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Interview exclusive. Kambinga prend la défense de Matata

«La bancarisation c’est la contribution du gouvernement au développement du système financier RD-congolais. Mais c’est également la modernisation et la viabilisation des revenus des fonctionnaires de l’Etat qui ne souffriront plus de toutes ces opérations maffieuses qui avaient autour des salaires», assène le ministre de l’Industrie
Ministre RD-congolais de l’Industrie, Germain Kambinga Katomba, refuse d’assister impuissant aux attaques et autres critiques dont le gouvernement est victime. Il décide de recadrer le débat. Il monte sur ses grands chevaux et prend la défense de son Premier ministre, Matata Ponyo Mapon. Réputé éloquent, ce jeune ministre aborde aisément toutes les grandes questions de l’heure relatives à la vie même de la nation. Mercredi 15 juin 2016, AfricaNews a réussi à le rencontrer dans son cabinet de travail. Au cours de cet entretien exclusif, sans s’attaquer aux gens ni tenir des propos déraisonnés, Kambinga fait une sorte de bilan des actions-phares des gouvernements Matata, sous la direction du Président de la République, Joseph Kabila. Aucun secteur n’a été oublié. Des précisions sur des projets-phares du gouvernement, notamment le parc agro-industriel de Bukanga Lonzo, la compagnie aérienne nationale Congo Airways, des acquisitions ou réhabilitations dans les transports urbain, ferroviaire et fluvial, ont été fournies. Puis d’autres sur le coût de construction de l’hôtel du gouvernement appelé immeuble intelligent, la maitrise du cadre macroéconomique et la croissance ainsi que la bancarisation de la paie de salaires des agents et fonctionnaires de l’Etat. À cette liste s’ajoutent le secteur de l’éducation, la construction de l’aérogare modulaire et les questions liées à la sécurité publique sans oublier la liberté d’expression. Interview!
Il y a dix ans, les RD-Congolais ont expérimenté la démocratie notamment avec les premières élections libres, démocratiques et transparentes. Quelle différence faites-vous entre la deuxième et la troisième République?
Il y a une grande distinction à faire dans la mesure où la deuxième République était un régime autoritariste. La troisième République est un régime démocratique dans lequel les mécanismes de surveillance, bien que n’étant pas parfaits, sont plus importants. Donc, un dirigeant dans la troisième République est plus surveillé par des instances démocratiques comme l’Assemblée nationale et est plus susceptible d’être interrogé par la justice dont l’indépendance est consacrée par notre Constitution. Bien que la démocratie n’ait pas encore atteint son niveau optimal dans notre pays, nous sommes sur la bonne voie. La deuxième République a hérité d’une gestion coloniale positive avec de acquis certains sur les plans économique, industriel, infrastructurel. Malheureusement, malgré ces prérequis, la deuxième République a plutôt été une République durant laquelle la RD-Congo a chuté au lieu de monter. Quelques faits le démontrent. On nous rappelle qu’au sortir des indépendances, la RD-Congo avait le même niveau de développement que la Corée du Sud. On nous rappelle également que les étudiants angolais et autres de la sous-région venaient étudier à l’UNIKIN qui était une référence. Ça veut dire que le niveau de l’enseignement supérieur était très élevé. On nous apprend également que la médecine RD-congolaise était l’une des plus modernes à tel point que les Sud-africains venaient se faire soigner en RD-Congo. La RD-Congo est allée en baissant durant la deuxième République jusqu’à atteindre la catastrophe que nous avons connue durant les années 90. Chacun n’a pas pu saisir les opportunités liées à l’état dans lequel nous avons trouvé le pays au sortir de l’indépendance pour en faire un pays émergent et ensuite développé comme l’est la Corée du Sud actuellement. À la différence, la troisième République hérite des cendres des institutions en déliquescence et d’un pays en guerre. La deuxième République prend un pays au sommet et l’amène par terre. La troisième République prend un pays par terre et essaie de le redresser. Voilà la grande différence! Les contraintes de dirigeants d’aujourd’hui sont différentes des dirigeants d’hier. Il s’agissait pour la troisième République de créer un espace démocratique, de réunifier l’armée et de la professionnaliser. Les grandes différences sont là.
Vous faites une sorte de bilan de deux mandats constitutionnels du Président Kabila?
