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Trêve d’illusion: la RD-Congo ne pourra pas se développer sans l’étranger! (Edito)

Bien qu’il ait vécu longtemps en Occident, Félix Tshisekedi n’a pas su intégrer les milieux politiques, diplomatiques et économiques occidentaux. C’est Moïse Katumbi qui lui a ouvert plusieurs portes jusque-là fermées, susurre-t-on dans le gotha politique…

L’époque du repli sur soi dicté par le nationalisme de façade et le patriotisme de racolage est révolue depuis la Perestroïka en 1989. La preuve récente, pour les autorités en place, est leur inconstance dans le choix des partenaires pour la sécurisation de l’Est du territoire national. L’argument est avancé et partagé dans les milieux diplomatiques. Pas plus tard que fin 2022, les décideurs à Kinshasa avaient misé sur l’East african community -EAC. En moins d’une année, les voici suppliant la SADC qu’ils avaient voulu doubler en 2019 sous prétexte d’être une organisation sous-régionale proche de l’ancien régime. Quand on parle d’étranger, on doit commencer par voir les voisins directs qui, d’une manière ou d’une autre, influent sur la République Démocratique du Congo, de même manière que celle-ci influe sur eux. Présenter alors ses adversaires politiques en candidats de l’étranger revient à signifier ouvertement aux pays membres des organisations sous-régionales dont le pays est membre qu’on n’est pas de cœur avec eux. C’est signer l’isolement de la République Démocratique du Congo. Reste à savoir pour quels desseins…

​Peut-être que l’idéologie lumumbiste fondée sur le panafricanisme et sur l’indépendance de la RD-Congo n’est pas jusque-là bien intériorisée par une bonne partie de l’opinion, surtout la génération actuelle.

​Ce n’est pas pour avoir déclaré le 30 juin 1960 «Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir lorsqu’il travaille dans la liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique toute entière» ou encore soutenu que l’Histoire de l’Afrique ne s’écrira plus ailleurs que sur le continent que le Premier ministre Patrice-Emery Lumumba voulait s’isoler du reste du monde, surtout du monde occidental.

Au contraire. C’est à lui aussi qu’on doit cette phrase: «La Belgique qui, comprenant enfin le sens de l’histoire, n’a pas essayé de s’opposer à notre indépendance est prête à nous accorder son aide et son amitié [… ]. Cette coopération, j’en suis sûr, sera profitable aux deux pays. De notre côté, tout en restant vigilants, nous saurons respecter les engagements librement consentis».

L’Histoire retiendra au moins que ceux qui avaient facilité son élimination d’abord politique, ensuite physique, sont les premiers à en avoir tiré profit à tous les plans du crime, ce en améliorant leurs relations personnelles avec les Belges où ils ont installé des clans entiers.

Fatshi ne s’est pas isolé lui-même à l’intérieur et à l’extérieur?

Entendre aujourd’hui Moïse Katumbi révéler à la face du monde son apport financier et même relationnel pour redonner vie à l’opposition à Genval pour la création du Rassop, et en plus démontrer comment il a introduit Félix Tshisekedi dans les milieux américains et européens a quelque chose de révélateur.

Le candidat de l’étranger n’est pas celui qui aura mobilisé l’étranger pour faire du fils d’Etienne Tshisekedi, devenu président national de l’Udps en 2018 et candidat du parti pour la présidentielle aux étapes de Genève et de Nairobi, le présidentiable favori proclamé vainqueur la nuit du 9 au 10 janvier 2019, au lendemain de la signature du fameux arrangement politique le 8 janvier.

A moins de deux mois de la présidentielle de 2023, force est de constater qu’avec tout ce qu’il connaît comme problèmes, la RD-Congo a besoin certes d’un soutien large en interne, mais aussi d’un soutien important en externe.

Pour peu qu’il ait fait preuve ne serait-ce que de sagesse face à l’agression rwandaise, Félix Tshisekedi aurait dû battre le rappel des troupes, faire appel à toutes les forces vives du pays, indistinctement, question d’organiser un front commun contre l’ennemi.

Qu’est-ce qu’il a fait? Sous son règne le fossé s’est élargi et la division de ses compatriotes s’est-elle pas accentuée, si l’on en croit la CENCO, l’ECC et d’autres franges de la Société civile.

De même qu’il aurait dû écouter toutes les voix externes, celles de ses pairs africains. Un certain Obasanjo, qui l’avait approché au début de la deuxième aventure d’un M23 ayant séjourné à Kinshasa 14 mois durant, disait à l’époque de Joseph Kabila: «Pour danser le tango, il faut être à deux». Y a-t-il une seule voix que le Président a entendue? Aucune, semble-t-il

! La logique de la guerre a finalement prévalu comme si la République Démocratique du Congo avait pour vocation de servir de cimetière aux troupes des pays africains venant à son secours. Le Président ne peut espérer obtenir le soutien des partenaires occidentaux avec lesquels ces pays africains sont en bons termes.

Bref, Félix Tshisekedi s’est isolé de lui-même et à l’intérieur et à l’extérieur, s’accordent à dire nombre de diplomates en privé.

En qualifiant des candidats de l’étranger ses adversaires à la présidentielle, il pense remobiliser la population RD-congolaise tout en sachant que dans le contexte actuel, la RD-Congo ne pourra pas se développer sans l’étranger.

On en veut pour preuve la zone économique spéciale de Maluku: depuis sa création en 2012 et depuis sa réactivation en 2019, aucun investisseur occidental ne s’y est encore installé. Ou si, Pepsi Cola. Juste pour une licence!

Question à poser tout de même: à supposer qu’il sorte vainqueur de la prochaine présidentielle, comme Félix Tshisekedi saura-t-il remobiliser les partenaires extérieurs qui auront vu leurs candidats vaincus?

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