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Guerre dans l’Est : Kinshasa entreprend d’ôter à Kagame l’alibi «FDLR»

A l’aurore du deuxième mandat de Félix Tshisekedi, le décor du quinquennat est en train d’être planté, avec un fort accent sur la sécurisation et la pacification de la RD-Congo, principalement dans sa partie orientale, écumée par des guerres interminables depuis trois décennies. Le quinquennat qui débute sera surtout celui de la «bataille pour obtenir la souveraineté». C’est l’avis de Samy Adubango, vice-ministre de la Défense, qui a représenté le VPM Bemba à la journée de réflexion organisée le jeudi 4 avril par le Mécanisme national de suivi de l’accord-cadre d’Addis-Abeba -MNS- au Collège des hautes études stratégiques et de la défense -CHESD- de Kinshasa. Cette journée s’est articulée autour de la question des  Forces démocratiques pour la libération du Rwanda -FDLR. Objectif: «ôter à Kagame l’alibi ‘FDLR’ comme prétexte de l’invasion du territoire RD-congolais». Selon le professeur Alphonse Ntumba Luaba, coordonnateur du MNS, cette journée a surtout permis «d’inaugurer un partenariat réflexif». Pour le professeur Alphonse Ntumba Luaba, il s’agissait également de fédérer les forces nationales concernées par la question et faire «cesser la tendance à travailler en ordre dispersée». Dans l’entendement du MNS, toutes les structures concernées doivent prendre «l’habitude de se concerter dans les préparatifs des réunions et des grandes rencontres mais aussi dans le suivi».

Trente ans, c’est le temps qui s’est écoulé depuis le génocide rwandais et l’exode massif des Hutus qui ont traversé pour occuper des terres congolaises, marquant la genèse de ces FDLR. Depuis, ces «rebelles rwandais» ont servi, à plusieurs reprises, de prétexte pour la traversée de l’armée rwandaise du côté RD-congolais de la frontière pour, officiellement, traquer les FDLR.

Longtemps spectateur de ces violations de son intégrité territoire, Kinshasa entend affronter Kigali sur tous les fronts désormais. Du diplomatique au médiatique, en passant par le juridique et le militaire, l’administration Tshisekedi ambitionne de clouer Kagame au pilori. La rencontre de jeudi a été également l’occasion pour les participants, triés sur le volet parmi la crème des corps impliqués -Justice, Affaires étrangères, Intégration régionale, MNS, Armée…-, d’apporter leur «contribution» sur le communiqué résultant de la dernière réunion de Luanda entre les ministres RD-congolais et rwandais des Affaires étrangères autour de leur homologue rwandais. Dans les conclusions finales, le Rwanda avait notamment suggéré à la RD-Congo de «neutraliser» ces «rebelles». Une recommandation vite balayée par Ntumba Luaba pour qui les FDLR représentent, 30 ans après, une vraie coquille vide et «ne sont même plus capables de tenir une arme et de tirer». La majorité de ces FDLR sont «affaiblis par le poids de l’âge et les maladies osseuses», dont l’arthrose et le rhumatisme notamment. «Il y a maintenant une troisième génération qui s’est probablement convertie à autre chose», a expliqué le professeur Ntumba Luaba, mettant au défi le Rwanda de fournir, «s’il dispose des données», les estimations et les localisations des FDLR.

Ces 30 dernières années, la RD-Congo a également œuvré pour rendre inopérationnels les FDLR, une question «en lien direct avec toute la dynamique internationale». La réflexion initiée par le Mécanisme national de suivi a également permis de faire le point de ce qui a été fait et de ce qu’il reste à faire. «Nous croyons que nous avons beaucoup fait et que le Rwanda ne doit pas utiliser le prétexte ou l’alibi des FDLR pour continuer à déstabiliser l’Est de la RD-Congo. S’il y a des choses qu’il reste à faire, nous le ferons ensemble et nous ne voyons pas en quoi cela constitue la seule responsabilité de la RD-Congo parce que les FDLR sont avant tout et surtout des citoyens rwandais», a fait observer le coordonnateur du MNS, rappelant au passage le contexte de l’arrivée de ces «réfugiés» sur le territoire RD-congolais: «Leur présence n’a pas été désirée par la RD-Congo, il lui a été imposé. Il y a donc une grande responsabilité de la Communauté internationale aussi».

Désormais à Kinshasa, la tendance est d’appeler à un «dialogue inter-rwandais» pour régler cette question rwando-rwandais. Cette initiative passe notamment par le rapatriement des FDLR vers le Rwanda. «Ils ont vocation à retourner et ont le désir de rentrer chez eux. Ils ont une patrie. On doit leur procurer l’occasion de rentrer -en ouvrant- un couloir de retour, -tout en leur donnant- la possibilité de pouvoir dialoguer et se retrouver chez eux pour y vivre paisiblement», a exhorté Ntumba Luaba, ancien Secrétaire exécutif de la Conférence internationale pour la région des grands lacs -CIRGL.

En parallèle à cette démarche intellectuelle, le MNS a salué la voix diplomatique enclenchée pour mettre fin au conflit, notamment à travers le processus de Nairobi avec le Kenyan Uhuru Kenyatta comme médiateur et la feuille de route de Luanda, sous la médiation de l’Angolais Joao Lourenço.

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