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Kinshasa: Bumba recule face au Général Kabwik

C’est une courbe rentrante après quelques jours de clash. D’un côté, Daniel Bumba Lubaki, gouverneur de la capitale, élu local sous pression d’une ville qui croule sous ses déchets et dont le ministre en charge de la salubrité a attaqué le Service National. De l’autre, le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, patron du Service National et coordonnateur de la Task-Force présidentielle de salubrité. Entre les deux, une querelle qui en dit long sur la gouvernance urbaine: qui nettoie Kinshasa, et avec quel argent? Le dernier épisode est un courrier feutré. Dans une lettre référencée N°SC/3494/CAB/GVK/DBL/ELK/MYM/TB/2026, dont AfricaNews a obtenu copie, Daniel Bumba accuse réception de la mise en demeure du général et opère un virage à 180 degrés.

«La Ville de Kinshasa salue la décision du Président de la République d’associer le Service National aux efforts d’assainissement», écrit-il. Plus loin: proposition d’une rencontre «aux jour et heure de votre convenance» pour un «échange apaisé, constructif et patriotique». Le vocabulaire de la déférence a remplacé celui de la confrontation.

Le 28 octobre, le coup de tonnerre

Pour comprendre ce revirement, il faut revenir au 28 octobre 2026, comme révélé précédemment. Ce jour-là, le général Kasongo Kabwik adresse au gouverneur une lettre au ton inhabituel pour un échange entre institutions. Objet de son ire: des déclarations attribuées au gouvernement provincial, portées par le ministre provincial de l’Environnement Léon Mulumba, faisant état d’une dotation de 12 millions de dollars américains par mois au profit de la Task-Force.

Pour Kasongo Kabwik, le chiffre est une «contre-vérité» qui expose ses hommes. Mais il ne s’arrête pas au démenti comptable. Il en fait une affaire de discipline militaire. Ces propos, estime-t-il, portent atteinte à l’image de l’institution et constituent «une incitation des militaires et bâtisseurs de la Nation à la désobéissance», un fait «prévu et puni par l’article 88 du Code pénal militaire».

Dans le microcosme kinois, l’effet est immédiat. Jamais un général du Service National n’avait brandi le Code militaire face à un gouverneur en exercice. Le message est aussi politique que juridique: la Task-Force n’est «ni concurrente ni rivale» du gouvernorat, mais elle ne tolérera aucune remise en cause de sa légitimité. Le gouvernorat est prié de ne plus recommencer, mis «devant ses responsabilités».

Deux légitimités pour une capitale

Derrière les 12 millions se cache une bataille de compétences née en juin 2026. En confiant à Jean-Pierre Kasongo Kabwik, l’homme de Kaniama-Kasese, la mission de nettoyer Kinshasa, Félix Tshisekedi a créé une structure ad hoc, directement rattachée à la présidence, court-circuitant de facto l’Hôtel de Ville.

Daniel Bumba, qui avait publiquement assuré accompagner l’initiative, s’est vite retrouvé marginalisé sur son propre terrain. Les bâtisseurs curant les caniveaux, les bourgmestres accusés de laisser revenir les marchés, un galonné qui participe activement à l’administration de la ville: le schéma n’est pas sans rappeler d’autres expériences de gouvernance parallèle en République Démocratique du Congo. Dès lors, la question financière devient le nerf de la guerre. Comme le soulignait un confrère, «où va l’argent, et quels résultats produit-il?». Le général conteste les 12 millions. Le gouvernorat, lui, agite le chiffre sans en apporter la preuve documentée.

La stratégie de l’apaisement

Face à la menace d’une judiciarisation, Bumba a choisi la voie de la raison d’État. Dans sa réponse, il évacue habilement la question pécuniaire. Pas de débat sur les 12 millions. Pas de surenchère. Sa ligne de défense est double. Juridique d’abord: il faut «une lecture dépassionnée» et ne pas établir de lien entre «des questions de financement» et une incitation à l’indiscipline. Politique ensuite: rappeler que la collaboration entre la Ville et le Service National «n’est pas nouveau» et que Kinshasa «n’entend nullement se placer en situation de compétition».

En saluant «la volonté manifeste du Magistrat Suprême», Bumba se replace sous le parapluie présidentiel. C’est une manière de dire à Tshisekedi: je ne conteste pas votre arbitre, je conteste l’interprétation qui en est faite. Reste à savoir si cette main tendue suffira. Le général Kasongo Kabwik n’a pas encore répondu. À Kinshasa, où les immondices continuent de s’amonceler à chaque saison des pluies, la population attend moins une réconciliation de façade qu’une clarification: elle veut savoir combien coûte le nettoyage de la capitale, et qui en est réellement responsable. 

Natine K.

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