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Ghadeer SARL, un véritable enfer pour les travailleurs

Ghadeer SARL aujourd’hui devenue dans certains coins Congo Trading ou Congo Plus n’est pas que dans le commerce général comme l’indique son objet social. Depuis un temps, cette entreprise, comptée parmi les grosses boîtes indiennes implantées en RD-Congo, s’illustre malheureusement dans l’industrie du crime, allant jusqu’à poser des actes d’extrême cruauté sur ses travailleurs. La dernière victime en date, Amin Noorali Chunara, un sujet indien, ancien responsable du dépôt de la succursale de Ghadeer SARL à Kikwit, dans la province du Kwilu, accusé au départ d’avoir détourné 20 cartons de piles, puis d’USD 100.000. Enlevé, séquestré, frappé, humilié, torturé physiquement et moralement pendant près de 2 mois sous les ordres directs de Khwaja Dilawarhusen Alihusen, boss de l’entreprise, Noorali n’a eu la vie sauve que grâce à une intervention des services de sécurité faite au domicile et dépôt de son ancien patron situé à Limete-Kingabwa où il a été découvert agonisant. Certains de ses bourreaux ont été appréhendés, d’autres toujours en fuite.
L’opinion était habituée à entendre souvent parler des violences commises par les sujets indiens sur leurs travailleurs RD-congolais. Mais depuis quelques jours, au Parquet général de la Gombe, l’affaire Amin Noorali Vs Khwaja Dilawarhusen Alihusen scandalise tant la communauté RD-congolaise que la communauté indienne toute entière. L’affaire remonte au soir du dimanche 30 octobre 2016, date à laquelle Amin Noorali Chunara, à l’époque responsable du dépôt l’agence Ghadeer à Kikwit, s’est vu arrêté par ses collègues et compatriotes, en suite embarqué à destination de Kinshasa, au motif que l’audit improvisé a révélé un manquant de 20 cartons de pile de marque «Tiger».
Pendant deux jours, le désormais ex-gérant du dépôt est fait prisonnier dans l’un de dépôts à Kikwit. Selon son récit, ses bourreaux ont tenté à plusieurs reprises d’extorquer sa signature. «Je me souviens seulement avoir aperçu un chiffre d’USD 100.000 sur ces papiers qu’on m’obligeait de signer», témoigne la victime. Mais c’est seulement en route vers Kinshasa qu’il va comprendre que son arrestation n’a rien de professionnel. En effet, depuis que ce jeune indien s’était décidé de se marier à une femme RD-congolaise, il s’était attiré la colère de ses patrons, fervents défenseurs des valeurs prétendument indiennes et farouchement opposés à ce mariage entre un Indien et une RD-Congolaise.
Crime d’honneur!

Son refus de signer ledit document va pousser ses bourreaux à l’amener à Kinshasa où il sera conduit directement à Kingabwa au domicile et dépôt de Khwaja Dilawarhusen Alihusen qui, assisté de ses 3 frères dont Khwaja Mahmadmunir Zulfikar, Khwaja Tofikhusen Zulfikar et Khoja Gulamali Anvrali, respectivement n°2 et n°3 de la société, vont lui infliger un interrogatoire qui s’est soldé par un passage à tabac et des in jures grossières. Affaibli physiquement, il se fait extorquer la signature, croyant peut-être que cela sonnerait la fin de son calvaire. Niet! Désormais coupé du monde entier, enfermé dans une toilette et humilié chaque jour, Noorali n’a plus que ses yeux pour pleurer. «Moi et ma famille étions quotidiennement menacé de mort.
Alors que je suis enfermé dans une toilette depuis le 02 novembre 2016, Shabib, un indien qui me surveillait, va décider de quitter la RD-Congo, craignant d’être la prochaine victime. Comme si cela ne suffisait pas, le 04 novembre 2016, vers 19 heures, de Khwaja Dilawarhusen Alihusen et son frère vont m’embarquer dans le coffre de leur jeep et vont m’obliger de signer un autre document. Profitant de leur inattention, je réussis à m’en fuir avant de me faire arrêter par un policier suite aux cris d’au voleur poussés par mes bourreaux. Après que je lui aie sommairement expliqué les faits, ce dernier décide qu’on aille au poste de la Police. Là, un certain responsable de la Police répondant au nom de Jules décide de me remettre entre les mains de mes bourreaux, accompagné de leur avocat, un certain Me Jean-Marie Michel», témoigne en larmes Noorali qui demande que justice soit faire. Et d’ajouter: «le 04 novembre 2016, ils se décident finalement de me transférer dans une nouvelle cellule, la cuisine. Là, je vivais à peine du pain et de l’eau.
Et lorsque je tombe gravement malade, c’est en vain que je sollicite de recevoir des soins appropriés. Je devais me contenter de quelques produits qu’ils m’administraient. Inquiet par mon silence prolongé, ma famille va finalement contacter l’ambassade de l’Inde en RD-Congo. Invités à deux reprises à l’ambassade, mes bourreaux m’obligent d’accepter que j’avais volé l’argent de la société». Les faits relatés inspirent l’horreur. On se croirait dans un film tourné à Boliwood, alors qu’on est en plain Kinshasa, capitale de la RD-Congo. «J’ai malheureusement confirmé les propos de mes patrons affirmant que j’avais volé leur argent, dans l’objectif d’échapper au supplice. Rien! C’est finalement le 08 janvier 2017 que tout va basculer, lorsqu’un travailleur réussit à me donner un téléphone à l’insu de mes bourreaux. Grâce à mon appel, ma femme a réussi à alerter les agents des sécurités qui sont vite arrivés et m’ont trouvé agonisant. Et c’est seulement le 10 janvier 2017 que j’ai recouvré ma liberté après audition au siège des services de sécurité», assène Amin Noorali qui porte encore les traumatismes de cette barbarie.
Le bout du tunnel
A ce jour, les prévenus Chatula Shannawaz Husenali alias Jamaica et Sameer Khoja, complices de la famille Khwaja, ont été arrêtés et sont sous mandat provisoire du Parquet général de la Gombe. Les faits retenus à leur charge sont très graves. Ils sont poursuivis entre autres pour enlèvement, arrestation arbitraire, détention illégale, extorsion et torture. L’affaire est prise en délibéré en chambre du conseil en appel au Tribunal de grande instance de la Gombe depuis le 03 mars 2017. Les frères Khwaja, recherchés par la justice, sont toujours en fuite. Contacté par «AfricaNews», le cabinet Kibuka qui assure la défense d’Amin Noorali par l’entremise de maîtres Maketi Trésor et Pupu Benjamin s’est abstenu de tout commentaire, se refugiant derrière le secret d’instruction. Au sein de la communauté indienne vivant à Kinshasa, l’émoi est total. L’atrocité infligée à ce jeune indien par la fameuse famille Khwaja est sans précédent. Si en Inde, les crimes d’honneur souvent motivés par la guerre des classes sociales ne sont pas punis, en RD-Congo, ils constituent des faits graves et sévèrement punis par la loi.
YA KAKESA

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