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Kabila-Tshisekedi, nouvelle passe d’armes musclée

L’ancien président de la République et le Régime en place continuent de s’accuser mutuellement. Un nouvel affrontement a émergé suite à une déclaration récente de Joseph Kabila, rapportée par Jeune Afrique. Pour la première fois, il a réagi aux accusations de l’auditeur général qui a requis la peine de mort contre lui à la suite de son procès. Kabila évoque des «accusations mensongères» et critique un pouvoir «incapable de faire face à ses échecs», selon le média. Comme précédemment, il ne manque pas d’enchaîner les reproches à l’encontre de son successeur, Félix Tshisekedi.

Tout en affirmant ne pas craindre pour sa propre sécurité, il parle pour la première fois le procès qui le vise depuis le 25 juillet. Jugé en son absence par la Haute Cour militaire, il est poursuivi pour «trahison», «participation à un mouvement insurrectionnel»,  «viol» et «torture», en rapport avec son soutien présumé à la rébellion. Le 22 août, l’auditeur général a requis la peine de mort, et le verdict est attendu prochainement.

«Aucune preuve n’a été dévoilée»

Dans sa déclaration, Kabila évoque des «accusations mensongères et d’ordre politique» provenant d’un pouvoir «désespéré et incapable de prendre la mesure de ses erreurs». Il soutient qu’«aucun élément de preuve n’a été présenté pour justifier ces allégations» et accuse ce procès de faire partie d’un plan visant à «réduire au silence l’opposition» et à «écarter un leader majeur de l’arène politique», permettant ainsi au régime de gouverner sans opposition. Kabila va plus loin en comparant sa situation à celle des nombreux officiers actuellement arrêtés et interrogés dans le cadre d’une enquête sur l’échec de l’armée congolaise à l’Est du pays.

Il dénonce ce qu’il considère comme les symptômes d’une crise de leadership plus profonde, soulignant que ceux qui ont consacré leur vie à la défense de la nation sont désormais vus comme des conspirateurs. Pour lui, cette «purge» ne fait qu’affaiblir les forces armées et compromettre la sécurité de l’État, visant clairement à éliminer les gradés qui seraient loyaux à lui. Lors de son précédent discours, il avait déjà exprimé son inquiétude quant au fait que l’armée serve de «bouc émissaire» pour les échecs sur le terrain.

Une diversion d’attention sur la corruption

L’ancien président accuse également le président Tshisekedi, ainsi que sa famille et ses alliés, d’essayer de détourner l’attention de la corruption au sommet de l’État. Selon lui, «les procès, arrestations et persécutions» visent à renforcer le pouvoir, éliminer l’opposition et occulter les problèmes de corruption et d’insécurité qui persistent. Il ajoute que persister dans cette voie ne fera qu’accroître les divisions et affaiblir le Congo.

Réaction rapide du pouvoir: Kabila, un traître?

Le gouvernement a réagi rapidement avec force. Jacquemain Shabani, vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, accuse à son tour Kabila de vouloir «distraire l’opinion» avec ses nouvelles déclarations. Selon lui, l’ancien président ne fait plus partie de l’opposition mais est bien un chef de la rébellion. Il affirme que le soutien de Kabila envers les officiers emprisonnés se justifie parce que ceux-ci, tout comme lui, ont «choisi de trahir la République». Shabani souligne que Kabila, en tant que chef de guerre, défend ses hommes tout en étant lui-même responsable du pillage des ressources du pays.Cette situation témoigne de l’ampleur du fossé qui sépare Kabila du régime actuel. L’offensive médiatique qui a précédé son retour à Goma en mai visait à le repositionner comme un acteur influent dans le paysage politique et diplomatique, mais ses efforts n’ont pour le moment eu qu’un impact limité. 

En conclusion de sa déclaration, Kabila continue de plaider pour un dialogue incluant toutes les parties prenantes, avertissant que tant que cela ne se produira pas, le Congo sera piégé dans un cycle de violence. Il estime qu’«aucun accord ou procès sélectif ne pourra aboutir à la réconciliation nationale», même si une feuille de route a été publiée par les Églises catholique et protestante le 25 août dernier.

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