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Guerre en RDC: Suminwa sonne le tocsin, Bandundu-ville mobilisée

Bandundu-ville, la capitale de la province du Kwilu, aura vécu un dimanche mouvementé ce 16 mars. Commerces fermés mais circulation monstrueuse à Baning-ville, petit nom de cette ville miroir de l’espace grand-Bandundu, qui s’est réveillée dans la fièvre de l’arrivée de la Première ministre Judith Suminwa. Dès les premières heures du matin, des foules se sont amassées, prenant, en petites délégations, la direction de l’aéroport national de Bandundu-ville, pour accueillir la cheffe du gouvernement. Après de longues heures d’attente et d’ambiance, l’avion transportant la PM a finalement atterri, peu après 12 heures. Honneurs militaires et passage des troupes en revue, la Première ministre a tout de suite pris la direction du camp ONATRA, à l’intersection des communes de Mayoyo et Disasi, où elle a tenu son meeting.

Passage des troupes en revue

Dans ce serpent humain, difficile de se frayer un chemin. Judith Suminwa est obligée d’avaler plusieurs centaines de mètres à pied, avant de retrouver son véhicule plus loin, comme une vraie cheffe de guerre, prête à mobiliser les troupes. Chants, danses, calicots, Bandundu a prévu la totale pour la Première ministre. Au lieu du meeting, Suminwa a tout de suite dévoilé le but de sa mission: la connexion au front populaire contre l’agression rwandaise. Le 3 mars, ce front a été lancé à Kinshasa, sous le label de la campagne «Congolais Telema», et la Première ministre avait décidé de prendre la tête de la mobilisation.

Appel aux jeunes de s’enrôler volontairement dans l’armée

Deux semaines après la capitale, et le Kongo Central, le grand Bandundu est la deuxième étape du front populaire dans les provinces. La population de Baning-ville a tout de suite promis son adhésion. «Nous allons tous nous battre», a scandé, en chorus, la foule compacte venue à la rencontre de Suminwa. Galvanisée, la Cheffe du gouvernement a rappelé que l’armée rwandaise occupe des vastes pans du territoire national, y compris les villes de Goma et Bukavu.

Une foule compacte est venue à la rencontre de la Première ministre

«Quand on se blesse au doigt, c’est tout le corps qui souffre. L’ennemi veut à tout prix nous ravir une partie de notre territoire, nous ne pouvons pas cautionner cela. Chaque Congolais doit se lever pour barrer la route aux ennemis. Cela nous concerne tous», a mobilisé Suminwa, appelant en même temps les jeunes à rejoindre l’armée.

Salaires des militaires doublés

La campagne «Congolais Telema» est surtout un appel à la mobilisation générale. «On peut défendre le pays de plusieurs manières. Les jeunes qui se sentent capables peuvent rejoindre l’armée pour combattre», a-t-elle exhorté. Une autre manière de barrer la route à l’ennemi, a poursuivi la Première ministre, est de soutenir l’effort de guerre. Ici, la cheffe du gouvernement a fait de grandes annonces. Si le gouvernement a montré la voie en contribuant avec plus d’un milliard de francs congolais, les caisses ont explosé aujourd’hui, surtout avec la contribution des entreprises privées. «A ce jour, nous avons atteint l’équivalent de 20 millions de dollars américains», a-t-elle révélé. Ces fonds sont logés dans des comptes dédiés, ouverts par le ministre des Finances.

La longue procession de Suminwa à Bandundu-ville

Pour une meilleure mobilisation, le gouvernement entend communiquer davantage autour de ces numéros de comptes pour permettre à chaque RD-Congolais de contribuer. «Vous pouvez le faire avec ce que vous avez. Ce n’est pas obligatoire. Ce sont des contributions volontaires, nous le faisons par amour pour notre pays», a précisé Suminwa. Avec cet effort de guerre, le gouvernement compte notamment améliorer les conditions des militaires et policiers. Déjà, une avancée est actée, la cheffe du gouvernement a réservé la primeur à la population de Bandundu-ville.

