niveau de l’État», par une saisine directe du président de la République, Félix Tshisekedi.

Réunion d’urgence à Kinshasa

La gravité de la situation a conduit à une réunion d’urgence, mardi dernier à Kinshasa, entre responsables du gouvernement central et représentants de l’exécutif provincial du Nord‑Ubangi. Les autorités locales mettent en avant des chiffres alarmants et des scènes de ravage agricole qui mettent à nu la vulnérabilité de communautés déjà fragilisées par la conjoncture économique. Un jeune homme de 23 ans a été, selon le gouverneur, mortellement poignardé lors d’une altercation avec un éleveur Mbororo. Ce drame a encore monté la tension entre les populations locales et les transhumants.

Présence et incidents dans d’autres provinces

La problématique dépasse le Nord‑Ubangi. Les Mbororo sont également signalés dans les provinces de la Tshopo, du Haut‑Uélé et du Bas‑Uélé, où des exactions similaires ont été rapportées. Les FARDC avaient déjà tenté en juin dernier de cantonner ces éleveurs à Nambia afin de les identifier; appel lancé sur le terrain par le lieutenant‑général Pacifique Masunzu lors d’une mission dans le Haut‑Uélé.

«L’autorité demande aux porteurs illégaux d’armes de les déposer volontairement auprès des services de sécurité. Car, après ce délai de sensibilisation, les FARDC se verront obligées de désarmer les récalcitrants et, si nécessaire, de les traduire devant les instances judiciaires…», avertissait alors le coordonnateur du service de communication de la 3e Zone de défense.

Des causes complexes

Derrière ces épisodes se profilent des facteurs structurels: insuffisance de pâturages, déplacements transfrontaliers de troupeaux, filières de revente peu contrôlées et, selon plusieurs observateurs locaux, la tentation pour certains groupes de recourir à la force pour s’approprier des espaces cultivés. Le cours élevé du bétail et l’absence d’un encadrement administratif et pastoral efficace alimentent ces mouvements souvent désordonnés.

Pour Emmanuel Arama Odingo Kiro, ministre provincial de la Communication du Haut‑Uélé, la présence massive des Mbororo inquiète depuis plusieurs mois. Les autorités provinciales et militaires insistent sur la nécessité d’une double approche: actions de sécurité pour protéger les populations et procédures d’identification et de cantonnement pour distinguer éleveurs pacifiques et éléments délinquants.

Vers une réponse globale?

Les opérations ponctuelles de cantonnement et les interventions militaires peuvent briser des réseaux et réduire la violence à court terme. Mais les experts interrogés par la rédaction soulignent qu’une solution durable doit combiner sécurité, dialogue et gouvernance foncière: enregistrement et identification systématique des transhumants, règlementation claire des parcours pastoraux, médiation entre éleveurs et agriculteurs, contrôle des marchés d’achat de bétail et sanctions contre les receleurs d’armes et de bétail volé.

Sur le terrain, les populations attendent des résultats concrets. «Nous sommes fatigués des destructions. Nous demandons protection et réparation», confie un notable de la province, évoquant champs ravagés et récoltes perdues. La montée en puissance des FARDC et la saisine annoncée des plus hautes autorités de l’État marquent une étape dans la gestion de ce dossier sensible. Reste à savoir si l’approche qui suivra privilégiera la répression, la prévention ou les deux. Sans une stratégie intégrée, mêlant sécurité, justice et politiques agricoles et pastorales adaptées, les tensions risquent de se poursuivre au détriment des communautés rurales et de la stabilité régionale.

Natine K.

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