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Luhaka presse Kayikwamba, l’Union sacrée contre-attaque

À chacun sa lecture de l’accord de paix RDC-Rwanda. Dans une lettre ouverte adressée samedi 5 juillet à la ministre des Affaires étrangères, Thomas Luhaka, ancien président de l’Assemblée nationale et ex-ministre des Infrastructures, a exprimé ses préoccupations face au texte signé à Washington le 27 juin dernier entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda. Selon lui, cet accord marque un recul diplomatique majeur pour Kinshasa.

Quatre constats préoccupants

Dès les premières lignes de son courrier, Luhaka pointe ce qu’il considère comme quatre dérives majeures de l’accord: 

1. Un recul par rapport à la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui exigeait le retrait immédiat des troupes rwandaises du territoire RD-congolais.

2. Une complexification du retrait des RDF, désormais conditionné à la neutralisation des FDLR, selon sa lecture du texte.

3. Une reconnaissance implicite du soutien de Kinshasa aux FDLR, avec la mention dans l’accord de la «fin irréversible et vérifiable du soutien de l’État aux FDLR et aux groupes armés associés», ce qui, selon lui, légitime la rhétorique de Kigali.

4. Une implication timide des États-Unis, pourtant parrain de l’accord, mais dont le texte stipule qu’aucune obligation ne pèse sur les États non signataires siégeant au Comité de surveillance conjointe. Espérant se tromper dans son analyse, Luhaka a sollicité des éclaircissements de la part de Thérèse Kayikwamba Wagner, dont il dit apprécier «les prouesses diplomatiques».

Réactions en chaîne au sein de l’Union sacrée

La lettre ouverte n’a pas tardé à susciter des réactions tranchées dans le camp présidentiel. Tony Mwaba Kazadi, député national et ancien ministre de l’Éducation, a vivement critiqué la démarche de Luhaka, l’accusant de vouloir «fragiliser la République» à travers une lecture biaisée du texte. Pour lui, l’accord signé ne remet nullement en cause la résolution 2773 et, bien que n’ayant pas force obligatoire pour les États-Unis, il s’inscrit dans une logique diplomatique constructive. «Washington, tout comme le Qatar, assumera son rôle de garant moral du processus», a-t-il insisté. Mwaba a par ailleurs dénoncé l’ambiguïté de Luhaka sur le rôle du Rwanda, estimant que son silence sur l’agression de la République Démocratique du Congo «devient assourdissant». Il lui a également rappelé son passé kabiliste, insinuant une continuité d’allégeance politique.

Kisombe enfonce le clou

Autre voix alliée à l’Union sacrée, Yves Kisombe, ancien vice-ministre des Affaires étrangères sous Joseph Kabila, a quant à lui salué un accord «d’une performance diplomatique de grande valeur». Selon lui, le texte prend en compte les préoccupations de chaque partie et affirme clairement que le retrait des troupes rwandaises est un impératif, en conformité avec la résolution 2773 et la Déclaration de principes du 25 avril 2025. Il balaie ainsi d’un revers de main les critiques de Luhaka, son ancien camarade du MLC: «Affirmer le contraire est, à mon humble avis, un mensonge. Le texte est limpide». 

Des interprétations divergentes, un avenir incertain

Jeudi 3 juillet, la ministre Thérèse Kayikwamba a elle-même défendu l’accord devant la presse nationale, insistant sur la simultanéité entre le retrait des troupes rwandaises et la neutralisation des FDLR. Une position que Kigali ne semble toutefois pas partager, accentuant la confusion autour de la portée réelle de l’accord. Alors que les premières étapes de mise en œuvre sont attendues, cet accord de Washington demeure sujet à diverses lectures -certaines optimistes, d’autres sceptiques- et suscite déjà un débat national sur la direction diplomatique que prend la République Démocratique du Congo dans la résolution du conflit à l’Est.

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