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Joël Amisi raconte son face-à-face avec le principal suspect du meurtre de son frère : «J’ai vu Beni Mukena, il a baissé le visage, incapable de me fixer»

Quatre mois après le drame. Quatre mois après les balles qui ont fauché Vally Amisi à Kinshasa. Lundi soir, son frère Joël a raconté l’impensable lors d’un Space animé par Stanis Bujakera : un face-à-face avec Beni Mukena, l’homme qui a avoué être le meurtrier de son frère. La scène s’est déroulée dimanche 02 août, derrière les grilles d’un commissariat à Brazzaville. Dans une vidéo devenue virale, Mukena dit avoir agi «sur instruction d’un très haut placé» dont il n’a pas cité le nom.

L’alerte partie de Brazzaville

Tout est parti d’une visite. C’est une famille de Brazzaville qui a donné le premier signal. Elle a identifié l’homme, hébergé par sa copine. Elle a alors alerté Mamu Internationale, propriétaire de la chaîne d’information YouTube du même nom émettant depuis l’Afrique du Sud. Pendant que Mamu Internationale alertait la famille Amisi, la famille de Brazzaville à l’origine de l’alerte saisissait directement la police. La machine s’est mise en marche. La police congolaise de Brazzaville, en lien avec Interpol, a interpellé d’abord la logeuse présumée. Puis, grâce à ses aveux, elle a remonté jusqu’au suspect.Dimanche matin, Joël Amisi traverse le fleuve. Il veut voir.

Derrière les grilles: «Il a baissé le visage»

L’autorisation tombe lundi. La confrontation a lieu. «On m’a laissé le voir. Je l’ai appelé: Beni! Il était assis, le meurtrier de mon frère, assis juste en face de moi comme ça», confie-t-il, la voix nouée.Derrière une porte en grilles, Beni Mukena en polo noir. Barbe et cheveux négligés. Et puis cette phrase, lâchée dans un souffle: «Je l’ai vu. Je l’ai appelé. Il m’a regardé puis il a baissé le visage, incapable de me fixer». Pendant plusieurs minutes, selon Joël, le suspect n’a pas osé soutenir son regard. 

Bujakera insiste: «Il t’a reconnu?»

Réponse de Joël: «Je suis sûr qu’il m’a reconnu parce que je suis un peu trop passé dans les médias. Le jour de la veillée mortuaire de mon frère, je lui avais déjà fait une promesse: personne n’est au-dessus de Dieu, on finira par l’avoir». Dans la pièce, l’avocat de la famille et des officiers congolais. Joël salue «une volonté de transparence» des autorités brazzavilloises.

«Un très haut placé»: la bombe de la vidéo virale

L’autre élément qui fait trembler le dossier est sorti quelques heures avant l’intervention de Joël au Space de Bujakera. Dans une vidéo devenue virale présentée comme celle du premier interrogatoire, Mukena dit avoir agi «sur instruction d’un très haut placé» dont il n’a pas cité le nom… par «peur pour la sécurité de sa famille». Une déclaration qui relance toutes les hypothèses et met une pression énorme sur l’enquête, au moment même où la famille obtenait cette rencontre.

«Laisser la justice faire son travail»

La colère est là. «Moi j’étais dans mes émotions… j’ai vraiment envie de le dévorer», soupire Joël. Mais il se retient. Le suspect était toujours détenu à Brazzaville. Les autorités de Kinshasa ont annoncé avoir obtenu le principe de son extradition tout en saluant une «avancée importante» résultant «de la coopération judiciaire étroite entre la République Démocratique du Congo et la République du Congo». «Les procédures de transfèrement sont en cours, menées dans le strict respect des lois de la République, des droits fondamentaux et du principe de la présomption d’innocence», précise dans un tweet posté le 02 août le ministre d’État en charge de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko.

«On va évidemment laisser la justice faire son travail», conclut Joël Amisi. La promesse faite sur la tombe de Vally avance. Le dossier quitte les réseaux pour entrer inévitablement dans les tribunaux.

Tino Mabada

Doyen de la rédaction, Tino Mabada en est également le couteau suisse. Attaché à la rigueur journalistique, il suit avec une attention particulière les enjeux liés à la gouvernance, à la justice et à la vie publique. À travers ses reportages et ses analyses, il s'attache à fournir une information claire, contextualisée et fiable, contribuant ainsi à la mission d'AfricaNews : offrir une information crédible, vérifiée et sans filtre.

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