«Nous voulons avoir une armée et une police disciplinées, formées et prises en charge. Pour cela et sur instruction du président, tout militaire et tout policier verra son solde être multiplié par deux dès la paie de mars», a annoncé la PM.

En plus des salaires doublés, le gouvernement va également accorder une «prime spéciale de guerre» aux militaires envoyés au front. «Il ne faut pas que le militaire au front se soucie de la situation de sa famille. Nous faisons tout pour assurer leurs retraites et leurs prises en charge médicales», a-t-elle poursuivi. Des annonces qui ont fait la joie de la population. Sabana Mpia, une épouse militaire, s’est réjouie de l’amélioration du salaire de son mari. Avec le traitement actuel, ce soldat de rang n’arrivait pas à nouer les deux bouts du mois.

La sécurité avant le développement

Si l’annonce est accueillie avec enthousiasme, l’argent n’est pas cependant la motivation première de ces jeunes venus en masse et prêts à s’enrôler dans l’armée. «C’est bien de mettre les militaires dans de bonnes conditions. Mais nous n’avons pas décidé de nous enrôler pour l’argent. Nous allons le faire pour la patrie parce que nous n’avons que ce Congo. Si les autres ont plusieurs nationalités, pas nous», a réagi à chaud un jeune prêt à mouiller le maillot pour la cause nationale.

Comme lui, ils ont été des centaines à afficher leur volonté à intégrer l’armée. «Ce n’est pas obligatoire, c’est volontaire», a précisé la Première ministre, comme pour tordre le cou aux mauvaises langues de ces dernières semaines. Dans la foulée, Suminwa a évoqué la situation sécuritaire dans l’espace Bandundu qui reste tout aussi préoccupante alors que le phénomène Mobondo terrorise les populations.

A ce sujet, la Première ministre a rassuré de l’engagement de son gouvernement à tout mettre en œuvre pour en finir une fois pour toute. Aussi, elle a appelé les populations à dénoncer toute complicité connue pour faciliter la tâche au gouvernement. «Dénoncer ne signifie pas se rendre justice. Il faut respecter l’ordre institutionnel, nous sommes un État de droit», a-t-elle nuancé.

Dans une ville presqu’enclavée, la cheffe du gouvernement a placé la sécurité comme priorité des priorités, sans oublier cependant les aspects de développement. Elle a profité de son meeting pour annoncer la reprise imminente des travaux de réhabilitation de la route nationale n°17 qui va de la RN1 à Bagata, en passant par Bandundu-ville.

«Les travaux ont été un temps suspendus suite à l’insécurité. Un employé chinois a été tué. Nous nous attelons à améliorer la sécurité afin de poursuivre le développement», a rassuré Judith Suminwa, précisant que les fonds vont être disponibilisés dans le cadre du programme sino-congolais, renégocié il y a quelques mois avec l’apport de l’Inspection générale des finances -IGF.

A Bandundu-ville, le message de la Première ministre a visiblement trouvé une terre fertile. Patrick Mitete, ministre provincial des Finances et de l’éducation au Kwilu, n’a pas caché sa «joie immense» face à la volonté du gouvernement national d’accompagner le développement du Kwilu. De son côté, Matampo Mbona, président des chefs coutumiers du territoire de Bagata, a salué le message de la PM, arrivé à point nommé. «Si nous avons la paix, nous pourrons amorcer le développement. Nous voulons la fin de cette guerre», a-t-il souhaité.

La longue journée de Judith Suminwa à Bandundu-ville s’est poursuivie jusque tard la nuit. Elle anotamment présidé un conseil provincial de sécurité élargi, avant d’accorder des audiences aux autorités politiques et aux forces vives de la province. Après la capitale du Kwilu, elle est attendue ce lundi à Kikwit, deuxième ville de la province, pour y apporter le même message de mobilisation générale.

WIDAL

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