Je faisais la comparaison entre la deuxième République et la troisième République. Tout n’est pas parfait mais je pense que les jeunes institutions s’efforcent de remettre le pays sur le rail.
S’il faut parler des réalisations entreprises par le gouvernement Matata I et II. Bukanga Lonzo, par exemple. Certaines personnes dont des élus affirment que c’est un éléphant blanc. L’Etat a déboursé beaucoup d’argent et les résultats ne suivent pas. Pourquoi?
On ne peut pas reprocher au gouvernement d’avoir des ambitions. Le gouvernement a levé l’option d’orienter sa politique de réindustrialisation selon une stratégie double. L’idée est de créer des poules spécifiques de développement industriel. Le premier essai c’est le parce agro-industriel de Bukanga Lonzo. Un projet cohérent mais jeune. Un projet de cette envergure, nous parlons de 80 mille hectares dont 56 mille pour l’agriculture et le reste pour l’élevage, c’est un gros projet. Je l’appelle un projet structurant, un projet de civilisation qui va, lorsqu’il arrivera à maturité, atteindre les objectifs géopolitiques. On ne peut pas juger un projet de cette nature lancé fin 2013 deux ans après et dire que c’est un projet qui n’apportera pas des résultats. Laissez-le atteindre sa maturité. C’est au-delà de cinq, six, sept ans que nous pouvons juger de sa viabilité. Nous restons convaincus que c’est une option fondamentale et adaptée prise par le gouvernement, qui va permettre de résorber la problématique de l’autosuffisance alimentaire notamment au niveau du corridor Ouest de notre pays. Les autres parcs agro-industriels vont être installés à travers ce pays-continent que nous avons. L’idée globale est de faire en sorte que la RD-Congo puisse atteindre un niveau au-delà de 40% de contribution au PIB national du secteur agro-industriel. C’est un objectif. C’est une ambition que le Président de la République a tracée avec un horizon temporel bien précis: 2030, Congo émergent. Donc, c’est à l’aune de ces perspectives-là que nous devons juger ces différents projets lancés depuis 2012. Beaucoup d’argent? Je ne crois pas. Le programme du gouvernement a été adopté à l’assemblée nationale. Et il a été donné au gouvernement la responsabilité de l’appliquer et d’atteindre un certain nombre d’objectifs.
Avec la création de Bukanga Lonzo, l’idée était d’avoir quelque 300 emplois directs et indirects. Où en êtes-vous?
Beaucoup plus d’emplois. C’est un projet qui commence à peine. C’est bien ce que je suis en train de vous dire. Lorsque je vous dis que c’est un projet de civilisation, n’oubliez pas que jamais l’homme n’avait mis à contribution cet espace pour quoi que ce soit. C’était des étendues sauvages. Il fallait les dompter, les viabiliser et implanter le projet. C’est ce qui est en train de se faire. Bukanga Lonzo est dans sa phase pilote avec la production de maïs, nous allons passer à la culture maraichère et très bientôt à l’élevage. Des constructions en termes de logement sont déjà disponibles et l’électricité est déjà sur place. Donc c’est un projet qui suit son bonhomme de chemin jusqu’à ce qu’il atteindra sa vitesse de croisière.
Il faut combien de temps concrètement pour que Bukanga Lonzo atteigne sa maturité?
De mon point de vue, je vous ai donné une marge définitive de 5 à 7 ans. Il en va de même pour tous les grands projets. Il n’y a pas de grands projets qui se fassent en un an. N’oubliez pas que c’est un projet à la dimension de la problématique RD-Congo. C’est un projet qui a vocation de nourrir 12 millions d’habitants à Kinshasa, Grand Bandundu, Kongo Central et une partie du Kasaï.
Êtes-vous satisfait des résultats obtenus depuis le lancement de l’opération de la bancarisation de la paie des salaires des agents et fonctionnaires de l’Etat?
