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Ebola: Kuvwatila, l’homme qui étrille Roger Kamba

Il s’appelle Serge Kuvwatila Kabasele. Mathématicien, spécialiste de didactique des mathématiques à Wits University à Johannesburg, il n’a pas l’habitude des plateaux télé. Il ne commente jamais la politique sanitaire. Mais c’est depuis l’Afrique du Sud, où il vit, qu’il vient de porter le coup le plus dur au ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévention, Samuel Roger Kamba. En cause: le briefing du 18 août à Kinshasa. L’heure est grave. Alors que le pays comptait déjà plus de 5.000 cas confirmés et plus de 2.300 décès liés au virus Ebola Bundibugyo après seulement 90 jours, soit une létalité proche de 47%, le ministre a voulu relativiser. Faire de la pédagogie, dit-on dans son entourage.

Devant les caméras, alors que le briefing est parmi les productions les plus suivies de la télévision publique, Roger Kamba a présenté le bilan: 5.021 cas, 2.378 morts en trois mois, faisant de cette 17e épidémie la plus meurtrière de l’histoire du pays. C’est neuf fois plus de cas que l’épidémie ouest-africaine de 2014-2016 à stade comparable. Puis cette sortie qui a tout fait basculer: «Congolais oui mais je voudrais rappeler que notre système de santé ne s’occupe pas que d’Ebola […] nous aurons plus de morts cette année par paludisme, par tuberculose, par VIH […] En réalité, au niveau international les risques sont très faibles».

Pour le Dr Kuvwatila, c’est un propos qui ne saurait passer. Dans sa lettre ouverte du 25 août qu’un bon vent a fait parvenir à AfricaNews, il ne parle pas en épidémiologiste, mais en Congolais. Et son réquisitoire tient en trois mots: indécent, irresponsable, méprisant. Indécent, d’abord, de comparer des morts comme on compare des lignes budgétaires. Ebola ne devient pas un feu de paille parce que le paludisme est un incendie. Irresponsable, ensuite. Pour un ministre de l’Hygiène et de la Prévention dont le travail est justement que le paludisme ne tue plus, se vanter qu’il tue plus qu’Ebola est un aveu. Cuba a éradiqué le paludisme.

Le ministre de la Santé de la République Démocratique du Congo, lui, le comptabilise encore pour minimiser une autre hécatombe. Méprisant, enfin. «Chaque fois que des Congolais meurent non pas de vieillesse, mais de maladies qui n’existent plus ailleurs, ceux qui sont fauchés ne sont pas des mouches, mais des personnes humaines dont la dignité bafouée devrait inciter au respect», étrille-t-il. Le timing est d’autant plus mauvais pour le ministre que le même 18 août, il dénonçait lui-même «15 à 20% de fictifs» parmi les agents payés pour la riposte et fustigeait «l’Ebola business», alors que des soignants en première ligne menaçaient de «libérer les malades» faute de salaire.

Difficile dans ce contexte de demander à la population de croire que tout est sous contrôle et que le risque est faible. Le Dr Kuvwatila, lui, ne demande pas la démission. Il rappelle un principe simple, oublié au ministère de la SPHP: la redevabilité. La vraie. Celle qui oblige un ministre non pas à commenter les morts, mais à les empêcher. Lisez plutôt le brûlot signé Kuvwatila. 

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