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Marché carbone: Kinshasa cogite pour transformer sa forêt en milliards de dollars

Sans registre sécurisé, l’actif forestier national vaut zéro. À la deuxième journée de la SENAC 2, les organisateurs ont entrepris de dessiner l’architecture financière permettant au pays d’encaisser des devises grâce à l’économie du climat. C’est l’équation la plus ambitieuse de la République Démocratique du Congo depuis l’indépendance minière: comment transformer 155 millions d’hectares de forêts, la plus grande tourbière tropicale du monde et 60% du Bassin du Congo en rente, sans brader sa souveraineté? Mardi 27 octobre, au Centre Culturel et Artistique pour les Pays d’Afrique Centrale, le CCAPAC, juste en face du Palais du Peuple, la réponse a commencé à prendre forme.

Salle comble, deuxième journée de la Semaine Nationale du Climat, SENAC 2. Le panel le plus attendu: «Marchés carbone, banques et finance verte: comment financer la nouvelle économie du climat en RDC?». À la modération, le Directeur général de l’Autorité de régulation du marché carbone -ARMCA- Guy Nsimba Bissimpi. Autour de la table, le quatuor qui doit faire sauter la banque: la ministre d’État en charge de l’Environnement et développement durable, Marie Nyange Ndambo, le gouverneur de la Banque centrale du Congo -BCC-, André Wameso, le Représentant de la Banque africaine de développement -BAD- et le Programme des Nations Unies pour le développement -PNUD. Un absent qui aura certainement le temps de se rattraper: l’Association Congolaise des Banques -ACB.

Wameso: le prix de la confiance

Le ton est donné par le Gouverneur de la BCC. André Wameso n’est pas venu parler d’arbres, il est venu parler de prix, de confiance et de traçabilité. «Les acteurs du marché ne feront pas confiance aux certificats et le prix va être très bas», lance-t-il. «Si le marché n’est pas organisé et sécurisé, notre crédit carbone vaudra toujours moins cher que celui du Brésil». Pour lui, ce marché n’est pas une œuvre de charité. «Il existe pour permettre à ce qu’il y ait, au niveau de la planète, des endroits où stocker suffisamment de ressources climatiques pour permettre à l’industrie de continuer à fonctionner», explique-t-il.

La République Démocratique du Congo est le coffre-fort naturel de la planète. Mais sans serrure, sans code et sans gardien, aucun investisseur ne paie. D’où la décote actuelle. La solution? Le registre national sécurisé. À l’ARMCA la certification, la mesure, le reporting et la vérification de chaque tonne de CO2. À la BCC la sécurisation des flux, l’anti-double comptabilisation et la garantie que les revenus retournent aux provinces.

Nyange: le patrimoine vivant et la doctrine de l’encaissement

«La RDC est un patrimoine vivant de l’humanité. Quand la RDC protège les forêts, c’est l’Afrique qui respire», déclare Marie Nyange. «Il s’agit de tirer une juste valeur économique des services environnementaux qu’elle rend à la planète, tout en préservant sa souveraineté sur ses ressources naturelles», martèle-t-elle.Feuille de route: révision du Code forestier, ARMCA en gendarme du marché, futur Office Congolais des Eaux, et Bassin du Congo en bloc de négociation face à l’Amazonie, avec une place de choix aux provinces et aux communautés gardiennes de la forêt. Socle juridique: l’Ordonnance-Loi du 07 septembre 2026, prise sous l’impulsion du Président Félix Tshisekedi, qui met fin au Far West et aligne le pays sur l’Article 6 de l’Accord de Paris.

BAD et PNUD: l’émergence de champions nationaux

«Pour nous, c’est un levier de financement et de développement pour le pays. C’est aussi un protecteur du capital naturel et un créateur d’emplois. Aujourd’hui, presque 70% des emplois sont créés par les PME. Ce sont ces entreprises qu’il faut absolument développer et faire ressortir des champions qui peuvent aller aussi à l’international», insiste Mohamed Cherif.

Le PNUD boucle la boucle: études de faisabilité, appui à l’ARMCA et au FIEN, et aide aux provinces pour «construire des portefeuilles de projets bancables, finançables et éligibles au cadre national». À l’issue du panel, le message est passé. La porte blindée c’est l’Ordonnance-Loi de Tshisekedi, la serrure c’est le registre BCC-ARMCA, la clé c’est la doctrine Nyange. Les banques commerciales sont désormais les plus attendues pour activer le mécanisme de l’intérieur.

Tino Mabada

Doyen de la rédaction, Tino Mabada en est également le couteau suisse. Attaché à la rigueur journalistique, il suit avec une attention particulière les enjeux liés à la gouvernance, à la justice et à la vie publique. À travers ses reportages et ses analyses, il s'attache à fournir une information claire, contextualisée et fiable, contribuant ainsi à la mission d'AfricaNews : offrir une information crédible, vérifiée et sans filtre.

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