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Nicolas Kazadi, l’étau judiciaire se resserre

L’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi, aujourd’hui député national, fait face à une nouvelle offensive judiciaire. Le Procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, a officiellement saisi l’Assemblée nationale pour obtenir l’autorisation d’instruire l’affaire et lever les immunités parlementaires de l’ancien argentier du gouvernement Sama. L’homme politique est poursuivi pour «révélation de secrets d’État» et «propagation de faux bruits», à la suite de ses déclarations lors de l’émission télévisée «Asololi», diffusée le 4 mars 2025.

Dans cet entretien mené par la journaliste Paulette Kimuntu, Nicolas Kazadi avait dressé un tableau sévère de la gestion financière sous la présidence de Félix-Antoine Tshisekedi, dénonçant une «gabegie à outrance», des «projets improductifs», et une «dilapidation des fonds publics», allant jusqu’à critiquer l’entourage du Chef de l’État. Les médias tueurs ont conduit l’ex puissant argentier national à l’échafaud. Les propos sortis devant les caméras de la consœur Kimuntu, considérés comme une divulgation d’informations confidentielles issues des délibérations du Conseil des ministres, ont déclenché l’ire du Parquet général.

Quelques semaines avant l’offensive du Procureur général, Nicolas Kazadi est passé devant la communauté du renseignement pour de longues heures d’audition. Depuis, son sort parait avoir été scellé. Le PG Firmin Mvonde, s’exprimant par la voix du rapporteur de l’Assemblée nationale, Jacques Djoli, a souligné la «gravité des faits» et exigé que l’ex-ministre apporte ses preuves pour appuyer ses allégations.

Un passif judiciaire déjà chargé

Ce n’est pas la première fois que Nicolas Kazadi se retrouve dans le viseur de la justice. Il avait déjà été auditionné dans une affaire de détournement de fonds liés à des projets de forages d’eau et d’installations d’équipements publics. Dans ce dossier, il avait autorisé le décaissement de 71 millions de dollars pour la construction de 241 stations de forage, dont seules 32 seraient effectivement opérationnelles. Bien qu’il ait été relaxé, son ancien collègue du Développement rural avait écopé de trois ans de prison.

«Une confession sans honte»

Le président du Conseil d’administration de l’Observatoire de la dépense publique -ODEP-, Florimond Muteba Tshitenge, n’a pas mâché ses mots après les révélations médiatiques de l’ancien ministre. «Nicolas a versé beaucoup de larmes de crocodile», a-t-il fustigé dans un communiqué publié le 5 mai. «L’argentier du régime de l’Union sacrée, qui a nourri à coups de milliards la mauvaise gouvernance, est venu se confesser devant le peuple, toute honte bue».

Quelle suite judiciaire?

Tout dépend désormais du vote de l’Assemblée nationale. Alors que les députés ont autorisé la levée de l’immunité parlementaire, Nicolas Kazadi devrait être convoqué dans les prochains jours par le parquet pour être entendu sur le fond. Cette procédure marquerait alors sa deuxième confrontation judiciaire avec le Procureur général en moins de deux ans. Autrefois proche du Président Tshisekedi, Nicolas Kazadi semble désormais isolé. L’étau judiciaire se resserre autour de l’homme qui a financé les projets controversés des lampadaires, des forages, de Kinshasa Arena et du centre financier de Kinshasa. Les prochains jours seront décisifs pour l’ancien grand argentier du pays, dont l’avenir politique et judiciaire s’assombrit sérieusement.

YA KAKESA

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