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Députés et sénateurs: le scandale des salaires abusifs 

Les députés bénéficient d’une augmentation de salaire après avoir exercé une énorme pression sur le bureau de l’Assemblée nationale, tandis que les intérêts des fonctionnaires et agents de l’État continuent d’être ignorés. Cette situation se déroule en République Démocratique du Congo, où les deux chambres du Parlement sont confrontées à des demandes d’éviction de leurs bureaux respectifs. Par le biais de pétitions considérées comme une forme de chantage, députés et sénateurs ont réussi à obtenir de Vital Kamerhe et Jean-Michel Sama Lukonde une hausse de leurs avantages.

Ainsi, les salaires des députés passent de 15 750 à 20 000 dollars, soit une augmentation de 4 250 dollars, comme l’a rapporté le journaliste Edmond Izuba. Au Sénat, une dynamique similaire se développe, avec des élus qui devraient accéder à 100 000 dollars, correspondant au prix d’un véhicule 4×4, en échange de l’abandon d’une pétition adressée contre Sama Lukonde, le président de la Chambre haute. De plus, les sénateurs mesurant leur influence réclament maintenant une enveloppe de 35 000 dollars, contre 20 000 dollars perçus auparavant.

«Cet argent sera directement versé sur leurs comptes bancaires, à condition qu’ils mettent fin à leur pétition contre Sama Lukonde», précise Izuba sur son compte X, en se référant à ses sources. Ce tableau est désolant, illustrant la rapacité et le cynisme des membres du Parlement vis-à-vis des citoyens qu’ils sont censés représenter. Deux réponses au tweet du journaliste Izuba attirent particulièrement l’attention, car elles reflètent le mécontentement et la désapprobation du public.

«Comment peut-on mobiliser plus de 2 millions de dollars supplémentaires chaque mois pour payer les députés? Représentants du peuple, feront-ils aussi pression pour que leurs électeurs bénéficient des mêmes augmentations salariales de 33%?», s’interroge un certain Anthony Micah Kabongo Katombe.

«20 000 dollars par mois pour un député national, autant pour un sénateur. Dans un pays où le SMIG est de 5 dollars, c’est un salaire abusif. C’est scandaleux. On n’a même pas peur d’être protégé par des policiers qui gagnent 120 fois moins», s’indigne de son côté Me Nelson Mitovu.

Fonctionnaires et agents de l’État à la traîne 

En 2009, le Royaume-Uni avait été secoué par le scandale de Westminster. Le quotidien britannique «The Telegraph» avait alors dévoilé des notes de frais excessives et d’autres dépenses faramineuses engagées par des membres du Parlement, suscitant ainsi l’indignation des citoyens. Ce feuilleton indécent avait entraîné des démissions, des départs à la retraite et des renvois, avec plus d’une centaine de parlementaires quittant leurs fonctions. Le scandale de Westminster avait provoqué un profond mécontentement parmi les Britanniques vis-à-vis de leurs élus. Il y a quelques mois, en République Démocratique du Congo, le président Félix Tshisekedi avait appelé à une réduction des dépenses institutionnelles.

Toutefois, sa demande n’a pas semblé interpeller les députés et sénateurs, préoccupés avant tout par leurs propres intérêts. Ce paradoxe est frappant. Tandis que les députés et sénateurs voient leurs émoluments grimper, le reste du pays, confronté à la guerre, aux épidémies et à la famine, endure une politique d’austérité. En attendant, les fonctionnaires et agents de l’État demeurent en arrière-plan, sans défense pour leurs droits. Un policier chargé de la sécurité des citoyens –y compris des députés et sénateurs– perçoit seulement environ 166 dollars par mois, tandis qu’un médecin généraliste ne touche guère plus que 710 dollars -salaire et prime combinés-, contre près de 1 400 dollars pour le professeur d’université le mieux rémunéré.

«En 2015, un professeur d’université débutant gagnait environ 1 800 000 francs congolais par mois, soit 1 975 USD selon le taux de change de 920 FC pour 1 USD à l’époque. Aujourd’hui, ce montant a perdu environ 20 % de sa valeur, tombant à environ 1 347 USD, en raison de la forte dépréciation du franc congolais, malgré une augmentation apparente à partir de 2021», fait observer le professeur Franck Elias Mukanya dans une tribune récemment publiée dans le trihebdomadaire AfricaNews.

«En tant qu’autorités budgétaires, les députés nationaux et les sénateurs, qui examinent en seconde lecture la Loi de finances, préfèrent se partager la majorité des ressources lors des débats en commission, sans se soucier de l’augmentation significative des salaires des autres agents de l’État. L’inégalité salariale et sociale est évidente. Beaucoup peinent à vivre dignement», regrette un représentant de la Société civile.

Après ce scandale des salaires abusifs au Parlement national, les appels au sein de la population se multiplient pour une réduction sensible des privilèges accordés uniquement aux députés et sénateurs, souvent perçus comme des privilégiés de la République. Une baisse de 50 % des émoluments d’un député national, par exemple, pourrait permettre à l’État d’économiser 5 millions de dollars chaque mois, ce qui pourrait contribuer à améliorer le salaire de 150 000 fonctionnaires, actuellement rémunérés à 166 dollars, en les faisant passer, dans un premier temps, à 200 dollars par mois chacun.

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