La première chose qu’il faut noter est que la plus grande victoire du gouvernement est d’arriver, chaque mois, dans un environnement économique en reconstruction, à payer plus d’un million de RD-congolais: les fonctionnaires, les agents des services de sécurité et l’Armée. Et ce nombre de gens sont payés chaque mois régulièrement. Les premières félicitations doivent être adressées au gouvernement à ce niveau-là. Comparativement à un certain nombre de pays voisins que nous n’allons pas citer, 50 mille fonctionnaires plus près de chez nous et dans les mêmes environs ce sont 150 mille personnes. Mais nous, nous avons un million deux cents mille personnes à payer chaque mois. Nous y arrivons, c’est déjà une victoire. La bancarisation c’est la contribution du gouvernement au développement du système financier RD-congolais. Mais c’est également la modernisation et la viabilisation des revenus des fonctionnaires de l’Etat qui ne souffriront plus de toutes ces opérations maffieuses qu’il y avait autour des salaires. C’est un acte qui a été posé et les fonctionnaires, je suis convaincu, en sont satisfaits. C’était une réforme importante et essentielle qui aujourd’hui est rentrée dans les habitudes. C’est une évolution notable.
Vous parlez du secteur bancaire. Pensez-vous qu’aujourd’hui après la faillite de la BIAC, la population pourrait encore faire confiance en des banques?
Les faillites des banques ne se font pas qu’en RD-Congo. Si on vous donne le nombre de banques qui font faillite à travers le monde, vous serez surpris. Mais ce qu’il faut retenir est que lorsqu’on évalue un système financier, on le fait par rapport à un certain nombre des critères. Le plus important n’est pas que la BIAC ait été secouée mais c’est de voir comment est-ce que l’économie RD-congolaise résiste face à ce type de choc. Comment est-ce que le système financier a su réagir et résister. Les aléas gestionnaires peuvent arriver à toutes les structures. Ce qui est important c’est de voir comment les effets systémiques qu’aurait pu avoir la situation de la BIAC sur l’ensemble du système ont été maitrisés. C’est ce qui prouve que le système est viable. Le système a été éprouvé. La catastrophe aurait été de voir la BIAC dans cette situation et de créer un effet domino non jugulé par l’action du gouvernement et la Banque centrale. Il n’y a pas eu des mouvements massifs de retrait de fonds dans des banques connexes. Ce qui s’est passé dans les années 90 a provoqué l’effondrement du système bancaire. Face à un choc important de cette troisième banque du pays, c’est un économiste qui parle, à quelque chose malheur est bon, le système financier RD-congolais est à même de résister et de rester plus ou moins stable. La gestion du gouvernement Matata est à féliciter.
Après la bancarisation, le ministère du Budget a rattrapé des millions de dollars. Où est parti cet argent affecté à des fonctionnaires fictifs?
Chaque mois, le ministère du Budget viabilise un peu plus ce processus visant à contrer les différents réseaux maffieux. Il y avait des réseaux maffieux avant la bancarisation. Ces réseaux se sont mués en réseaux maffieux bancarisés et ils sont en train d’être démantelés. Les fonds récupérés obéissent à la gestion publique. Ce sont des fonds qui sont d’une manière générale remis, de mon point de vue, à la disposition du Trésor public. Le ministère du Budget travaille dessus depuis deux ans et les résultats probants sont vérifiables.
Si les deux premiers Airbus de Congo Airways ont marché, les deux derniers Bombardiers posent problème. Les pannes et autres disfonctionnements techniques sont signalés…
Comprenons-nous bien! La première victoire du gouvernement, c’est d’avoir réussi sans recourir à l’emprunt à créer une nouvelle compagnie nationale. Des Bombardiers dont vous parlez sont des avions récents. Oui, il peut avoir quelques ennuis techniques. Mais la question est celle de savoir est-ce que ce sont des ennuis qui peuvent faire en sorte que ces avions ne volent plus jamais, je dis non. Le critère d’opérationnalité pour ces avions est de plus de 99,3%, si je ne me trompe pas. Ça veut dire que ce sont des avions qui étaient contrôlés avant leur achat et dont la viabilité avait été constatée. Pouvez-vous imaginer un seul instant le gouvernement de la République prendre le risque d’aller acheter des cercueils volant à mettre à la disposition du peuple RD-congolais avec des risques de crash et des conséquences politiques mais aussi tout simplement humaines? Non. C’est un faux procès qui est fait par certains délateurs. Bien-sûr, c’est de bonne guerre, nous sommes en démocratie. Je crois qu’il faut célébrer les choses positives. Enfin nous avons une compagnie qui, d’après les premiers éléments, est viable et va dans les tout prochains jours remettre le léopard ailé au diapason. Voilà la grande victoire! Savez-vous combien d’avions d’Air France, d’Air Maroc, d’Ethiopian Airlines, d’Asky sont en panne au moment où nous réalisons cette interview? Mais cela ne remet pas en cause ces compagnies. J’ai confiance à mon collègue de Transport Justin Kalumba et je suis convaincu que si problème il y a, c’est un problème mineur qui va être résolu rapidement. Nous n’avons pas créé une compagnie pour tuer des RD-congolais. Le gouvernement a créé cette compagnie pour atteindre des objectifs notamment économiques.
