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Exclusif. Graves accusations à charge de Matata

Agents et cadres de la compagnie aérienne en liquidation -contre l’avis du Sénat- passent à l’attaque et dénoncent quelques interventions du Premier ministre qu’ils considèrent comme des actes de torpillage des intérêts de leur entreprise
Les réponses du Premier ministre consacrées à la situation de Lignes aériennes congolaises -LAC SARL- dans le cadre de la question orale avec débat sur le niveau d’exécution du programme d’action du gouvernement 2012-2016 a obligé le personnel de la compagnie aérienne nationale forcée à la liquidation à monter au créneau à travers une lettre à Matata Ponyo dont AfricaNews a reçu une copie en exclusivité. Un autre son de cloche. Il sonne comme des graves accusations à charge du Premier ministre soupçonné, preuves à l’appui, de torpiller les intérêts de LAC-SARL depuis l’époque où il était ministre des Finances. Les travailleurs de LAC-SARL citent à ce sujet quelques partenariats conclus parmi tant d’autres tels que LAC-SALENA, LAC ou AVIC INTERNATIONAL HOLDING, gelés par l’actuel chef du gouvernement. Ils regrettent d’avoir ainsi raté l’occasion d’acquérir une dizaine d’avions et d’autres opportunités susceptibles de permettre la relance des activités de la compagnie.
Lettre ouverte au Premier ministre
Les Agents et Cadres de Lignes Aériennes Congolaises, LAC-SARL ont suivi avec une attention soutenue la réplique du Premier ministre du Gouvernement de la République, vendredi 22 avril 2016, aux préoccupations soulevées par la Représentation nationale à la suite de la question orale avec débat du Député Crispin Mbindule.
Dans sa déclaration, le Premier ministre a donné les raisons qui ont motivé son Gouvernement à procéder à la liquidation de LAC-SARL. Dans le souci de rétablir la vérité, et rien que la vérité dans les faits, les Travailleurs de LAC-SARL réunis au sein du Collectif dénommé «Défense des droits des Agents et Cadres de Lignes Aériennes Congolaises», DAC-ONG en sigle, adressent la présente lettre ouverte au Premier ministre.
1. Sans revenir aux aspects juridiques de cette démarche et aux irrégularités et illégalités notoires de la procédure utilisée, les Agents et Cadres de LAC-SARL constatent qu’une fois de plus, le Premier ministre a été certainement induit en erreur par ses Services. Car la réalité objective est toute autre.
2. Fallait-il dissoudre LAC-SARL ou au contraire la réhabiliter? Telle est certainement la question qui était posée. Pour répondre à cette interrogation, un diagnostic sans complaisance aurait dû être posé au niveau des Services de la Primature sur la situation réelle de l’Entreprise, les causes profondes de son inopérabilité, enfin les solutions qui s’imposaient, en dehors des analyses pertinentes réalisées précédemment, notamment par le Conseil Supérieur du Portefeuille -CSP-, le Comité de Pilotage de la Réforme des Entreprises Publiques -COPIREP-, les Inspecteurs des Finances dépêchés par la Présidence de la République, etc. dont les conclusions et les recommandations pertinentes sont aux antipodes des choix opérés par lui.
3. Contrairement aux allégations du Premier ministre, le Gouvernement de la République dont faisait partie le ministre des Finances Augustin Matata Ponyo, s’appuyant sur les Lois relatives à la transformation des Entreprises Publiques, a retenu LAC en 2009 parmi les Entreprises Publiques qui devaient être transformées en Sociétés commerciales dans le secteur de transport -Décret n° 09/12 du 24 avril 2009 établissant la liste des Entreprises publiques transformées en Sociétés commerciales, Etablissements publics et Services publics signé par le Premier Ministre Adolphe Muzito et la ministre du Portefeuille Jeannine Mabunda Lioko. Toutes ces Entreprises Publiques admises à la transformation bénéficiaient de la protection de la Loi contre toute velléité de la liquidation jusqu’au 31 décembre 2015.
