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Les rivières Kasaï et Tshikapa polluées, la population en désarroi, le député Guy Mafuta blâme le gouvernement Sama

Des bâches et des tôles dans les cargaisons des vivres et des médicaments… Pourquoi faire avec?

La question de la pollution des eaux de la République Démocratique du Congo du fait des produits toxiques y déversés par la mine angolaise de diamants de Catoca reste brûlante. Près d’un mois après l’alerte, la vie a repris son cours à Tshikapa, province du Kasaï. Mais chacun le sait: la menace pèse sur les habitants de cette ville dont les activités dépendent étroitement de ces eaux. Redoutant de voir ses électeurs, déjà en désarroi, souffrir davantage, le député national Guy Mafuta Kabongo tente de s’organiser pour gérer au mieux les conséquences.

«Je suis arrivé à Tshikapa sensibiliser mes frères et sœurs sur la situation de l’eau polluée. Nous avions lancé des messages depuis un bon moment mais nous avions déploré la léthargie de notre gouvernement, qui a pris beaucoup de temps. Quand l’eau était encore jaunâtre, on n’a pas fait de bons prélèvements. Vingt-huit jours après, la première délégation est venue et la population ne sait pas ce que cette délégation a fait», a accusé l’élu national, fustigeant le manque d’engagement du gouvernement du Premier ministre Sama Lukonde sur la question du Kasaï après la pollution des eaux des rivières Tshikapa, Kasaï, Kwilu…

Et d’enfoncer le clou: «Concrètement, nous avons vu une cargaison des vivres et des médicaments. Le problème c’est que 28 jours après, on ne sait pas évaluer les dégâts. 28 jours après, on ne sait pas qui a été réellement sinistré et ça pose problème pour distribuer les produits acheminés parce qu’on ne sait pas à qui les donner. Les statistiques ne sont pas disponibles. On parle de 18 zones de santé dont 13 touchées mais à ce jour, on doit être à mesure de dire qu’il y autant de personnes qui ont été touchées par telle maladie, autant de femmes, autant d’enfants, autant d’hommes, autant de catégories professionnelles. Mais rien n’a été fait».

Au téléphone, Guy Mafuta a aussi affirmé: “Il m’a même été rapporté que des bâches et des tôles sont dans les cargaisons des vivres et des médicaments, je me demande pourquoi faire avec. Jusqu’à ce jour, ils n’ont même pas pu distribuer ces vivres et ces médicaments aux populations victimes parce qu’ils ne savent pas par où commencer par manque des statistiques et c’est déplorable”.

Depuis début juillet, la mine angolaise de diamants de Catoca, la 4ème plus grande au monde, est à la base de la pollution de quatre rivières de la République Démocratique du Congo, causée à partir d’une exploitation industrielle, avec des coulées rouges qui s’échappent des usines. Ces coulées ont entrainé d’énormes dégâts sur la vie des populations riveraines au Kasaï et sur l’environnement, notamment avec la destruction de la faune aquatique, l’interdiction de la pêche et de consommation de ces eaux.

Pour tenter de remédier à l’inaction du gouvernement de la République, la fondation du député Mafuta a lancé une opération d’identification pour savoir le nombre de personnes, de communes et de villages victimes de ces pollutions. Sur terrain, Guy Mafuta n’a pas manqué de déplorer les problèmes liés à l’approvisionnement en eau étant donné que les autorités ont interdit toute utilisation de l’eau polluée depuis près d’un mois déjà. Comme si ce drame ne suffisait pas, la REGIDESO a, à en croire le député de Tshikapa, augmenté le prix du bidon d’eau de 25 litres, passé de 200 à 500 francs congolais. «La population est abandonnée à son triste sort», a encore martelé l’avocat.

Outre les difficultés d’approvisionnement en eau, la pêche est l’un des secteurs frappés de plein fouet par les conséquences de cette catastrophe provoquée par les coulées des produits toxiques déversés depuis les usines d’une mine angolaise de diamants. «Les poissons sont devenus rares à cause de la mauvaise qualité de l’eau. Nous ne savons plus travailler. Nous ne savons plus produire. Nous souffrons. Nous appelons le président de la République à l’aide», ont plaidé les pêcheurs contraints à la résignation. C’est une situation dont ils se souviendront longtemps.

Tino MABADA

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