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LMC: un audit choc réclamé à Shiku

Des membres du personnel des Lignes Maritimes Congolaises -LMC- exigent un audit complet des cinq dernières années et la publication des états financiers. Ils accusent d’anciens dirigeants et certains responsables actuels de détournements présumés et dénoncent une hausse salariale «hors de contrôle». La tension monte au sein des LMC.

Après la suspension conservatoire du directeur général Jean‑Claude Mukendi Mbiyamuenza pour malversations présumées, des délégués du personnel demandent à la ministre d’État en charge du Portefeuille, Julie Shiku, d’ordonner un audit exhaustif des perceptions et affectations des droits de trafic maritime sur les cinq derniers exercices et de transmettre aux juridictions compétentes tous les dossiers comportant d’éventuels éléments pénaux.

«Nous voulons savoir où sont passés ces 160 millions de dollars», déclare un porte‑parole du personnel, indiquant d’emblée que le contexte actuel ne favorise pas des actions syndicales concertées. «Ces sommes, perçues au titre des droits de trafic, devaient financer la relance, la formation et l’achat de navires. Aujourd’hui, elles ont été dilapidées et les comptes restent opaques».

Les militants syndicaux pointent en particulier l’explosion de la masse salariale depuis 2020. «La paie annuelle est passée d’environ 1,2 million à plus de 20 millions de dollars. C’est incompréhensible pour une entreprise dont la production est négative», souligne un représentant qui a requis l’anonymat. «On a recruté des centaines de personnes en cinq ans, multiplié les promotions irrégulières et créé des postes fictifs, au profit d’un réseau bien identifié».

Selon ces mêmes interlocuteurs, près de 70 % de la masse salariale issue des droits de trafic serait captée par une dizaine de familles liées à des mandataires et cadres. «C’est une logique de clan», affirme un délégué en privé. «Les décisions prises ces dernières années ont enfermé l’entreprise dans des pratiques administratives dévoyées».

Les critiques s’étendent aux relations entre la LMC et AMICONGO. Des responsables syndicaux dénoncent des protocoles de partage de recettes «taillés sur mesure pour des intérêts privés» et réclament un audit de l’actionnariat d’AMICONGO. «La LMC devait rester majoritaire dans AMICONGO; ce n’est plus le cas», confie un agent. «Certaines parts n’auraient jamais été libérées; d’anciens mandataires se réclament aujourd’hui actionnaires».

Les reproches vis‑à‑vis du Conseil supérieur du Portefeuille -CSP- sont virulents: les travailleurs approchés l’accusent de complicité et de lenteur à faire appliquer ses propres recommandations et à publier les audits trimestriels réalisés à la LMC. Plusieurs mettent en cause les montants qui auraient été réservés au CSP dans les droits de trafic, passés selon eux de 30 000 dollars à 500 000 dollars en 2023, puis à 800 000 dollars entre 2024 et 2025.

«Comment une entreprise en faillite, appelée au redressement, peut‑elle s’octroyer de tels avantages pour ses contrôleurs?», s’insurgent-ils. Deux autres témoignages, obtenus auprès de travailleurs, illustrent la stupéfaction du personnel: «Si LMC est en faillite selon le rapport du Portefeuille en 2021, par quel miracle elle supporte toutes ces charges sinon le détournement de droits de trafic maritime avec la complicité de ceux qui devraient veiller à sa bonne orientation et utilisation», s’interroge un employé.

«Pendant que les charges salariales se multiplient par 10, le personnel est multiplié par 4, tandis que la production est multipliée aussi par 4 sur les droits de trafic et l’exploitation de la société est nulle», ajoute un autre. Sur le plan réglementaire, des sources internes contestent l’interprétation de certains arrêtés ministériels qui auraient permis d’intégrer les droits de trafic maritime au patrimoine exploitable de la LMC. «Ils ont fait passer des fonds publics pour des revenus de la société», accuse un représentant syndical, déclarant que «c’est la porte ouverte au pillage».

Face à ces allégations, les représentants réclament plus que des sanctions administratives. «La suspension d’un mandataire est une première étape, mais il faut que les dossiers aillent devant la justice», plaide un coordinateur syndical, estimant que «sans poursuites effectives et sans publication des rapports d’audit, rien ne changera».

Ils demandent notamment la remise immédiate du rapport de l’Inspection générale des finances -IGF- et la tenue d’un contrôle exhaustif des perceptions et affectations des droits de trafic depuis 2019. «La transparence est la condition du redressement», conclut un membre du personnel, faisant savoir à la ministre que «rendre publics les états financiers, annuler les décisions irrégulières et récupérer les fonds indûment affectés sont des préalables».

Natine K.

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