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Des humanitaires paient le prix fort à Goma après des tirs de drones, Muyaya réaffirme l’attachement de Kinshasa au respect du droit de la guerre et réclame une enquête

Un jour après la mort d’une humanitaire française et de deux civils fauchés par des frappes attribuées à des drones à Goma, le porte‑parole du gouvernement Patrick Muyaya a livré jeudi un discours à la fois pondéré sur la nécessité d’une enquête et très ferme sur la responsabilité des forces rwandaises. Entre hommage aux victimes, rappel des efforts de Kinshasa pour préserver le cessez‑le‑feu et mise en cause de Kigali, le ministre a réaffirmé l’attachement de la République démocratique du Congo au droit international humanitaire, demandant davantage d’accès humanitaire.

Hommage et mise en cause de Kigali

«Il faut déplorer la mort de ces personnes humanitaires»: dès l’ouverture de son intervention, Muyaya a rendu hommage aux victimes et souligné le rôle central des humanitaires «qui portent l’espoir pour nos populations». Mais la compassion n’a pas empêché le ministre de pointer du doigt ce qu’il décrit comme la cause structurelle de l’insécurité dans l’Est: la présence rwandaise et ses «méthodes» -y compris, selon lui, l’usage d’armes sophistiquées et de drones- qui auraient, estime‑t‑il, exporté la guerre jusque dans les milieux urbains.

Sur la responsabilité immédiate de l’attaque, Muyaya a adopté un double registre. «Nous avons parlé des enquêtes», a‑t‑il rappelé, soulignant qu’il faudra laisser la justice et les expertises établir les faits. «Je n’irai pas… dire qu’il n’y a pas eu de drone» tant que les enquêtes n’auront pas livré leurs conclusions. Mais il a aussitôt ajouté que, de sa part, la présence des troupes rwandaises dans la zone reste «un facteur d’insécurité, un facteur d’instabilité», et qu’elle doit cesser si l’on veut revenir à la normale, en renvoyant aux résolutions internationales et aux accords de paix en gestation.

Le ministre a réclamé l’ouverture rapide de l’aéroport de Goma pour accélérer l’assistance humanitaire et faciliter les enquêtes. Il a aussi promis que Kinshasa suivra «la lumière» des investigations, malgré la difficulté d’opérer lorsque le théâtre des faits est en zone dite «occupée». Sur le plan judiciaire, le porte‑parole du gouvernement a averti que «cette fois‑ci… nous les amènerons à la justice» et a évoqué des dispositifs pour documenter les crimes et poursuivre les responsables.

Une économie de prédation au cœur du conflit

Au‑delà de l’événement ponctuel, l’entretien a été l’occasion de remettre en perspective la crise : pillages systématiques, exploitation des ressources minières -notamment «les coltans de massacre», a‑t‑il dit- et réseaux d’acheteurs complices, qui selon l’exécutif alimenteraient une économie de prédation. Kinshasa affirme travailler à tracer les filières et à exposer les acheteurs pour affaiblir les intérêts économiques qui profitent du chaos dans l’Est.

Muyaya a salué la médiation américaine et les sanctions ciblées qui commencent à produire des effets, y voyant un levier pour contraindre Kigali. Il a rappelé l’historique des négociations, en particulier les accords approchés en décembre 2024, et fustigé ce qu’il décrit comme l’obstruction répétée du Rwanda aux processus de paix, illustrée, selon lui, par des campagnes de désinformation et un refus de se conformer aux engagements.

Sur la piste d’un cessez‑le‑feu durable, le ministre s’est montré prudent: «Nous savons qui ne les respecte pas», a‑t‑il lancé, en appelant à une posture internationale plus coercitive. Les limites pratiques demeurent importantes: mener des enquêtes dans une zone sous contrôle contesté, garantir l’impartialité des expertises et obtenir l’accès pour les enquêteurs et humanitaires sont des défis majeurs. La communauté internationale, estime Muyaya, doit traduire ses condamnations en actions concrètes: ouverture des corridors, sanctions ciblant les soutiens matériellement impliqués, et pression diplomatique pour le retrait des troupes étrangères.

Conséquence politique et humanitaire: au‑delà de la colère et des déclarations, la mort de l’humanitaire française creuse la méfiance entre Kinshasa et Kigali et complique encore la réouverture d’un cycle de confiance nécessaire à tout règlement. Pour les populations de Goma, la question est simple et urgente: qui rendra des comptes et comment faire en sorte que l’aide puisse circuler sans que d’autres civils ne paient le prix fort?

Patrick Muyaya a terminé sur un rappel de quelques priorités républicaines: protéger les vies congolaises, rouvrir des perspectives de paix et, si besoin, saisir la justice -nationale et internationale- pour que les victimes obtiennent «une lumière».

AfricaNews

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