4. Au même moment, le Gouvernement de la République a établi une liste des Entreprises Publiques en état de cessation de paiement et/ou dont les activités économiques ne se justifiaient plus et qui devraient être dissoutes et mises en liquidation -Décret n° 09/13 du 24 avril 2009 portant dissolution et liquidation de quelques Entreprises Publiques signé par le Premier ministre Adolphe Muzito et la Ministre du Portefeuille Jeannine Mabunda Lioko. La Société Lignes Aériennes Congolaises, LAC n’en faisait pas partie.
5. Durant cette période de transformation, LAC était parmi les premières compagnies à avoir complètement assaini sa situation financière, comme en témoigne le rapport du Conseil Supérieur du Portefeuille du 1er septembre 2014.
6. Il faudrait aussi signaler l’acte hautement patriotique à nul autre pareil posé par les Travailleurs de LAC-SARL qui, pour donner à l’Entreprise toutes les chances de se relancer, ont accepté de renoncer à 85% de leurs arriérés de salaires et créer ainsi les conditions nécessaires à l’attraction d’investisseurs et partenaires potentiels.
7. Du point de vue Exploitations, LAC a acquis en 2010 sur fonds propres un premier Boeing 737-200 qui se trouve toujours opérationnel à la suite des travaux de révision générale subis à Perpignan en France, mais politiquement bloqué jusqu’à ce jour à l’aéroport international de N’Djili. Le deuxième Boeing attend toujours sa révision générale après avoir servi essentiellement aux transports d’Etat non rémunérés jusqu’aujourd’hui.
8. LAC-SARL a conclu de nombreux accords avec des partenaires crédibles pour assurer sa relance. Ces accords de partenariat n’ont pas connu un début d’exécution suite aux entraves multiples du Gouvernement pourtant censé protéger les emplois des Travailleurs congolais ainsi que les unités de production créatrices de richesses. Les Travailleurs de LAC-SARL citent en passant quelques partenariats conclus parmi tant d’autres tels que LAC-SALENA, LAC-AVIC INTERNATIONAL HOLDING, accords de coopération commerciale avec ETHIOPIAN AIRLINES, SOUTH AFRICAN AIRWAYS, KENYA AIRWAYS, etc.
9. L’Accord LAC-SALENA consistait en un partenariat matériel et financier qui devait permettre à LAC d’acquérir des avions de nouvelle génération, des matériels d’assistance au sol, la modernisation des ateliers techniques et la construction de nouvelles infrastructures techniques à l’aéroport de N’Djili, la gestion commerciale, etc. L’import total de ce partenariat avoisinait les USD 500.000.000. Cet accord a été torpillé au niveau du Gouvernement, et particulièrement du ministre des Finances Augustin Matata Ponyo qui a refusé de donner la garantie de l’Etat, unique propriétaire de l’Entreprise. Et pourtant, toutes les études, même au niveau du Gouvernement, ont conclu à la viabilité de ce projet.
10. L’Accord avec la Société d’Etat chinois AVIC INTERNATIONAL HOLDING d’un import de USD 157.000.000, -financement Exim Bank China- permettait à LAC l’acquisition de 08 avions court-courriers MA60 et 02 avions Y12, la formation en 03 ans ab initio de 30 pilotes congolais, de 48 techniciens congolais -mécaniciens et avionics, ingénieurs et techniciens supérieurs-, la modernisation des infrastructures et équipements techniques, la création d’un centre de maintenance des avions de fabrication chinoise volant partout en Afrique, la fourniture des équipements et le développement du centre de formation aux normes de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale -OACI- à N’Djili, etc. Que d’emplois directs et indirects créés par ce projet!
