Au sud de Kinshasa, le paysage change. Là où les rivières faisaient office de frontières, le béton s’élève. L’Agence Congolaise des Grands Travaux -ACGT-, service public du ministère des Infrastructures, pilote la construction de trois ouvrages d’art majeurs: les ponts Mfuti, Lukaya et N’djili. Ils constituent l’épine dorsale des futures Rocades Sud-Ouest et Sud-Est. Leur ambition est claire: désengorger la capitale, connecter les périphéries et améliorer durablement le quotidien des Kinois.
Mfuti: le premier jalon de la Rocade Sud-Ouest
Sur la Rocade Sud-Ouest, au PK 12+740, le pont Mfuti sort de terre. 120 mètres de long pour 7,5 mètres de large, l’ouvrage repose sur 4 travées en béton précontraint. Les travaux ont débuté en février 2025 et la phase de gros œuvre est désormais achevée. Les équipes s’activent actuellement au ferraillage de la dalle qui recevra la couche de roulement. Longtemps, la rivière Mfuti a coupé les villages en deux, surtout pendant la saison des pluies. Avec cet ouvrage, le ministère des Infrastructures via l’ACGT sécurise une traversée pérenne et ouvre un axe direct vers les zones agricoles de l’ouest. L’objectif est simple: permettre aux camions de manioc, de maïs et de légumes d’atteindre les marchés de la ville plus rapidement, sans passer par le centre embouteillé.
Lukaya: le colosse de la Rocade Sud-Est
Plus à l’est, c’est la Lukaya qui est domptée. Avec ses 180 mètres répartis en 6 travées, c’est le plus long ouvrage des deux Rocades.Lancé le 15 octobre 2025, le chantier affiche déjà 55% d’avancement. La superstructure est en cours de montage et les piles plantées dans la rivière dessinent déjà la future liaison entre l’avenue du Grand Hôtel et la zone de Kingakati.

Kingakati est l’un des greniers de Kinshasa. Maraîchers, éleveurs et commerçants y produisent une part importante des denrées consommées dans la capitale. Aujourd’hui, l’évacuation se fait au ralenti, sur des pistes difficiles. Demain, grâce au pont Lukaya dont la livraison est prévue pour le 25 novembre 2026, les produits arriveront plus vite, en meilleur état et à moindre coût. Pour les ménages kinois, c’est la promesse d’un panier moins cher. Pour les producteurs, celle d’un accès direct et fiable au plus grand marché du pays.
N’djili: le trait d’union avec Mont-Ngafula
Entre les communes populaires de Ndjili et Mont-Ngafula, la rivière N’djili séparait plus qu’elle ne reliait. Pour aller d’une rive à l’autre, il fallait des heures de détour.

Le pont N’djili vient changer la donne. Long de 90 mètres et large de 17,5 mètres, il est construit sur 3 travées. Démarré le 25 avril 2025, le chantier est à mi-parcours avec 50% d’avancement. Un grand portique de pose installe les poutres en béton précontraint tandis qu’en contrebas la vie suit son cours. La mise en service est attendue pour le 30 août 2026. Au-delà de la technique, c’est un projet profondément social. Il va reconnecter des écoles, des centres de santé, des familles. Il va réduire le temps de trajet de plusieurs heures à quelques minutes. Pour des milliers d’habitants, le pont N’djili n’est pas qu’un ouvrage: c’est un accès.
L’ACGT, au cœur de la transformation
L’exécution de ces trois ouvrages est assurée par l’entreprise CREC, sous la maîtrise d’ouvrage de l’ACGT. Créée il y a 18 ans, l’Agence Congolaise des Grands Travaux est un service public du ministère des Infrastructures. Sa mission dépasse aujourd’hui le seul secteur routier. L’ACGT conçoit et manage des projets structurants dans les domaines des routes, des voiries, des ports, des aéroports, des chemins de fer, de l’architecture, de l’énergie, des infrastructures passives de télécommunication et de l’environnement.
Avec les ponts Mfuti, Lukaya et N’djili, l’ACGT pose les bases d’une mobilité nouvelle au sud de Kinshasa. D’ici fin 2026, ces trois traversées doivent permettre à la capitale de respirer et à ses habitants de gagner du temps, de l’argent et des opportunités.
YA KAKESA