Vous reconnaissez au moins que les avions récemment achetés et réceptionnés en pompe tombent régulièrement en panne. Et qu’il y aurait même un Bombardier qui a été échangé contre un autre à cause de ces pannes?
Non, pourquoi vous dites régulièrement? Quel est cet avion qui est tombé régulièrement en panne? Tant mieux si un avion a été échangé contre un autre. Dans le marché de l’occasion, les économistes savent très bien qu’il y a des risques précontractuels. Ce sont des risques liés à l’achat. Un matériel d’occasion malgré la vérification, un vice peut échapper. Si le Bombardier Q400 Nengapeta a été rendu et échangé, je reste au conditionnel parce que je fais une analyse extérieure de la situation n’étant pas moi-même ministre de Transport, ça prouve que le gouvernement reste dans ses droits. Ce qui serait dommageable c’est qu’un avion a un problème insoluble mais que l’on soit obligé de le garder. N’oubliez pas que ce sont des acquisitions d’occasion qui sont faites au regard de la trésorerie de l’Etat mais tout en privilégiant l’âge de ces avions: moins de dix ans.
Vous êtes aussi accusé de surfacturation. Un avion qui pourrait être acheté à USD 15 millions, le gouvernement l’achète à USD 25 millions et la qualité laisse à désirer par la suite. Avez-vous une explication?
Un avion n’est pas un vélo. C’est du matériel de très hautes technologies et sensibles. Ça veut dire qu’on ne peut pas faire de petits trafics sur le prix. Parce que cet avion doit être assuré généralement à l’internationale. Nous sommes à l’ère de nouvelles technologies de l’information et de la communication, prenez les références des avions Bombardier Q400 et d’Airbus, allez sur Internet et demandez si un neuf coûte combien et un à l’occasion coûte combien. Je peux vous donner quelques références, Bombardier Q400 tout neuf coûte plus de 35 millions d’Euros et à l’occasion le moins cher, que moi-même dans mes recherches j’ai trouvé, était à 25 millions d’Euros. Internet est là, c’est très facile à vérifier.
La surfacturation est également dénoncée pour la construction de l’hôtel du gouvernement dont le coût n’est pas proportionnel à l’immeuble intelligent, le produit fini…
Ce sont des a apriori. Il faut toujours partir de la raison pour laquelle un acte est posé. C’est d’abord le point de départ. Les conditions de travail dans lesquelles opéraient ou opèrent les ministères ne sont pas enviables. L’Etat, c’est la plus grande des entreprises. Mais nous ne cherchons pas des bénéfices individuels et privés. Actuellement, le gouvernement est doté d’un outil de travail pouvant lui permettre de faire en une journée ce qu’il faisait en deux semaines ou de faire en une heure ce qu’il faisait en une journée avec des ministères interconnectés, informatisés, et viabilisé. Le jour où Matata n’est plus Premier ministre, les bâtiments reviennent à son successeur. Donc, c’est un héritage commun. La première à chose à noter, c’est d’abord ça. C’est le symbole d’une puissance publique pour montrer que les institutions sont au-dessus des hommes. Je ne suis pas, vous non plus, la plupart des RD-Congolais aussi ne sont pas des ingénieurs en bâtiments. Le processus d’octroi de ce marché, c’était un processus concurrentiel à travers les appels d’offre dans le strict respect des lois et règlements de notre pays. Ceux qui ont gagné ont rencontré les exigences du gouvernement et étaient les plus performants. Il ne faut pas verser dans la subjectivité. La réalité est que le Premier ministre a bien suivi le processus et ce sont des entreprises chinoises dont la célérité dans le travail est reconnue par tous. Il ne faut pas faire en permanence au gouvernement le procès de ses ambitions. L’immeuble dans lequel se trouve le siège de l’Union africaine a coûté plus de USD un milliard. Quand j’y étais, c’est la première question que j’avais posée. En proportion de ce que nous avons fait, je crois que nous restons dans les marges parce que dans cet immeuble se retrouvent plus d’une dizaine de ministères. En réalité, ce que nous avons fait c’est construire des bâtiments pour une valeur d’à peu près trois millions ou trois millions et demi pour chaque ministère. C’est tout à fait acceptable.
