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La grande figure de Badibanga

Samy Badibanga Ntita, Premier ministre issu de l’accord du 18 octobre 2016, a fait 105 jours au pouvoir. Il a rendu sa démission vendredi pour permettre au pays de mettre en oeuvre l’accord de la Saint Sylvestre que la médiation de la CENCO a échoué à faire aboutir. Quelle grandeur! Pas évident que quelqu’un d’autre à sa place, un Premier ministre d’un gouvernement assis sur des bases juridiques solides, notamment l’ordonnance présidentielle convoquant le dialogue de la Cité de l’Union africaine, la Résolution 2277 du Conseil de sécurité et l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, accepte de partir au profit d’un successeur issu d’un compromis politique, hélas sans socle légal.
Pour comprendre cette grande figure, il faut trouver l’explication dans la noblesse et l’esprit républicain qui habitent Badibanga, fils de Samuel-Léon Badibanga, ancien sénateur élu à l’issue de toutes premières élections démocratiques post indépendance en 1960, ancien ministre dans le gouvernement Adoula.
Son seul mérite n’est pas de porter le patronyme Badibanga. L’explication est aussi à trouver dans le sens aigu de l’anticipation de l’ancien conseiller spécial d’Étienne Tshisekedi et sa bonne lecture du jeu sociopolitique.
À l’UDPS, il avait compris avant tout le monde que l’intérêt du pays prime sur toute autre considération égoïste.
En 2012, alors que le parti avait interdit à tous les députés UDPS de siéger à l’Assemblée nationale au motif que Étienne Tshisekedi avait annulé les élections, il avait eu le courage de voir le président de l’UDPS pour lui dire que le mandat de député est non impératif. Il était d’avis que nul ne pourrait s’opposer à l’aspiration d’un élu de remplir un mandat populaire et s’était fait le devoir de conduire ses collègues indépendants d’esprit sur le chemin de la liberté en allant, avec eux, poursuivre la lutte démocratique au sein des institutions. Dans ce groupe, un certain Nkombo Kisi, le président du bureau provisoire de la chambre basse, le même qui a installé l’actuel bureau et donné le coup d’envoi de la législature en cours.
Pendant ce temps, Félix Tshisekedi, fils biologique du lider maximo, s’était illustré par une étrange duplicité: il percevait, sans siéger, à l’insu de son père et des combattants, les émoluments jusqu’à son invalidation en juin 2013. À l’instar de son neveu, Eugénie Tshika wa Mulumba, jeune soeur du feu Etienne Tshisekedi, députée de Kabeya Kamwanga, perçoit tous ses émoluments. Elle a eu également droit à un crédit véhicule, à des ordres de mission et des autorisations signés par le Bureau Minaku. Pourquoi bénéficier ainsi de l’argent du contribuable sans avoir travaillé? Où est passée la probité morale et intellectuelle?
Entre temps en 2013, Badibanga et le groupe parlementaire UDPS et Alliés avaient arraché le poste de rapporteur de la Commission électorale nationale indépendante -CENI-, une fonction clé au sein de l’appareil électoral en RD-Congo, aussitôt proposé à Félix Tshisekedi. Ce dernier l’avait accepté devant les députés du groupe parlementaire UDPS et Alliés réunis à Kinshasa avant de faire volteface dans la presse. «Papa n’en voulait pas», avait-il prétexté.
Tel un éclaireur, Badibanga avait compris tôt l’intérêt pour l’UDPS de participer à la prise des décisions à la CENI. Mais le parti s’est réveillé, comme toujours, en retard. C’est seulement à la faveur des négociations directes de la CENCO que Pétunias, par le truchement du Secrétaire général Jean-Marc Kabund, a entrepris de réclamer le fauteuil du rapporteur obtenu, du reste, par les exclus.
Badibanga a montré la voie dans d’autres occasions. Il avait négocié et obtenu la rencontre Hollande-Tshisekedi en marge du Sommet de la Francophonie en 2012 à Kinshasa. On l’avait retrouvé dans les équipes du parti chargées de prendre des contacts secrets avec le Pouvoir à Ibiza en Espagne, à Venise en Italie et dans d’autres villes européennes.
Infatigable, il n’avait pas dérogé à sa mission quand était venu le moment d’officialiser le dialogue avec le Régime. En s’inscrivant contre le schéma du renversement de l’ordre institutionnel et du chaos prôné par ses amis de l’Opposition en 2016, il a largement contribué à sauver le pays à un moment crucial de son histoire, contre un saut dans l’inconnu.
À la tête du gouvernement, alors que son poste était mis en jeu, il n’a pas tremblé et s’est plutôt consacré au travail avec abnégation. Résultats: des performances, 5,9 milliards CDF de bonus en janvier et 3,6 milliards en février 2017 dans le domaine des finances publiques alors que son prédécesseur lui avait légué un cadeau empoisonné. Tenez: 500 millions USD de déficit au 31 décembre 2016, 750 millions USD des réserves d’importations contre 1,800 milliard USD hérités du gouvernement Muzito et des effets néfastes du recours à la planche à billets, notamment l’inflation, la flambée des prix et la baisse du pouvoir d’achat de la population. Tout ça sans un seul programme avec le FMI et la Banque mondiale. Badibanga, c’est cet homme qui a contribué à croire en la capacité de la RD-Congo de renouer avec l’organisation des élections. Pour preuve: il a doublé le budget alloué à la Centrale électorale de 20 milliards à 40 milliards Cdf le mois. Ce financement sur fonds propres a permis de poursuivre l’enrôlement des électeurs dans les aires 1 et 2 avec l’atteinte de la crête de 21 millions délecteurs. La place qu’il a occupée pendant 100 jours est aujourd’hui convoitée par les ultras de l’UDPS, Félix Tshisekedi en tête, après avoir réalisé en retard le caractère incontournable de la gestion consensuelle du pouvoir en RD-Congo, prêts à siéger avec Kabila qu’ils présentaient il y a peu comme un diable. Seuls les grands esprits peuvent le faire.
Aujourd’hui, pour permette à la République Démocratique du Congo d’avancer et appliquer l’accord du 31 décembre dédié à l’organisation des élections, Badibanga a l’élégance de s’en aller. Qu’on le veuille ou non, il en sort encore plus grand et restera pour l’UDPS et le pays un exemple d’homme d’Etat.

Achille Kadima Mulamba
Hugo Robert Mabiala

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