11. Le remboursement de ce crédit chinois devait s’opérer par les produits d’exploitation de LAC-SARL pendant 25 ans en dehors du compte du Trésor comme cela a été le cas dès 1970 pour l’acquisition par AIR ZAIRE de 02 DC-10-30 et 03 Boeing 737-200 grâce à l’appui d’Exim Bank USA. Ce crédit a été totalement apuré en 1978. A ce jour, LAC détient une créance de l’ordre USD 900.000 sur la firme américaine Boeing qui se dit prête à participer activement à la relance de la première Compagnie aérienne nationale de la RDC.
12. Ce projet ambitieux LAC-AVIC INTERNATIONAL HOLDING qui a obtenu l’aval et le soutien des plus hautes Autorités du pays en 2011, a été bloqué, malheureusement encore une fois, par le ministre des Finances Augustin Matata Ponyo, refusant de donner la garantie de l’Etat requise pour ce genre de transaction. Pendant ce temps, d’autres Entreprises Publiques présentant un bulletin de santé économico-financier plus que moribond, bénéficiaient et cela, jusqu’à ce jour, de toutes les sollicitudes du Gouvernement de la République avec des interventions au titre économique en millions de dollars Us. LAC-SARL n’a jamais bénéficié d’un quelconque apport financier du Gouvernement congolais depuis plus de 25 ans. La sagesse populaire ne dit-elle pas que lorsque l’on veut noyer son chien, on l’accuse de rage.
13. Par ailleurs, devant cette obstruction systématique de certains membres du Gouvernement aux apports extérieurs pour la réhabilitation et la relance de LAC-SARL, facilités pourtant accordées avec une célérité déconcertante aux autres Entreprises du Portefeuille en très mauvaise posture, la Compagnie aérienne nationale s’est résolue de puiser dans ses propres ressources par la réalisation de certains actifs non essentiellement liés à l’exploitation. A ce titre, une dizaine de biens du patrimoine ont été ciblés et leur réalisation pouvait rapporter USD 25 à 30.000.000. Dans leur affectation, le paiement des 15% d’arriérés de salaires devait être couvert par une dizaine de USD millions tandis que USD 20.000.000 devaient booster la réhabilitation et la relance de la compagnie.
14. Une fois de plus, le Ministre Augustin Matata Ponyo cumulant les fonctions de ministre des Finances et du Portefeuille -la Ministre Jeannine Mabunda Lioko ayant libéré son poste pour l’Assemblée nationale-, a ordonné l’annulation de la première vente réalisée et dont le résultat a servi à payer 10% d’arriérés du Personnel. Le ministre Augustin Matata Ponyo a donc bloqué sciemment le processus en limogeant, une fois devenu Premier ministre, le Comité de Gestion qui résistait aux injonctions irrationnelles d’un leadership dystonique, pour le faire remplacer par son homme de main et fils du même terroir.
15. Aux commandes de LAC-SARL, l’enfant de la coterie a reçu comme feuille de route de ne rien entreprendre qui puisse relancer, ni assurer la visibilité de la compagnie. C’est ainsi que malicieusement, tous ses efforts ont contribué à étouffer dans l’œuf tous les projets porteurs à la portée de LAC-SARL.
16. De son côté, le ministre des Transports et Voies de Communication s’est singularisé en faisant des déclarations tapageuses urbi et orbi sur la dissolution de LAC, au grand dam de sa collègue du Portefeuille ayant dans ses attributions la tutelle administrative et financières des Entreprises de l’Etat. Ces déclarations tapageuses et pernicieuses ont fait peur à beaucoup d’investisseurs potentiels et partenaires crédibles pourtant disposés à accompagner LAC-SARL dans sa phase de relance. Le ministre des Transports et Voies de Communication s’est même permis de s’interposer auprès d’une Banque commerciale de la place en vue de l’empêcher d’accorder des facilités de paiement à LAC-SARL. Ce montant devait servir à l’acquisition des matériels d’assistance au sol et améliorer la qualité des services rendus à la clientèle sur la plate-forme de N’Djili et dans les escales à l’intérieur du pays.