L’aérogare modulaire répond à des standards internationaux, c’est vrai. Mais pourquoi avez-vous fait autant de publicité pour une infrastructure qui n’est pas à la dimension de la RD-Congo?
Cette aérogare fait la fierté de notre pays. Ce qu’on doit faire est encore plus grand. N’oubliez pas que c’est une aérogare modulaire. Elle se construit par module. Nous avons inauguré le premier module avec vocation de s’étendre. Ceux qui reviennent au pays sont impressionnés et disent que les choses sont en train de bouger dans ce pays.
Où est passé l’ITB Kokolo dont le coût de réhabilitation pouvait bien acheter un autre bateau?
Ce bateau poursuit son bonhomme de chemin. N’oubliez pas que le fleuve Congo a un problème d’étiage et d’ensablement. Ce qui peut justifier que dans une saison comme la saison la sèche l’ITB Kokolo ne soit pas en activité. Nous n’avons pas entendu un problème particulier sur l’ITB Kokolo. Il n’a aucun problème technique. La responsabilité de l’Etat a été de le réhabiliter et de le mettre à la disposition de la SCTP. Vous parlez du coût. Savez-vous combien coûte un bateau comme ITB Kokolo?
Concernant la maitrise du cadre macroéconomique, le gouvernement avance des chiffres qui ne reflètent pas la réalité dans la vie quotidienne de la population. N’êtes-vous pas en train de vivre sur une autre planète?
Le cadre macroéconomique et la croissance, ce sont des conditions nécessaires mais pas suffisantes. La question qu’il faut se poser est-ce que la croissance telle qu’existe, telle qu’elle est présentée est réelle alors que de l’autre côté les souffrances ne sont pas amorties. Vous avez d’un côté un taux de chômage très élevé. Nous devons chercher à savoir quel est le taux de croissance vers lequel nous devons nous diriger pour infléchir la courbe du chômage. C’est ça le calcul à faire. Là, nous sommes dans des perspectives structurelles. Ça veut dire qu’il faut continuer à travailler la résilience de notre économie et la diversification de notre économie. Les efforts sont faits. Contrairement à ce que les gens disent, le secteur minier par exemple ne contribue pas à plus de 40% au budget de l’Etat. Ce sont des secteurs diversifiés comme des banques, des commerces et des télécoms. Il faut faire plus. Nous étions à 9500 industries, nous en avions moins de 150 en 2000 et nous en sommes à plus de 325. Donc, nous avons créé quelque 200 industries en 10 ans. Si nous augmentons le rythme de création d’industries, nous allons notamment renforcer la résilience et le caractère redistributeur de la croissance. La croissance est réelle, elle existe mais elle est fortement liée à des productions tournées vers le marché extérieur qu’intérieur. Le travail actuel, et c’est un défi que le gouvernement s’est lancé, est d’inverser la tendance pour avoir un gain au niveau de l’emploi et de la densification du tissu économique.
Le gouvernement prétend amener le pays à l’émergence d’ici à 2030 alors qu’il faut en principe faire de la RD-Congo un pays à revenu intermédiaire. N’êtes-vous là en train de brûler les étapes?
Une vision doit être ambitieuse. C’est ça le rôle d’un homme d’Etat. Il n’y a aucune étape à bruler. Le Chef de l’Etat trace une vision. Et comment est-ce que cette vision se transforme en réalité. Je pense qu’à partir de 2012 jusqu’aujourd’hui les étapes ont été franchies en l’occurrence le retour à des standards. La seconde question est celle de la diversification de l’économie qui est une priorité gouvernementale répétée à maintes reprises par le Chef du gouvernement et le Président de la République lui-même. Ensuite il y aura une autre étape, une autre étape encore et enfin une autre qui nous amènera à l’émergence. Mais la vision du Chef de l’Etat est haute. Elle est merveilleuse pour ce pays. La traduction en acte est programmatique.
