
Dans son dernier rapport sur la situation économique de la République Démocratique du Congo, la Banque mondiale appelle les autorités de Kinshasa à rationaliser les incitations fiscales afin de réduire les pertes budgétaires et accroître les ressources internes nécessaires au développement du pays. La présentation du rapport s’est tenue ce mardi à Kinshasa en présence de trois membres du gouvernement: le ministre des Finances, Doudou Fwamba, le ministre du Budget, Aimé Boji, et le ministre de l’Industrie et des PME, Louis Watum. Tous trois se sont dits favorables à une révision des politiques fiscales actuelles, jugeant nécessaire une approche plus ciblée pour maximiser les retombées économiques.
Des pertes importantes pour des gains limités
Intitulé «Réévaluer les incitations fiscales — Des résultats en deçà des promesses de croissance et d’équité», le rapport met en lumière le coût élevé des exonérations fiscales consenties par l’État. Celles-ci représenteraient jusqu’à 5% du PIB, soit environ un tiers des recettes fiscales annuelles ou trois fois le budget du secteur de la santé. Selon la Banque mondiale, ces incitations n’ont pas produit les résultats escomptés en termes de réduction de la pauvreté ou de création d’emplois. «Les avantages pour les ménages vulnérables restent minimes», souligne le rapport, qui appelle à une réorientation stratégique des avantages fiscaux.
Une croissance soutenue mais inégalement répartie
En 2024, le PIB de la République Démocratique du Congo a progressé de 6,5 %, grâce à la vigueur des secteurs du cuivre et du cobalt. Ce chiffre reste toutefois en retrait par rapport à la moyenne de 7,9 % enregistrée entre 2021 et 2023. Malgré cette croissance solide, l’impact sur les conditions de vie des populations demeure limité. La pauvreté recule lentement et l’emploi peine à suivre. La stabilité macroéconomique a été préservée grâce à une discipline budgétaire soutenue et à l’absence de financement monétaire du déficit. L’inflation, bien que toujours élevée, est tombée à 8,6 % en juin 2025.
Des recommandations claires pour renforcer la mobilisation des ressources
Pour améliorer la performance budgétaire et garantir un financement durable des services publics, la Banque mondiale recommande plusieurs mesures. Notamment la simplification du système fiscal, l’harmonisation des taux d’imposition, le remplacement des incitations fiscales basées sur le profit par celles basées sur les coûts et l’amélioration de la transparence et de l’évaluation des incitations fiscales accordées.
«La RDC possède un énorme potentiel économique. Pour parvenir à une croissance inclusive et durable, le pays doit accroître ses recettes intérieures, rationaliser les incitations fiscales et investir dans les services sociaux ainsi que dans les infrastructures», a déclaré Albert Zeufack, Directeur des opérations de la Banque mondiale pour l’Angola, le Burundi, la République Démocratique du Congo et Sao Tomé-et-Principe.
Vers une réforme fiscale plus équitable
Face à ces constats, le gouvernement de la République Démocratique du Congo s’est dit ouvert à une réforme fiscale plus cohérente et mieux ciblée. L’objectif affiché: optimiser les incitations sans compromettre l’attractivité économique du pays, tout en assurant un financement plus stable des priorités sociales et des infrastructures de base. La rationalisation des incitations fiscales s’impose ainsi comme un levier essentiel pour améliorer l’efficacité de la politique fiscale congolaise, renforcer la justice sociale et soutenir une croissance durable.
Natine K.