17. Dans la foulée, le ministre des Transports et Voies de Communication s’est investi dans la distribution à qui mieux mieux des droits de trafic et fréquences illimitées à certaines compagnies aériennes étrangères, privant ainsi la RDC d’importantes sources de recettes suite au non-respect du principe sacrosaint de la réciprocité. A ce jour, les accords de coopération commerciale conclus par LAC-SARL sont en train d’être résiliés suite aux injonctions irrationnelles de la hiérarchie dans l’unique objectif de priver LAC-SARL des sources de recettes substantielles.
18. Cet acharnement de certains membres du Gouvernement s’expliquerait par la peur de voir LAC-SARL faire ombrage à la nouvelle compagnie aérienne d’économie mixte totalement dépourvue d’infrastructures techniques de base, d’équipements et de matériels adéquats requis dans la profession au point de se saigner aux quatre veines dans des locations onéreuses des locaux et autres bâtiments. La liquidation de LAC-SARL demeure une idée fixe pour récupérer gratuitement son riche patrimoine tant convoité par tous et le céder au nouveau transporteur aérien.
19. Malheureusement, la voie suivie est aux antipodes des Lois tant nationales qu’internationales qui régissent la RDC. Et pourtant, partout ailleurs, les compagnies aériennes s’associent pour former de grands groupes en vue de mieux affronter le marché ainsi que la rude concurrence sur le plan international. La mise en place des stratégies communes est la source potentielle pour la réalisation des résultats probants. La politique d’étranglement du Gouvernement cause des dégâts incommensurables plutôt qu’elle n’est à la base de la création des richesses.
20. Le travail est un droit et un devoir pour chaque Congolais. L’article 36 de la Constitution est suffisamment explicite quant à ce. Les 1.600 Travailleurs de LAC-SARL ne méritent pas ces traitements cruels, inhumains et dégradants. Le Gouvernement doit prêcher par l’exemple en respectant scrupuleusement les jugements rendus par les Cours et Tribunaux, notamment la décision du Tribunal de Commerce du 03 mars 2016 interdisant au Comité de liquidation mis en place en violation de la Loi, de poser des actes de disposition sur le patrimoine de la Société Lignes Aériennes Congolaises, SARL jusqu’à l’examen du fond de cette cause. Il en est de même de l’arrêt rendu le 1er avril 2016 par la Cour Suprême de Justice, faisant office de la Cour de Cassation dans cette affaire.
21. Le Gouvernement de la République a tout intérêt à prendre en considération les recommandations pertinentes des Concertations nationales dont il émane en ce qui concerne la réhabilitation, la modernisation et la relance de LAC-SARL sans omettre les recommandations de la Chambre Haute du Parlement confirmant cette relance de la première Compagnie aérienne nationale de la RDC. Toutes les études sérieuses menées à divers échelons par des structures avisées ont démontré que la dissolution de LAC-SARL est plus onéreuse que sa relance. Lorsque le Premier ministre priorise le désintéressement de certains créanciers flous, notamment Me HENSH de la curatelle belge par rapport au paiement des Agents et Cadres de LAC-SARL pourtant créanciers privilégiés, cela ne fait l’ombre d’aucun doute que le Gouvernement n’est nullement disposé à respecter les prescrits de la Loi en matière de travail.
22. Les Agents et Cadres de LAC-SARL persistent et signent que leur compagnie qui détient d’importants atouts matériels et immatériels, peut être relancée à tout moment et revenir rapidement dans la profession pour autant que le Gouvernement enlève toutes ses entraves, dote l’Entreprise d’un management crédible, responsable et avisé et fasse montre d’une volonté politique sans faille. Les pistes de solution abondent.
Fait à Kinshasa, le 05 mai 2016
Le collectif des agents et cadres de lignes aeriennes congolaises, LAC-SARL

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