L’appareil judiciaire RD-congolais s’est encore discrédité avec l’affaire de mercenaires qui seraient recrutés par Moïse Katumbi. Le gouvernement annonce un nombre, il le revoit à la baisse puis finalement relâche le principal accusé. Que diriez-vous à ceux qui disent que c’est une justice inféodée au pouvoir?
Je ne veux pas entrer dans les détails du fonctionnement de la justice qui est une institution indépendante. Je suis membre d’une institution et je dois respecter l’indépendance de la justice. C’est que je peux dire c’est qu’en 2003 un magistrat de la Cour d’appel gagnait CDF 11 mille. Aujourd’hui, le magistrat le moins payé a au-delà de USD 700. Le magistrat de la Cour d’appel est au-delà de USD 1000. Les salaires des magistrats ont été largement améliorés. Aujourd’hui, nous avons une Cour constitutionnelle et toutes les juridictions de l’ordre judiciaire sont en train de se mettre en place. Voilà ce qu’il faut mettre à l’actif. Pour le reste, il faut donner le temps au temps.
Le Premier ministre a promis la construction de mille écoles par an. Actuellement, il n’en a même pas construit la moitié. N’est-ce pas un échec?
Le fait est qu’en près de 4 ans, nous avons construit près de 700 écoles à travers le pays. La dernière fois qu’on avait lancé un vaste projet de construction d’écoles remonte à quand? C’est bien de rappeler. Nous disons qu’il y a toujours des perspectives et il y a ce qui est possible d’être fait. Et c’est la moyenne de tout ça qui permet de juger la viabilité d’une action de gouvernement. Une réussite à 100% n’est jamais évidente. Des promesses ont été faites mais ce qui a été réalisé est notable et permet à toutes les circonscriptions de la République d’avoir au moins une école en matériaux durable mise à la disposition de la population. Nous n’avons pas arrêté. Le programme continue. Il faut nuancer pour savoir d’où partons et ce que nous avons réalisé. Nous partons de néant. L’objectif du gouvernement est qu’avant la fin de cette année, la millième école soit construite.
L’insécurité bat son plein à Kinshasa avec la recrudescence des Kulunas. Pensez-vous que l’opération Likofi relancée bientôt est une bonne réponse à ce banditisme urbain?
La réponse du gouvernement est une réponse budgétaire avec une Police bien équipée et prise en charge par l’Etat. Ce qui est vrai pour la Police l’est aussi pour l’Armée. Nous sommes fiers aujourd’hui de constater que les instances internationales indépendantes ont pu attester qu’il y a une évolution en termes d’équipements et d’organisation de la Police et de l’Armée. C’est sûr est que l’opération Likofi va reprendre.
Il est presqu’impossible de manifester ne serait-ce que pour réclamer la baisse du prix de l’Internet. La liberté d’expression existe ou pas dans ce pays?
Nous sommes dans un pays de droit. Les mécanismes des manifestations publiques sont établis par la Constitution. Notre devoir en tant que gouvernement est de faire en sorte que là où votre liberté s’arrête, commence celle d’autrui. Le gouvernement fait en sorte que vos droits à manifester n’entravent pas la liberté des autres. Nous sommes l’un des rares pays africains dans lequel la liberté n’est pas à contester. Les opposants sont payés par le gouvernement et attaquent avec autant de véhémence le gouvernement et même le Chef de l’Etat. Ce genre de pays n’existe pas beaucoup dans la sous-région. Connaissez-vous un pays où les gens parlent avec beaucoup de légèreté de leur Président de la République? Et tous ces gens ne sont pas inquiétés. Nous avons plus de 50 chaines de télévision. Et regardez comme on traite les institutions de la République sur les réseaux sociaux. Le taux de liberté est largement au-dessus de la moyenne. Quand les opposants veulent faire une ville morte ou une marche, ils le font et ils rentrent chez eux. Lorsqu’il veulent se réunir à Gorée ou à Genval, ils sortent de la RD-Congo et reviennent au pays par les mêmes frontières. Ils disent ce qu’ils pensent et certains proposent même des schémas extraconstitutionnels, imaginant des transitions et personne ne les poursuit. Je suis moi-même le fruit de la démocratie. La politique, je l’ai commencée en étant dans l’Opposition.
Propos recueillis par Barick BUEMA

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