
Après les propos tenus par le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication -CSAC-, Christian Bosembe, lundi 05 mai à Kinshasa, lors de la célébration de la 32ème Journée mondiale de la liberté de la presse, les réactions fusent de partout. Les professionnels des médias ou les organisations de défense des droits des journalistes ont haussé le ton pour fustiger l’incohérence dénichée dans les propos de l’autorité de l’organe de régulation des médias en RD-Congo. “Excellence Monsieur le Président de la République, vous n’êtes pas seul dans cette lutte de la salubrité médiatique. Monsieur le Président, vous avez fait pour la liberté d’expression dans ce pays votre cheval de bataille“, a déclaré Christian Bosembe devant le Président de la République qui a rehaussé de sa présence cette grande activité.
Et d’ajouter: “Dans ce pays, sous votre mandat, aucun journaliste n’a été arrêté ni tué ou torturé à cause de ses opinions. Aucune rédaction n’a été saccagée, aucune chaîne n’a été fermée aux ordres des services comme c’est fut dans le temps. Nous vous remercions sincèrement et nous vous encourageons“.
Cette version du président du CSAC n’a pas contenté la corporation qui reconnaît bon nombre des journalistes arretés, emprisonnés et parfois brutalisés devant femmes et enfants. Dans cette contestation, la plupart des professionnels des médias ont évoqué le rapport de l’ONG Journaliste en danger – JED- produit lors du premier mandat de Felix-Antoine Tshisekedi, au cours duquel au moins cinq journalistes RD-congolais ont perdu la vie. Un autre rapport de JED, soulignent les professionnels des médias, a indiqué que depuis le début du deuxième mandat de Tshisekedi, au moins trois journalistes ont été emprisonnés.
À titre exemplatif, l’on a cité le nom du journaliste Stanis Bujakera arrêté puis jeté à la Prison centrale de Makala sous le régime actuel. Patrick Lokala a aussi été arrêté et brutalisé comme un voleur devant sa femme et ses enfants toujours sous le même régime. Lors de ce rendez-vous sacré pour la presse, le Chef de l’Etat Félix-Antoine Tshisekedi a émis une mise en garde contre les risques de la désinformation qu’il a qualifiée de «redoutable arme» dans un pays en proie à une guerre d’agression. Il a invité les journalistes RD-congolais à faire preuve de responsabilité et de conscience professionnelle. Ils les a encouragés à combattre la manipulation de l’information en menant des
enquêtes, en rétablissant les faits et en éduquant les citoyens sur l’importance de leur histoire et de leur souveraineté. «La liberté d’informer est sacrée, mais elle exige plus que jamais rigueur, éthique etloyauté envers la vérité et l’intérêt supérieur de notre peuple. Mesdames et messieurs, dans un pays en proie à une guerre d’agression, la désinformation devient alors une arme redoutable. Face à cela, que peut faire le journaliste congolais? Il peut résister, il peut enquêter, il peut rétablir la vérité, il peut rappeler aux RD-Congolais que la dignité d’un peuple commence par la maîtrise de son histoire, par la souveraineté de sa parole et par la défense de ses intérêts vitaux», a exhorté le Président de la République.
La déclaration du président du CSAC a suscité beaucoup de questionnements surtout quand on sait que la RD-Congo est classé 130ème pays sur les 180 en termes de la liberté de presse, selon les rapports de l’organisation internationale Reporter sans frontières. Sur le plan national, les différents rapports de JED sont parfois effrayants et éloquents. Cette ONG indique qu’en novembre 2023, plus de 500
atteintes contre la presse dont 5 journalistes tués durant le premier mandat du Président Félix-Antoine Tshisekedi.
D’ailleurs, sur sa page Facebook, l’ONG JED a clairement écrit: “Le rapport-bilan de la liberté de la presse sous Félix Tshisekedi met également en exergue les cas des journalistes tués ou portés disparus, particulièrement dans les provinces de l’Est de la RD-Congo en proie à la violence des groupes rebelles. Au moins 3 journalistes ont été tués au cours de l’année 2021, et un journaliste porté disparu depuis décembre 2020, après avoir été enlevés par des miliciens.
Il s’agit de Héritier Magayane, journaliste de la RTNC, station locale de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu, qui a été tué, le 8 août 2021, à l’arme blanche par un groupe d’hommes non autrement identifiés; Barthelemy Kubanabandu Changamuka, journaliste de la Radio communautaire de Kitshanga -CORAKI FM- émettant à Kitshanga, une localité de la province du Nord-Kivu, était assassiné, le 9 mai 2021, dans l’enclos de son domicile par deux hommes armés en tenue civile.
De même que Joël Mumbere Musavuli, directeur de la Radio communautaire Babombi, émettant à Biakato, chefferie de Babombi, territoire de Mambasa, dans la province de l’Ituri, ainsi que son épouse étaient attaqués, le 14 août 2021, par un groupe d’hommes non autrement identifiés. Le journaliste a succombé de ses blessures tandis que sa femme était grièvement blessée. Un autre cas, c’est celui de Bwira Bwalite, directeur de la radio communautaire de Bakumbole, station émettant à Kalembe dans le territoire de Wilikale qui était enlevé par des hommes armés. En réalité, ces genres de cas sont légions. Evoquant d’autres exemples concrets de l’année 2024, JED a également parlé du journaliste Edmond Bahati assassiné dans la soirée du 27 septembre 2024, alors qu’il rentrait chez lui dans le quartier Ndosho, commune de Karisimbi.
Toujours dans le lot des exemples concrets, JED a rappelé que la décision du CSAC interdisant aux médias et aux journalistes de traiter et de diffuser toute information sur les forces rebelles sans s’en référer aux sources officielles a été prise en violation des textes du CSAC et dévoile la partialité de cet organe de régulation dont une des missions essentielles est de protéger la liberté de presse.
Pour JED, la multiplication des actes et déclarations decriminalisation des journalistes et de remise en cause de la liberté d’expression enregistrés depuis le début du nouveau mandat de Tshisekedi, traduisent une volonté politique de rétrécissement des espaces de liberté d’expression pour les médias libres et indépendants. A lire avec une attention soutenue les rapports de JED, la liberté d’expression est encore loin de gagner une place de choix dans l’espace médiatique RD-congolais comme en témoignent de nombreux cas de violations de liberté d’expression évoqués ci-haut.

