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En RDC, Mukoko renverse la donne: l’État devient créancier des pétroliers

Au terme du deuxième semestre 2025, la RD‑Congo a enregistré un retournement financier notable dans le secteur pétrolier aval: plus de 44 millions de dollars ont été certifiés en faveur du Trésor national au titre des Pertes et Manques à gagner -PMAG- imputables aux sociétés pétrolières opérant dans les zones Sud, Est et Nord du pays.

Le Comité de suivi des prix des produits pétroliers -CSPPP- a officialisé ces gains jeudi 19 février, clôturant la certification des résultats pour le troisième et le quatrième trimestre 2025.

Un succès chiffré et symbolique

Ces montants traduisent, selon le CSPPP, une nette amélioration dans la gestion des PMAG -ces écarts entre coûts déclarés et coûts réels qui, historiquement, ont souvent engendré des dettes latentes de l’État envers les opérateurs ou, inversement, des pertes non recouvrées pour le Trésor.

La certification opérée par le comité témoigne d’un contrôle plus rigoureux des paramètres économiques, d’un suivi renforcé des coûts et d’une plus grande transparence dans les échanges entre l’État et les compagnies.

«Nous sommes contents de ces résultats. Nous sommes dans un jeu gagnant‑gagnant. Les chiffres parlent d’eux‑mêmes. Nous pensons que les travaux doivent se poursuivre dans cet élan de transparence et de paiement rapide des PMAG», a commenté Joseph Twite Maloba, président de la Commission des hydrocarbures de la FEC/Haut‑Katanga, qui salue l’évolution du processus de calcul au nom des opérateurs.

Effet Mukoko: méthode, certification, résultat

Derrière ces chiffres, le rôle de la hiérarchie gouvernementale est centralisé autour du vice‑Premier ministre en charge de l’Économie, le Prof. Daniel Mukoko Samba. Depuis sa prise de fonctions, Mukoko a porté une politique axée sur la «vérité des coûts», la certification technique des paramètres et la transparence des données -une refonte du mécanisme tarifaire mise en œuvre en environ 18 mois.

Le coordonnateur du Comité de réglementation des prix des produits stratégiques -CRP- a salué ces orientations, rappelant que l’objectif affiché n’a jamais été de faire flamber les prix à la pompe, mais d’assainir le dispositif afin d’éviter l’accumulation de dettes publiques invisibles et de restaurer un équilibre financier entre l’État et les opérateurs privés.

La certification des gains en faveur du Trésor est, dans ce cadre, présentée comme le premier indicateur concret d’un basculement de système vers une rationalisation des dépenses publiques.

Des résultats portés par la zone Ouest

La dynamique est loin d’être homogène mais des signaux forts émergent. Ainsi, au quatrième trimestre 2025, la zone Ouest à elle seule a enregistré un gain certifié de plus de 22 millions de dollars, confirmant la tendance observée dans les autres régions.

Ces performances résultent d’une meilleure gouvernance du secteur: coordination accrue entre la Présidence, la Primature, les ministères de l’Économie, des Hydrocarbures et des Finances, et une collaboration plus étroite avec les acteurs privés.

Conséquences et enjeux pour les finances publiques

À court terme, ces recettes améliorent la position de trésorerie de l’État et réduisent la pression budgétaire liée aux subventions ou aux dettes non comptabilisées. À moyen terme, si la méthode est consolidée, la maîtrise des PMAG permettra d’anticiper les besoins budgétaires, de préserver le pouvoir d’achat et d’affiner la régulation des marchés.

Mais les experts interrogés soulignent les conditions de pérennisation de ces acquis: sécurisation des financements pour poursuivre les audits et les chantiers, mise en place d’un plan de maintenance et de suivi permanent, lutte continue contre le vol et la fraude, et renforcement des capacités techniques des équipes impliquées dans la certification. Sans ces garde‑fous, les gains pourraient s’émousser.

Vers une gouvernance plus transparente?

La trajectoire engagée en 2025 laisse entrevoir une volonté d’inscrire la réforme dans la durée: recours à des paramètres techniques certifiés, traçabilité accrue des données, et mise en réseau des institutions de contrôle. La SNEL, les douanes, les ministères sectoriels et la FEC sont appelés à maintenir ce dialogue technique afin que les ajustements ne restent pas ponctuels.

2025: une année charnière

Au final, 2025 apparaît comme une année charnière pour la gestion des subventions et des marges dans le secteur pétrolier RD-congolais. La certification de plus de 44 millions de dollars en faveur du Trésor n’est pas seulement une bonne nouvelle budgétaire: elle traduit une mutation dans les rapports entre l’État et les opérateurs, de la défiance à une relation davantage encadrée par des règles partagées. Reste la mise en pratique: transformer ces gains en ressources durables passe par la consolidation institutionnelle et la volonté politique de maintenir la pression sur la transparence.

Si ces conditions sont réunies, l’État, porté par l’agenda de Daniel Mukoko Samba, pourrait non seulement recouvrer des créances mais aussi instaurer des mécanismes qui évitent qu’un nouveau cycle d’arriérés ne se reconstitue. Le pari est lancé; les prochains trimestres diront si cette embellie financière se mue en réforme structurelle.

WIDAL

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